Oiseaux d’ornement depuis l’Antiquité, les paons furent aussi pendant des siècles un aliment de choix. En Europe, on les servait rôtis lors des grands festins avant l’arrivée de la dinde d’Amérique. On utilisait également leurs plumes pour récompenser des poètes. Aujourd’hui épargnés par nos fourchettes, ils vivent peinards et fiers dans les zoos et les (grands) jardins.

Paon, paonne et paonneau

©kwhisky

©tom-meaker

À retenir une fois pour toutes : le paon, vous connaissez, mais comment s’appellent donc les autres membres de la famille ? La femme est appelée paonne (mais on prononce “panne”). Le petit est un paonneau (à prononcer “panneau”). C’est bizarre, mais c’est comme ça ! Tout ce petit monde braille, criaille ou paonne. Le fameux “Léon, Léon” fait écho au cri de la femelle qui ressemble au klaxon d’une vieille bagnole et est audible à 1 kilomètre à la ronde. La pintade, le faisan, la perdrix criaillent itou ; normal ce sont de proches cousins du paon.

 

Ni la femelle ni le bébé ne sont dotés d’un plumage remarquable, privilège exclusif du mâle. C’est un peu agaçant, mais la nature est plutôt bien faite. Son plumage brun banal et sa courte queue permettent à la femelle d’être moins repérable quand elle couve au sol. Pour distinguer mâle et femelle, il faut attendre environ 2 ans pour observer l’apparition du plumage coloré ou non.  

Par ici la volaille !

Gravure Maruyama Okyo

On dit que c’est Alexandre le Grand qui le rapporta d’Inde jusqu’à la cité de Babylone (dans l’actuel Irak). La première étape d’un long voyage qui vit le paon conquérir la Perse et de la Médie (le nord-ouest de l’Iran d’aujourd’hui), la Grèce antique, l’Empire romain… C’est à l’époque de Cicéron, au Ier siècle av. J.-C., que les Romains commencèrent à le faire passer à la casserole, enfin plutôt au four. Nul festin digne de ce nom sans paons dans l’assiette malgré, parait-il, une viande sans aucun intérêt gustatif.

Cette piètre qualité explique peut-être toutes les mises en scènes et tralalas imaginés pour garder au paon ses lettres de noblesse culinaire. Voici ce qu’écrivait, en 1474, Platine de Crémone dans son ouvrage “Du plaisir honnête et de la santé” : “Au lieu de plumer l’oiseau, il faut l’écorcher proprement, de manière que les plumes s’enlèvent avec la peau ; il faut lui couper les pattes, le farcir d’épices et d’herbes aromatiques, lui envelopper la tête d’un linge, et le mettre à la broche. Pendant qu’il rôtit, vous arroserez continuellement le linge avec de l’eau fraîche, pour conserver son aigrette. Enfin, quand il sera cuit, rattachez les pattes, ôtez le linge, arrangez l’aigrette, rappliquez la peau, étalez la queue, et servez ». Pauv’bête…

À l’époque des Chevaliers, on l’appelait aussi “la viande des preux”. Au chevalier, vainqueur d’un tournoi, revenait l’honneur de découper la bestiole après avoir prononcé un serment d’audace ou d’amour qui commençait immanquablement par ces mots : “Je voue à Dieu, à la Vierge Marie, aux dames, et au paon, de…”. Vous aurez sans aucun doute noté que fort heureusement les dames arrivaient tout de même avant le paon !

Tu l’as vue ma grande roue ?

©michael-meijer

Quand le paon déploie son mètre cinquante de plumes en éventail, c’est pour séduire, un point c’est tout ! Monsieur drague, se fait voir des femelles et met aussi en garde la concurrence. Un genre de panneau d’affichage clignotant : « pas touche, chasse gardée”. Il fait son fier, laissant admirer la livrée bleu métallique de son cou et de son corps, mais également de ses ocelles ; c’est ainsi que l’on nomme la tâche arrondie en forme d’œil à la pupille noire, au bout des plumes. 

La parade du paon est immanquablement la même… Il relève sa traine, déploie sa roue, montre son arrière-train à la femelle pour lui faire admirer le duvet fourni du dessous de sa queue. Puis il se rapproche de l’objet de ses désirs en faisant frissonner ses plumes. Si Madame est convaincue par la qualité du spectacle, elle invite le mâle à l’accouplement en s’accroupissant sur le sol. Et hop ! Si fécondation il y a, la femelle va pondre de 5 à 7 œufs dans le sol, couver de 28 à 30 jours puis se montrer une maman très attentive avec ses bébés. Le père, lui, après avoir monté la garde le temps de la couvaison, vaque désormais à ses occupations se moquant comme d’une guigne de sa progéniture qui, ne pouvant pas encore voler, est souvent la proie de prédateurs. 

Bed and breakfast

©abhishek-s-padmanabhan

Si dans la journée les paons aiment bien se balader tout seuls ou en mini-groupe, ils sont plutôt du genre à partager la même chambre la nuit venue. Certains arbres peuvent même se transformer en dortoirs à paons. Installés sur les branches, les paons et paonnes sont des vigies. Dès qu’un ou une repère un danger, c’est “Léon” assuré. Les autres membres de la colonie se mettent à criailler (et vous, à utiliser vos bouchons d’oreilles…) prévenant du même coup tous les animaux du coin qu’il est temps de se mettre à l’abri !

Au matin, mâles et femelles quittent leur perchoir pour aller petit-déjeuner. Au menu de cet omnivore : graines, pousses, fruits, vers, mollusques, coléoptères, amphibiens, petits rongeurs, animaux arboricoles et même des serpents. Et comme le paon est moins con qu’il en a l’air (ouf, enfin répondu à la question du titre de cet article…), il s’attaque toujours aux petits serpents, pas aux grands. La journée classique d’un paon se poursuit avec la digestion, une bonne sieste, et retour à la picorette sur le sol. 

 

 

 

Miroir, ô mon miroir !

©Isabelle Morand

Au Château du Rivau, Patricia Laigneau a installé un grand miroir pour les paons. Régulièrement, on les voit s’en approcher presque à le toucher… Puis, ils passent derrière le miroir et recommencent. C’est systématique chez le paon. Il adorrrrrre se regarder ? Mais que voit-il ? Que se passe-t-il dans sa minuscule tête d’oiseau ? Contrairement aux humains de plus de 18 mois et à un certain nombre d’animaux (bonobos, chimpanzés, grands dauphins, orques, orangs-outans, pies, perroquets gris du Gabon…) ayant passé avec succès le test du miroir, le paon ne reconnaîtrait pas son propre reflet (chats et chiens non plus, soit dit en passant). Ne serait-ce donc qu’une simple manifestation d’arrogance chez cet emplumé  ? Après tout, ne dit-on pas “orgueilleux comme un paon”…

 

POUR LES FÉES ET LES LUTINS,
DES PLANTES QUI POUSSENT OU SE DÉPLOIENT COMME PAR MAGIE,
UN COFFRET POUR UN JARDIN MERVEILLEUX !

4 Réponses

  1. Millins Bénédicte

    N’étant pas spécialiste des paons, j’ai pourtant un paonne qui s’est installée dans mon jardinet, depuis deux mois. Sans me demander mon avis. Il s’avère qu’il y a un miroir. Elle passait le plus clair de son temps près du miroir ( un peu moins depuis quelques jours, elle est de plus en plus perchée au soleil). Je pense que tout simplement, elle croit voir une copine et sachant que c’est un espèce grégaire, je pense que ça la rassure.

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    • Isabelle Morand

      C’est possible ! Merci Bénédicte pour votre message. Bonne soirée

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  2. Floutier

    J’ai eu la chance de vivre toute ma jeunesse dans un jardin ou nous avions 12paons ,nous étions en Corrèze un pays où vivent également un grand nombre de buses lorsque l’une d’elle survolait le parc les mains rassemblaient toute la basse cour et ils tournaient autour les ailes raclant le sol ,les plumes du cou herrrisees avec l’impression d’avoir doubler de volume et nous n’avions plus d’attaques de buses pour manger les petits.

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