Les paradis déjantés de David LaChapelle

 

Son art est complètement kitsch, délirant, “destroy”, voire “porno chic”… Il n’empêche, ce célèbre photographe américain qui vit aujourd’hui dans une ferme bio, à Hawaï, est résolument “écolo” et le fait savoir! Après avoir longtemps caricaturé la société du spectacle, il s’inquiète de la préservation de l’environnement tout en envisageant le salut de l’humanité à travers un nouveau rapport avec la nature… À découvrir dans la rétrospective exceptionnelle que lui consacre le Musée des Beaux-Arts de Mons, en Belgique.

 

Des débuts  à New York et Los Angeles : entre « stars » et « déglingue »…

Avant son actuelle et étonnante période « verte », David LaChapelle s’est longtemps intéressé à la société du « show business » qu’il a servie et caricaturée tout à la fois. C’était entre 1995 et 2005. Tout a commencé à New York alors qu’il avait à peine vingt ans. L’artiste est repéré par Andy Warhol qui le fait travailler et rapidement, ses photos à la fois pop et surréalistes font le tour du monde et des médias. Jennifer Lopez, Leonardi DiCaprio ou Uma Thurman défileront devant son objectif, non pas pour de simples portraits, mais pour des mises en scène extravagantes où l’artiste, avec un humour caustique, dénonce en réalité le “star system” tout comme les mondes consumériste et politique.

Alexander McQueen and Isabella Blow burning down the house ©Valérie Collet

Parallèlement, il fait des pubs, travaille pour la mode, la presse, réalise des clips pour Madonna ou Elton John, court les soirées déglinguées avec ses amis célèbres… Jusqu’au jour où c’est le trop-plein, le krach, le « burn out », le grand ras-le-bol, la grande remise en question! « Gianni, I have to change my life… » confie-t-il désespéré à Gianni Mercurio, le commissaire de l’exposition, qui deviendra son conseiller et son agent.

Le choc se produit en 2006 lors d’un voyage à Rome, face au plafond de la chapelle Sixtine peint par Michel Ange. À partir de là, notre homme ne voudra plus faire que de l’art et du grand ! Du coup, il quitte Los Angeles, s’isole sur l’île sauvage de Maui au milieu de l’océan Pacifique. Il y réalise le Déluge, immense composition photographique de 7 mètres de large, réalisée en 3 semaines avec des dizaines de figurants. Une œuvre emblématique, fellinienne (elle fut exposée il y a quelques années à la Monnaie de Paris) qui annonce un noir destin pour l’homme : sa disparition de la terre, mais aussi de l’œuvre de l’artiste !

 

Hawaï. Ciel mon environnement !

Tel Gauguin qui recherchait la pureté originelle à Tahiti et aux îles Marquises, David LaChapelle vit donc, depuis une dizaine d’années, sur son île perdue d’Hawaï au milieu de ses champs bio. En « farmer », comme il aime à le dire, loin des paradis artificiels qu’il a connus auparavant. 

Gas shell ©David LaChapelle

 « J’ai arrêté parce que je n’avais plus rien à dire sur la mode. Je vivais dans un paradoxe : j’étais conscient que le bonheur ne vient pas en achetant une paire de chaussures de plus ou un nouveau sac, et pourtant c’est ce que les magazines disaient. Alors même si j’étais au top, j’ai suivi mon instinct et je suis parti. J’ai décidé d’être paysan » confiait-il récemment à une journaliste.

Depuis l’artiste, de plus en plus préoccupé par la dégradation de l’environnement, se livre avec un style bien à lui, à une mise en garde contre l’exploitation des ressources naturelles par l’homme. Une première série de natures mortes (Earth Laughs in Flowers et Still Life) montrent des bouquets aux couleurs artificielles, entourés de symboles et de produits de consommation : une réflexion sur la vanité de la vie ou sur celle de l’homme dans sa volonté à vouloir maîtriser la nature. Puis ce sont les Gas Stations, ces rutilantes stations-service qui poussent comme d’étranges fleurs au beau milieu de la forêt hawaïenne. LaChapelle montre là une nature profondément altérée, celle aussi de sa série Landscapes, ces étranges paysages où de lumineuses centrales industrielles ont remplacé la nature et exclu définitivement les hommes.

 

« New world » : bienvenue au paradis…

News of joy ©Valérie Collet

Depuis quelques mois, LaChapelle réintroduit l’homme dans ses œuvres et en miroir à sa propre expérience, montre son nouveau rapport avec la nature à travers laquelle une renaissance paraît possible. « J’aime me plonger dans la nature, prendre un bain d’arbres et d’air frais. Il me suffit de regarder autour de moi et je comprends que je ne fais qu’un bref passage dans ce décor majestueux » confie-t-il encore.

Dans ses œuvres de plus en plus mystiques (et quelque peu illuminées…), la lumière divine envahit avec emphase les âmes et les choses. Hommes et femmes, étincelants comme des dieux et parfois presque désincarnés, semblent vivre à l’abri du péché dans un jardin d’Eden aux couleurs hallucinatoires. Toutes les cultures et toutes les religions s’y mêlent. Et les Vénus les plus bizarroïdes se pâment dans des jardins des délices qui ne sont pas sans rappeler ceux de Jérôme Bosch…

Cette dimension à la fois irréelle et surréaliste de pureté et d’authenticité, cette nouvelle harmonie entre l’homme et la nature loin du monde industrialisé et ultra connecté que fuit l’artiste, semble bien selon lui, pouvoir mener à la rédemption. Combien de temps durera cette pause salutaire dans le paradis retrouvé… ? Nul ne le sait, mais il faudra suivre cette histoire de près, car notre très imaginatif David LaChapelle a plus d’une idée en tête et plus d’un tour dans sa besace d’artiste cueilleur cultivateur…!

 

“David LaChapelle, after the deluge”, musée des Beaux-Arts de Mons (Belgique), jusqu’au 25 février. Pour les renseignements pratiques, cliquez ICI

 

 

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