Ce grand botaniste français (1719 – 1786) fut aussi un malchanceux hors compétition. Toutes les étapes de sa vie de missionnaire, d’explorateur puis d’administrateur colonial français ont été marquées par des incidents, accidents, naufrages, échecs, etc. Jusqu’à sa vie sentimentale, digne d’un roman…

Un missionnaire manquant à sa mission

Fils ainé d’un couple de commerçants lyonnais, Pierre fait ses études chez les frères missionnaires de Saint-Joseph, à la Croix-Rousse. Élève brillant, il est envoyé à Paris pour suivre des études en théologie et travaille au séminaire des Missions étrangères de Paris. En 1741, à 22 ans, il part pour l’Extrême-Orient, officie à Canton où il est envoyé brièvement en prison pour on ne sait trop quelle raison ! Le vice-roi du moment lui donne l’autorisation de se balader dans le pays. Pierre part alors pour Macao, puis pour la Cochinchine (Viêt Nam). Là, il préfère se consacrer à l’agriculture et au commerce et “oublie” sa mission d’évangélisation. Il est renvoyé en France.

Magasins de la Compagnie des Indes, à Pondichéry.

 

Un boulet fatal

Opiniâtre, le jeune homme décide de repartir pour l’Extrême-Orient. Il embarque à bord d’un bateau de la Compagnie française des Indes orientales. À l’époque, les navires français et anglais se livrent une guerre impitoyable pour le contrôle des routes maritimes des épices. Lors d’un affrontement avec un navire anglais, Pierre est atteint par un boulet de canon. Sur le navire ennemi, il est amputé de la main droite avant d’être conduit à Batavia, l’actuelle Djakarta qui est alors le siège de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, veillant farouchement sur son monopole du commerce des clous de girofle et des noix de muscade. Pierre Poivre séjourne plusieurs mois à Batavia, se rend ensuite à Pondichéry où il fait la connaissance de Bertrand-François Mahé, comte de la Bourdonnais, le gouverneur général des Mascareignes (archipel comprenant la Réunion, Maurice, l’île Rodrigues). Il décide de rentrer en France pour obtenir la possibilité de briser ce monopole. Sur le chemin du retour, en 1746, il fait escale à l’Isle de France (l’actuelle île Maurice) dont le climat lui parait tout indiqué pour l’acclimatation de ces fameuses épices. 

Tempête, naufrage, abordage et retour à la case prison !

3 vaisseaux de la flotte de Mahé de la Bourbonnais.

Là, merci de lire attentivement, car le parcours de Pierre “Poisse” devient vraiment chaotique… Il quitte l’Isle de France dans une  flotte menée par Mahé de la Bourdonnais à destination de la Martinique. Vous suivez bien, hein ? Les 6 bateaux affrontent une grosse tempête au large du cap de Bonne Espérance. Pierre a la chance (il en faut bien un peu quand même) de se trouver sur l’un des 3 navires qui parviennent à destination…

Il passe quelques mois en Martinique avant de regagner la France. La Compagnie des Indes orientales se laisse convaincre par son projet de développement du commerce des épices. Pierre décide donc de reprendre la mer, mais…

  • Il embarque sur un navire qui fait naufrage.
  • Puis, il embarque sur un navire néerlandais qui est attaqué par un bateau de corsaires malouin.
  • Le bateau malouin est attaqué par un navire britannique.
  • Pierre est fait prisonnier et enfermé à Guernesey…

Galères et trahison

Noix de muscade ©natbits

De retour sur l’Isle de France, Pierre Poivre organise plusieurs expéditions pour dénicher et rapporter les précieuses épices. Entre 1750 et 1753, son périple le conduit à Macao, Canton, Manille où il obtient 32 plants vifs de muscadiers (Myristica fragrans). Il envoie deux bateaux dans les îles Moluques à la recherche de plants de girofliers (Syzygium aromaticum), mais la tentative échoue. Les plants vifs meurent peu à peu et quand Pierre accoste – enfin – en décembre 1753 en Isle de France, il n’en reste plus que 5 et aucune mesure n’a été prise sur place pour leur conservation !

Le botaniste réussit à monter une nouvelle expédition, mais la frégate qui lui est allouée est dans un piètre état, et les hommes d’équipage meurent en nombre, victimes notamment de la dysenterie. Le voyage à bord de La Colombe dure 18 mois et le mène aux Philippines, aux Moluques, aux Célèbes (où il ne peut poser l’ancre) et enfin, sur l’île de Timor. La Colombe est de retour en Isle de France le 8 juin 1755 avec un unique plant vif de muscadier et des graines impropres à la germination. 

À son retour, Poivre apprend que les 5 plants rapportés de la première expédition sont morts. Selon lui, le responsable n’est autre que Jean-Baptiste Fusée-Aublet, botaniste, pharmacien persuadé qu’il ne s’agissait pas de muscadiers, mais de noix d’arec (Areca catechu). Il aurait, selon Pierre Poivre, laissé crever les plantes…

Abandonné par la Compagnie française, Pierre Poivre décide de rentrer en France. Il embarque sur Le Pondichéry en avril 1756 et passe quelques mois à Madagascar. Le 23 décembre 1756, le bateau… est capturé par les Anglais et notre botaniste poissard prend une nouvelle fois la direction des geôles, cette fois-ci à Cork, en Irlande. 

Paul et Virginie, une histoire à la Poivre

Pierre Poivre revient en France où, le 15 septembre 1766, il épouse Françoise Robin de Livet, “une jeune femme bien née, pleine de vertus, de douceur & de grâces, digne, à tous les égards, d’être la compagne d’un Philosophe sensible” (Pierre-Samuel du Pont de Nemours, qui sera le second mari de Françoise…). Quelques jours après le mariage, l’explorateur est nommé Intendant des îles de France et de Bourbon et, dans la foulée, Louis XV, qui l’estimait, lui confère des lettres de noblesse.

En mars 1767, le couple arrive à Port-Louis, en Isle de France et s’installe dans la propriété de Mon Plaisir où Pierre crée le Jardin de Pamplemousses, l’un des plus beaux jardins botaniques du monde. Sur les conseils d’un autre explorateur, Louis-Antoine de Bougainville, il organise une dernière expédition vers les Moluques. Cette fois-ci, celle-ci réussit. Pierre peut enfin planter ses muscadiers, ses girofliers et il envoie des graines et des plants aux Seychelles, à la Réunion, mais également en Guyane française. 

C’est à cette période que débarque sur l’île Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre… L’écrivain tombe passionnément amoureux de Françoise qui, aux dires des témoins de l’époque, serait demeurée totalement insensible à ses avances. De cet amour sans espoir serait née son œuvre “Paul et Virginie”…

Les Poivre rentrent définitivement en France en 1772 et s’installent près de Lyon. L’explorateur disparait le 6 janvier 1786. Il est inhumé à Lyon dans la basilique Saint-Martin d’Ainay. 

 

 

"Lien

CHERS JARDINIERS,
SAVEZ-VOUS QUE VOUS POUVEZ TROUVER SUR LA BOUTIQUE HORTUS FOCUS DES TRÈS BEAUX OUTILS,
DES FERTILISANTS NATURELS, DES KITS À PLANTER POUR FAIRE DÉCOUVRIR LE JARDIN À VOS AMIS ET 1000 AUTRES CHOSES ?

Une réponse

  1. REGNIER NATHALIE

    Un personnage passionnant qui nous a ramené de ses périples , outre les épices, de nombreuses plantes aujourd’hui présentes dans la plupart des jardins ..

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.