Il imagine, crée, aménage des jardins privés partout à travers le monde, de la Russie aux États-Unis. Mais c’est à Étretat qu’Alexander Grivko a choisi de façonner son premier jardin ouvert au public. Rencontre avec cet architecte paysagiste discret, amoureux de la Normandie et grand amateur d’art contemporain.

Hortus Focus. Pourquoi avoir choisi Étretat et ce lieu ?

©Dimitri Kalioris

Alexandre Grivko. Je suis souvent venu en Normandie, c’est une région que j’aime. Quand j’ai su que la propriété Roxelane était à vendre, la décision de l’acheter a été prise rapidement. Le potentiel d’aménagement était énorme. La vue sur l’aiguille et l’arche est incomparable. Enfin, j’étais très sensible à l’histoire de ce lieu. La maison est classée. Elle appartenait à une célèbre comédienne parisienne du début du XXème siècle, Mme Thébault qui avait, à l’époque, fait créer un premier jardin, avant-gardiste. Elle était amie avec de nombreux artistes et notamment le peintre Claude Monet. C’était un habitué de la villa Roxelane, c’est pourquoi nous lui avons consacré une terrasse et une œuvre de Viktor Szostalo le met en scène peignant “Coucher de soleil” à Etretat. 

Pourquoi avez-vous décidé d’ouvrir ce jardin au public ?

Les jardins que nous aménageons avec Il Natur, mon cabinet d’architecture et de paysage, sont privés. Des photos sont quelquefois visibles sur Internet ou dans les magazines, mais jusqu’à présent, il n’y avait pas de possibilités pour les gens de les voir, de les vivre, de les respirer, de les toucher. J’ai eu envie que notre univers soit accessible à tous, que les enfants puissent y courir, que les visiteurs puissent se perdre dans les allées, apprécier le calme et la douceur des lieux. Dès le départ, nous avons eu aussi dans l’idée d’exposer des œuvres, de créer un mélange harmonieux entre la nature, le land art, l’art contemporain. 

Les œuvres sont disséminées dans le jardin. Sont-elles là pour toujours ou vont-elles tourner ?

Les Gouttes de pluie de Samuel Salcedo

Claude Monet restera pour toujours sur sa terrasse. Les Gouttes de Pluies, de Samuel Salcedo, également. Le Jardin des Émotions, la partie du jardin qui les accueille, a été spécialement conçu pour elles. Chaque tête, réalisée en résine élastomère, reproduit une expression humaine, paisible, inquiète ou facétieuse. Les sculptures de buis, je les ai imaginées comme des écrins, des coquillages qui accueillent des perles, des bijoux. Mais chacun y voit ce qu’il veut ! Vous, vous y avez vu des fleurs, pétales et cœur ; d’autres se laissent aller à parler de fraises à la François 1er ! D’autres expositions sont temporaires, comme “The Tree Hugger Project” qui a déjà été exposé dans une vingtaine de lieux dans le monde. Cette œuvre, réalisée en bois de vigne par Agnieszka Gradnik et Viktor Szostalo, met en scène des personnages qui étreignent les arbres pour appeler à la préservation de l’environnement. Nous aurons aussi cet été une exposition insolite. Une cinquantaine de suspensions en terre cuite, œuvres de Sergey Catran, seront accrochées dans les arbres. Elles vont produire des ondes et décliner le mot Art dans une soixantaine de langues. Des enceintes cachées permettront à chaque visiteur d’entendre le chuchotement du mot dans sa propre langue. 

Vous avez planté 35 000 végétaux sur 7000 m2. Comment  les avez-vous choisis ?

Nous avons travaillé avec des pépinières du Nord de la France et de la Belgique, fait venir de très gros sujets persistants notamment pour planter le “Jardin à marée haute”, celui qui symbolise la mer, la houle et reproduit une trentaine de fois la fameuse arche d’Étretat. Nous avons planté en nombre des ifs, osmanthes, houx, filaires à feuilles étroites (Phillyrea angustifolia), fusains, camélias et azalées dans le Jardin romantique, et fait venir du Japon des Enkianthus japonicus. Nous avons planté en tapis des orchidées terrestres (Cypripedium) et des agapanthes bleues. Enfin, j’ai choisi le muehlenbeckia comme unique couvre-sol. Il recouvre toutes les parties ouvertes du terrain et il conserve une certaine fraîcheur au sol. En Normandie, il y a beaucoup d’humidité, mais le vent sèche vite la terre. 

Hug the Tree de Wiktor Szostalo et Agnieszka Gradnik

Ces jardins sont-ils aboutis ?

Un jardin n’est jamais fini ! Fin avril, nous ouvrirons le jardin Parnasse, tout en haut du terrain. Cette terrasse à  laquelle on accède par un petit chemin sinueux à flanc de pente permet d’embrasser une partie du site. C’est là que seront donnés des concerts de jazz ou de musique classique. En vivant ici, je me dis également qu’il manque encore des points de vue, des terrasses, des aménagements pour permettre aux visiteurs de prendre un peu de hauteur et profiter encore plus des jardins.

Nos remerciements à Édouard, notre interprète.

Greyworld et la Forêt mécanique

 

 

Pensez à commander votre Hortus box enfant ou adulte sur l’Hortus Shop

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.