C’est un jardin pas vraiment comme les autres… Annie et Jacques Amoretti l’ont, depuis sa création voilà 20 ans, voulu ouvert à tous. Sans condition. “On a beau être propriétaires, on est que de passage sur la terre, alors notre jardin appartient un peu à tout le monde…”

Hortus Focus. Ce jardin, tu l’avais dans la tête quand vous avez acheté le terrain ?

Annie Amoretti. Pas du tout ! On a acheté le terrain, je me suis lancée sur le papier et avec mon mari, Jacques, nous avons commencé à planter. Et on ne s’est plus arrêté ! Je n’ai pas écouté les copains qui me disaient : “Commence par aménager 1000 m2. Puis, tu passeras à 1000 autres…”. Je voulais que ce jardin ait le même âge partout, alors on a planté partout sur les 12 000 m2, de la partie sèche proche de la route à la partie la plus basse, la plus humide, car située sur une nappe phréatique.

Qu’as-tu planté au départ ?

Des arbres pionniers, ceux qui poussent vite, notamment des saules et des érables. J’ai planté des arbres rikiki qui finalement ont poussé plutôt vite.

Comment as-tu pensé ce jardin ?

C’est un jardin aux multiples circulations. Il est fait de vides et de pleins. Certains endroits sont dégagés, ça permet de respirer et de regarder le jardin comme on regarderait un tableau ; d’autres sont très densément plantés pour se sentir protégés, comme dans un cocon.

Cèdre pleureur et glycine ©I.Morand

Les fleurs, ce n’est pas ton truc…

Non, pas vraiment. Il y a bien sûr des vivaces, mais j’aime avant tout les arbres et les arbustes. Surtout ceux qui embellissent l’automne par leur feuillage et l’hiver grâce à leurs écorces. J’ai planté des Prunus serrula, différentes espèces de bouleaux (B. fetisowi, B. nigra ‘Heritage’, B. utilis jacquemontii autrement dit le bouleau de l’Himalaya), des érables à peau de serpent. J’ai aussi un Arbutus andrachnoides dont l’écorce est sans cesse caressée par les visiteurs. Son écorce devient de plus en plus rouge jusqu’à son maximum en hiver. En juin, elle éclate et révèle un vert pistache de toute beauté ! J’aime aussi beaucoup les fructifications, celles du callicarpa, du Catalpa ovata. Celle du févier d’Amérique (Gleditsia triacanthos) est incroyable : de longues gousses jaune beurre tachetées de chocolat ! Au printemps, j’aime le feuillage argenté des oliviers de Bohème, le pourpre des Cotinus et toute la gamme des verts présents dans la partie sèche du jardin. Mais, si on y pense bien, tous les jardins sont beaux au printemps, il y a moins d’efforts à faire !

Pourquoi avoir aménagé une partie de ton jardin en sous-bois ?

Pour avoir de l’ombre ! Il fait très chaud l’été, ici, en Drôme. Pendant 7 ans, j’ai dit à mes gamins “l’an prochain on aura de l’ombre”. Au bout de 7 ans, on a eu 1 M2 d’ombre. Mission réussie, maintenant c’est l’ombre profonde. J’ai planté entre autres un Oranger des Osages (Maclura pomifera), des érables du Japon, des aulnes (semés, ceux-ci) et comme je ne doute de rien un séquoia géant (Sequoiadendron giganteum), qui n’ira pas jusqu’à 100 m de haut comme dans son habitat naturel américain, mais qui a bien grandi déjà. En lisière de cette partie du jardin poussent notamment des hydrangéas. Les hydrangéas à feuilles de chêne et les paniculés se plaisent bien ici. C’est un coin du jardin que je n’arrose jamais et quand je dis jamais, ce n’est même pas une fois par an. Donc, contrairement à ce que les gens croient, ça ne demande pas tellement d’eau. 

Vigne de Coignet – Jujubier… ©I.Morand

Tu continues à planter ?

Bien sûr ! Je devrais m’arrêter, mais ce n’est pas possible, c’est comme la cigarette, c’est une addiction. Il y a toujours une petite place pour caser un nouveau venu et puis certains arbustes vivent 15-20 ans, ils en ont marre et meurent. Il faut donc les remplacer. Je ne peux pas laisser des “trous” dans mes tableaux ! 

Pourquoi avoir choisi de laisser ce jardin ouvert à tous, tout le temps ?

Je crois qu’un jardin, on le fait pour soi bien sûr, mais aussi pour les autres. C’est un lieu de rencontres incroyable. Les gens viennent s’y reposer, lire, peindre, converser. Certains viennent pour la botanique, la plupart pour s’y promener. Chacun peut y trouver son bonheur. Je crois qu’en France, on devrait un peu changer notre mentalité des jardins. Maintenant, les gens s’enferment, c’est dommage. Même si c’est nous qui travaillons avec Jacques, nous pensons que les gens ont le droit de profiter de notre jardin. C’est aussi pour nous une façon de montrer qu’un jardin, ce n’est pas seulement les plantes que l’on trouve partout, dans toutes les jardineries. J’adore les prunus et les forsythias, mais, bon, on peut planter autre chose… Ces discussions, ces échanges sont très importants pour nous. Fermer le jardin serait nous priver de cette richesse !

 

Le Jardin des Sables est ouvert à tous, tous les jours. Il est situé sur la commune de Montvendre, dans la Drôme. Vous pouvez joindre Annie et Jacques Amoretti (ils ne demeurent pas sur place) au 04 75 55 09 54 ou par mail : mmmeamoretti@hotmail.com

 

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