Le jardin Thuret à Antibes, terrain de jeu des botanistes

 

S’étendant sur 3 hectares et demi, le jardin de la villa Thuret, à Antibes, possède plus de 1000 espèces de végétaux : surtout des arbres et des arbustes exotiques, pour certains, très anciens. Géré par l’INRA, il  sert aux recherches des botanistes depuis plus de 150 ans, mais constitue aussi un fabuleux lieu de promenade dans une nature un peu sauvageonne. Nous avons rencontré Catherine Ducatillion, la directrice.

 

Catherine Ducatillion ©Valérie Collet

Hortus Focus. Racontez-nous l’histoire de ce jardin.

Catherine Ducatillion. Le jardin Thuret date du milieu du XIXe siècle. Il faut savoir qu’à cette époque-là, la limite de la France était délimitée par le fleuve Var, un peu avant Nice ; le contexte géographique était très différent. À part Marseille, Toulon et dans une moindre mesure Hyères et Nice qui comptaient quelques jardins d’amateurs, il y avait relativement peu d’espèces exotiques. C’était notamment le cas au Cap d’Antibes.

En 1857, le botaniste scientifique Gustave Thuret s’installe ici et commence à introduire des espèces exotiques de façon massive, en provenance du monde entier. Il avait appris la botanique avec Joseph Decaisne, au Museum d’Histoire naturelle de Paris qui était alors une plaque tournante au niveau européen pour la connaissance botanique et l’introduction des espèces.

Donc, la villa Thuret est devenue très vite une annexe, en plein air, du Museum ! Entre 1857 et 1875, année de la disparition de son créateur, plus de 4000 espèces ont pu être introduites, un chiffre impressionnant. Cette période a été un véritable âge d’or pour le cap d’Antibes. Gustave Thuret se fournissait aussi auprès des grandes pépinières d’Europe et avait établi des contacts un peu partout dans le monde. Il échangeait des végétaux, mais aussi de la documentation. Et comme il était extrêmement méticuleux, toutes ces informations ont été conservées jusqu’à aujourd’hui. Cela est très intéressant pour nous, même s’il nous est parfois difficile de savoir si les sujets que nous avons dans le jardin sont vraiment issus de ces introductions.

 

Jardin Thuret, le laboratoire ©Valérie Collet

Gustave Thuret a-t-il beaucoup marqué l’histoire des sciences ?

À Antibes, il est à l’origine du premier laboratoire scientifique créé sur fonds privés. Il a aussi fait des découvertes importantes dans sa spécialité – les algues – pour laquelle il a, par exemple démontré pour la première fois qu’elles avaient une reproduction sexuée. Sur ce site qui bénéficiait d’un climat exceptionnel, il a introduit les plantes par collections. Dans les catalogues, nous avons trouvé des collections de tulipes, de narcisses, de plantes exotiques de toutes sortes. Quand il collectait, il essayait d’introduire toutes les espèces connues à cette époque sur un genre ou sur une famille donnée ; il faisait des comparaisons, des redéterminations et ensuite, il pouvait remettre à jour la nomenclature les concernant.

Y a-t-il une chose dont vous êtes particulièrement fière dans ce jardin ?

Je n’ai pas de fierté, j’ai plutôt du plaisir et du bonheur ! Ce qui est surtout impressionnant, ici, c’est la multiplicité des espèces accueillies, pas seulement pour l’agrément, mais aussi dans un but d’observation scientifique. De même,  la notion de filiation me paraît importante. À la mort de Gustave Thuret, le jardin a fait l’objet d’une donation à l’État à perpétuité, avec comme charge qu’il soit toujours attaché à un établissement de recherche. Cette dernière n’a donc jamais cessé depuis l’époque et l’introduction d’espèces venant de partout a continué.

 

©Valérie Collet

En quoi consiste votre mission, dans le cadre de l’INRA ?

Nous avons une mission scientifique d’étude du processus d’acclimatation, processus qui est très complexe. Celui-ci comporte un certain nombre de phases. Tout d’abord, on repère dans la nature une espèce sauvage qui pourrait être intéressante. Cette espèce fait un voyage, jusqu’à chez nous, par exemple, sous forme de graines ; elle est semée et on la fait germer, ce qui n’est pas toujours facile ! Puis elle est expérimentée, testée ; on observe sa reproduction et on la plante dans le jardin où on va étudier son accommodation : est-ce que la plante est capable de tolérer les conditions environnementales (le sol, le climat, l’entretien qui est minimaliste ici) ? Ainsi, on va apprendre si elle supporte le calcaire ou pas, si elle accepte le gel, la sécheresse estivale… La plante est aussi associée et comparée aux autres espèces des collections que nous avons constituées.

 

Eucalyptus dorrigoensis ©Isabelle Morand

Sur quoi portent vos recherches actuellement ?

Nous faisons des suivis phénologiques dans le cadre des changements climatiques, nous travaillons sur les rythmes de croissance. Le phénomène qui nous intéresse particulièrement est que si toutes ces espèces appartiennent à des familles botaniques différentes et proviennent de zones du monde extrêmement diverses (hémisphère sud, hémisphère nord, climat humide, sec, tempéré, subtropical…), elles ont toutes en commun de pouvoir tolérer nos conditions locales, notamment notre climat méditerranéen qui est plutôt difficile, particulièrement pour les précipitations  très irrégulières. Ces espèces ont des comportements différents, évidemment.

Pour mieux les observer, nous avons installé un certain nombre de capteurs qui nous permettent de suivre en continu la croissance fine des plantes, savoir à quel moment elles sont actives et quand elles sont au repos. Par exemple, un Aesculus (marronnier de Californie) au rythme de croissance extrêmement rapide. Il débourre de manière précoce, au tout début du printemps et il arrête de pousser au tout début de l’été. Au mois de juin, ses feuilles jaunissent, tombent et il arrête complètement de photosynthétiser.

D’autres espèces comme l’Eucalyptus, au contraire poussent en hiver, au printemps et pendant toutes les périodes favorables avec parfois un petit arrêt de quinze jours ou un mois, en été, quand il y a trop de sécheresse. Ils recommencent à pousser au lendemain de la première pluie d’été. Grâce à ces observations, on peut se dire que si jamais on a des aléas climatiques dans le futur, certaines espèces seront beaucoup plus aptes à les tolérer que d’autres.

 

Pinus pinea, timidité des cimes ©Isabelle Morand

Avez-vous eu de grandes surprises en tant que botaniste ?

Des surprises… je ne sais pas trop quoi vous répondre! En fait, des surprises, on en a tous les jours. La plus belle, peut-être pour nous, c’est la première floraison. Vous semez une plante, un arbre, vous attendez pendant dix ans et puis un jour, l’arbre fleurit. Alors là, c’est une émotion importante, une information importante aussi !

Parlez-nous du Pinus Pinea qui a des comportements particuliers en termes de sociabilité…

Vous faites référence à la « timidité des cimes ». En regardant cette pinède, en levant les yeux, vous pouvez constater une limite très nette entre les couronnes des différents arbres, comme un grand puzzle qui souligne cette capacité qu’ils ont à ne pas se toucher les branches les uns les autres. Ils ne sont pas la seule espèce à faire cela. C’est vrai que le nom qu’on a donné à cette observation est très poétique…

 

Le Jardin Thuret se visite. Pour les renseignements pratiques, cliquez ICI

 Pour l’Office du tourisme d’Antibes-Juan-les-Pins, cliquez LA

 

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