Les plus belles pipes sont à Amsterdam !

 

En os, en bruyère, en écume de mer, en bois africain, en porcelaine… Le Musée de la pipe, à Amsterdam, est unique en son genre. C’est la plus grande collection de pipes du monde. Un voyage dans le temps, les mœurs, les évolutions des sociétés. À découvrir absolument !

©Isabelle Morand

La plus grande collection du monde !

2000 pipes environ sont exposées dans le musée. Le collectionneur, Don Duco, en a rassemblé bien plus depuis 1969, mais l’espace manque pour les exposer dans cette magnifique maison amstellodamoise du XVIIe siècle. M. Duco a longtemps habité cette maison en bord de canal avant que l’âge ne le contraigne à quitter sa demeure haute de… 6 étages (sans ascenseur, avec de petits escaliers très raides).

Les vitrines retracent la grande histoire de la pipe. Les premiers modèles connus sont des pipes utilisées par les Indiens d’Amérique 500 ans av J.-C. Un grand saut dans le temps plus tard et nous voilà au XVIIe quand le tabac est importé des Indes occidentales vers l’Europe. Les premières pipes sont alors fabriquées en argile blanche ou noire. Des fabriques ouvrent un peu partout, aux Pays-Bas, en Belgique, en Irlande, en Angleterre et dans le nord de la France (Dunkerque, Charleville, Saint-Omer, Givet…).

À l’origine, les pipes sont très longues, car l’argile chauffe rapidement et les fumeurs se brûlent rapidement les doigts. L’argile est également très fragile, se brise facilement et il est difficile de se promener avec sa pipe ; on confectionne donc des coffrets pour les transporter en toute sécurité. Certaines têtes de pipes sont également munies de couvercles pour éviter la projection d’étincelles qui pourraient déclencher un incendie. 

Vers 1850, on met au point une autre façon de travailler le tabac, ce qui permet la fabrication de pipes plus courtes et donc l’emploi de nouveaux matériaux

En bruyère, écume de mer, calebasse, porcelaine…

 

Pipes africaines                                                         ©Isabelle Morand

 

Pipe en porcelaine… coquine                                    ©Isabelle Morand

Les fourneaux en bruyère (Erica arborea) commencent à être confectionnés au milieu du XIXe siècle, notamment à Saint-Claude, dans le Jura. La famille Comoy qui fournissait déjà en pipes de buis les grognards de Napoléon se lance dans cette fabrication qui lui vaut rapidement une réputation mondiale. Le succès s’explique par la grande résistance de la bruyère au feu et à la chaleur, mais également par sa “facilité” à être travaillée. Aujourd’hui encore, les pipes en bruyère demeurent les plus vendues, mais ne subsistent que quelques fabricants notamment à Saint-Claude et à Cogolin où l’on travaille la racine de bruyère des Maures. La cigarette est passée par là…

La bruyère a, au fil des années, eu raison des autres matériaux, notamment de la porcelaine dont le Musée d’Amsterdam possède des exemplaires remarquables. Peintes à la main, elles arborent des visages de personnalités (Napoléon, Rubens, les papes, les rois britanniques, etc.), des paysages et parfois des femmes nues…

La porcelaine était alors réservée aux fumeurs plutôt aisés tout comme les pipes en écume de mer. Ce minéral, extrait en Turquie, était le plus souvent acheminé jusqu’à Vienne où des artistes spécialisés le sculptait. Ces pipes étaient autrefois fort appréciées des fumeurs et le sont encore aujourd’hui par les collectionneurs du monde entier.

En Afrique, ce sont des calebasses qui étaient utilisées pour la fabrication. Les vitrines du Musée hébergent de très nombreuses pipes venues du Cameroun, du Ghana et du Congo. Leurs proportions sont parfois très étonnantes comme cette tête de pipe d’un autre genre, à poser obligatoirement par terre vu sa taille. La fumée sort par les narines de la tête sculptée. 

Figurent également dans la collection des exemplaires des pipes à opium, des kiseru (pipes japonaises longues et fines), des pipes en bambou et de drôles de petites chichas portables, à glisser dans la poche !  

 

Chichas portables                                        ©Isabelle Morand

 

Baguettes pour le nettoyage des pipes ©Isabelle Morand

Les insolites du Musée

 

  • Les bouquets de tiges de céréale qui servaient à nettoyer les pipes.
  • Les pipes réservées aux jeunes mariés. Aux Pays-Bas, le jour du mariage, l’homme fumait une longue pipe décorée et souvent ornée de fleurs en tissus. Si la pipe cassait ce jour-là, c’était un funeste présage pour l’avenir de l’union. Cette tradition n’a plus cours depuis le début des années 1960.
  • Des supports à pipes miniatures. On imagine qu’elles étaient destinées à prendre place dans les maisons de poupées en vogue chez les femmes de la haute société (plusieurs exemplaires de ces maisons sont visibles dans l’une des salles du Rijksmuseum).
  • Une chaise pour fumeur ! Le haut du dossier s’ouvrait et permettait au fumeur de bourrer sa pipe, de la nettoyer et de la remplir de nouveau tabac sans avoir à bouger ses fesses. 

Chaise spéciale fumeurs de pipe ©Isabelle Morand

 

Pourquoi dit-on casser sa pipe ?

L’utilisation de cette expression s’est répandue durant les guerres napoléoniennes. À l’époque, les médecins ne disposaient d’aucun produit anesthésiant. Quand il leur fallait opérer ou souvent amputer un membre, ils plaçaient une pipe en terre entre les dents du soldat pour éviter qu’il crie. Si le soldat ne survivait pas à l’opération, la pipe tombait et se brisait… D’où cette expression couramment utilisée depuis. 

 

 

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