Depuis quelques années, la bactérie “tueuse d’oliviers”, Xylella fastidiosa, fait régulièrement les titres des journaux. Originaire du continent américain, la bactérie a été découverte en Italie en 2013, et a fait périr des millions d’oliviers, dont de nombreux arbres centenaires dans la région des Pouilles. En France, c’est en Corse qu’elle a provoqué un vent de panique, entraînant l’interdiction d’importer des plantes sur l’île. 

Par Sophie Leguil.

Le cercode des prés (Philaneus spumarius), principal vecteur de la xylella. ©Charlesjsharp / wikimedia commons

Xylella pénètre dans les vaisseaux qui transportent l’eau des racines aux feuilles, s’y multiplie et bloque la circulation de la sève, asphyxiant en quelque sorte la plante. Les feuilles et les fruits dessèchent, puis les branches, entraînant rapidement la mort du végétal. La bactérie est facilement transmise d’une plante à l’autre par l’intermédiaire d’insectes suceurs de sève, comme les pucerons ou les cicadelles. Malheureusement, les plantes infectées ne peuvent pas être traitées.

D’autres espèces sont en danger

L’impact de Xylella est énorme : en 2015, le prix moyen de l’huile d’olive européenne a ainsi augmenté de 20%. Mais ce n’est pas le seul risque posé par la bactérie : les scientifiques ont en effet découvert que plus de 350 espèces de plantes peuvent en être hôtes, dont de nombreuses plantes présentes dans les jardins.

Dégâts de la Xylella fastidiosa sur une haie de lauriers-roses. ©Pompilid

Sur la liste publiée par l’Union Européenne, on trouve par exemple la lavande, le laurier-rose, le romarin, le chêne, plusieurs espèces de Prunus (amandier, cerisier, prunier), la vigne ou le figuier.

Faut-il s’inquiéter pour la diversité dans nos jardins ? Si Xylella venait à se propager en France, les conséquences sur les paysages pourraient être catastrophiques – l’UE impose la destruction de toutes les plantes hôtes dans un rayon de 100 mètres d’une plante infectée.
Pour l’instant les autorités ont réussi à contenir la progression de la bactérie tueuse d’oliviers en Corse, dans le Var et les Alpes-Maritimes. Le ministère de l’Agriculture a promis pour 2018 un renforcement de la surveillance, un soutien aux programmes de recherche et le lancement d’une campagne d’information.

 

Pas de panique, mais…

S’il n’y a pas de raison de paniquer, voilà cependant quelques conseils simples pour participer à la lutte contre Xylella :

  • N’hésitez pas à vous renseigner sur la provenance des plantes achetées en pépinière ou jardinerie.
  • Évitez de rapporter des boutures ou plants d’espèces hôtes de Xylella dans la valise (pas de soucis en revanche si vous rapportez des graines).
  • Désinfecter bien vos outils après plantation et taille (avec de l’eau de javel ou de l’alcool à 90°).
  • Informez-vous sur les symptômes de Xylella (Fiche de reconnaissance des symptômes).
  • Signalez toute plante suspecte au numéro vert dédié (0800 873 699).

La liste des plantes hôtes susceptibles d’être touchées 

Xylella fastidiosa subsp. fastidiosa

  • Cistus monspeliensis (ciste de Montpellier)
  • Prunus avium (merisier ou cerisier des oiseaux)
  • Streptocarpus
  • Erysimum
  • Vitis vinifera (vigne)

Acacia dealbata ©baloncici

Xylella fastidiosa subsp. multiplex

  • Acacia dealbata (mimosa d’hiver, mimosa des fleuristes)
  • Acer pseudoplatanus (érable sycomore, faux platane)
  • Anthyllis hermanniae (anthyllide d’Hermann)
  • Artemisia arborescens (armoise arborescente)
  • Asparagus acutifolius (asperge sauvage)
  • Calicotome villosa (calicotome velu)
  • Cercis siliquastrum (arbre de Judée)
  • Cistus creticus (ciste de Crète)
  • Cistus monspeliensis (ciste de Montpellier)
  • Cistus salviifolius (ciste à feuilles de sauge)
  • Coronilla valentina (coronille de Valence)
  • Cytisus scoparius (genêt à balais)
  • Cytisus villosus (genêt velu)
  • Ficus carica (figuier)
  • Fraxinus angustifolia (frêne à feuilles étroites, frêne du Midi)
  • Genista x spachiana (syn. Cytisus racemosus, genêt des Canaries)
  • Genista corsica (genêt de Corse)
  • Genista ephedroides (genêt faux raisin d’ours)
  • Hebe (véronique arbustive)
  • Helichrysum italicum (plante-curry, immortelle d’Italie)

©irisphoto2

  • Lavandula angustifolia (lavande vraie, lavande officinale)
  • Lavandula dentata (lavande dentée, lavande anglaise)
  • Lavandula stoechas (lavande papillon)
  • Lavandula x allardii (syn. Lavandula x heterophylla, lavande douce)
  • Lavandula x intermedia (lavandin)
  • Metrosideros excelsa (arbre de Noël de Nouvelle-Zélande)
  • Myrtus communis (myrte commun)
  • Olea europea (olivier)
  • Pelargonium graveolens (géranium rosat)
  • Phagnalon saxatile (phagnalon des rochers)
  • Prunus cerasifera (prunier myrobolan, prunier-cerise, prunier d’ornement)
  • Prunus domestica (prunier)
  • Quercus suber (chêne-liège)
  • Rosa canina (églantier, rosier des haies)
  • Spartium junceum (genêt d’Espagne)
  • Westringia fruticosa (romarin d’Australie)

Xylella fastidiosa subsp. pauca

  • Acacia saligna (mimosa bleuâtre)
  • Asparagus acutifolius (asperge sauvage)
  • Catharanthus (pervenche de Madagascar)
  • Chenopodium album (chénopode blanc, ansérine blanche)
  • Cistus creticus (ciste de Crète)
  • Dodonea viscosa (bois de reinette, dodonée visqueuse)
  • Eremophila maculata
  • Erigeron sumatrensis (vergerette de Sumatra)
  • Erigeron bonariensis (vergerette de Buenos Aires)
  • Euphorbia terracina (euphorbe de Terracine)
  • Grevillea junipera (grévillea à feuilles de genévrier)
  • Heliotropium europaeum (héliotrope commun)
  • Laurus nobilis (laurier, laurier-sauce)
  • myrte ©bonchan


    Lavandula angustifolia (lavande vraie, lavande officinale)
  • Lavandula stoechas (lavande papillon)
  • Myrtus communis (myrte commun)
  • Myoporum insulare
  • Olea europea (olivier)
  • Pelargonium x fragrans
  • Phillyrea latifolia (Filaire à larges feuilles)
  • Prunus avium (merisier ou cerisier des oiseaux)
  • Rhamnus alaternus (nerprun alaterne)
  • Spartium junceum (genêt d’Espagne)
  • Vinca (pervenche)
  • Westringia fruticosa (romarin d’Australie)
  • Westringia glabra

Xylella fastidiosa, independamment des sous-espèces

  • Coffea (caféier)
  • Lavandula dentata (lavande dentée, lavande anglaise)
  • Nerium oleander (laurier-rose)
  • Polygala myrtifolia (polygale à feuilles de myrte)
  • Prunus dulcis (amandier)
  • Rosmarinus officinalis (romarin)

 

Lien vers l'Hortus Shop soldes hiver 2018

2 Réponses

  1. Le Hégaret

    On lit dans votre article que le Xyllela vient d’Amérique. Les centaines de plantes hôtes indiquées ont-elles disparu d’Amérique ?

    Répondre
    • Sophie

      Xylella pose de gros problèmes sur certaines cultures introduites en Amérique (caféiers, orangers, vigne…) et sur les plantes ornementales cultivées dans les états à climat méditerranéen (par exemple lauriers roses en Californie). En revanche, beaucoup d’espèces indigènes sont résistantes à Xylella car elles ont évolué avec la bactérie. En croisant celles-ci avec des variétés existantes, on peut créer des variétés commerciales résistantes à Xylella – c’est ce qui a été fait aux Etats-Unis par exemple avec la vigne.
      De nombreuses plantes sont également tolérantes à Xylella – c’est-à-dire qu’elles présentent peu ou pas de symptômes: il est possible que ce soit le cas des plantes hôtes en Europe…l’avenir nous le dira.

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.