Tout d’abord, il faut savoir que le jardinage j’aime bien, mais pas tout le temps. Non pas que l’activité me déplaît en soi, mais j’ai pas mal d’autres choses à faire, qu’il s’agisse de contraintes ou de loisirs.

Dès lors, si je veux voir une peu de verdure et de fleurs aux abords de ma maison, j’ai le choix entre m’accommoder des espaces sauvages ou de ce que ma fainéantise me permet, là où elle le permet. Dans mon petit village campagnard, on commence à peine à sortir du glyphosate, et autant dire que les trottoirs, bords de chaussée et autres espaces mi-publics, mi-privés en ont été aspergés depuis quelques décennies, laissant des espaces évoquant tour à tour le désert de Gobi, le parking de Carrouf ou le crâne de François Lenglet sous le vent de la dalle de La Défense.

Madame Machin voulait “faire propre”…

Comble de maniaquerie mal placée, la précédente occupante de mon domicile, ancienne agricultrice, avait tout un stock de perturbateurs endocriniens, substances cancérigènes et autres biocides en stock qu’elle a copieusement et consciencieusement étalé là durant, là encore, des décennies pour « faire propre », comme on dit ici.

Il m‘aura fallu deux ans et autant de grattages annuels du grave-ciment du trottoir pour que la première graine de cosmos ou de pavot de Californie germe, malgré les résidus d’anti-germinatifs, de Round-up surdosé et autre débroussaillant digne des bombardiers américains sur le Vietnam (Monsanto, ami des peuples et de la nature avait produit le fameux Agent Orange).

Décompacté par petites zones, le sol put commencer à se rincer et à continuer d’être fragilisé par les « mauvaises herbes » (concept imbécile, soit dit en passant), ces plantes plus fortes que la mort chimique qui ont le don de préparer le terrain pour les autres et de nourrir toute la faune. Ainsi, les laiterons, géranium herbe-à-Robert et autres séneçon ou plantain dont personne ne veut ont été accueillis ici avec une joie non feinte, et quelques poignées des semences que je désirais disséminer là (pavot de Californie, rose trémière, goutte-de-sang, nigelles de Damas…).

©Eric Lenoir

Vous êtes sûr que vous êtes paysagiste ?

Après ce premier été un peu foutraque qui rendait mes voisins perplexes et les élus locaux loquaces, je déversai quelques poignées d’orpins rampants (Sedum reflexum) sur ce pied de mur sec comme un coup de trique, plantai très très grossièrement des boutures racinées de Geranium macrorhyzum, de campanule à feuille de pêcher, d’iris d’Orient, asters divers, valériane rouge, corbeille d’argent et autres penstémons là où j’avais arraché les herbes annuelles en fin de vie. Les trous ainsi préparés étaient parfaits, ne me restait plus qu’à gratter le caniveau à la binette pour employer le substrat vaguement sableux au recouvrement de la base des plantules, et à prier le ciel pour que quelques pluies fassent leur apparition dans pas trop longtemps pour permettre à mes plantations paresseuses de s’en sortir dignement.

Les voisins exprimèrent leur anxiété: « Vous êtes sûr que vous êtes paysagiste ? », « Vous êtes sûr que ça va donner quelque chose ? », « Ça ne fait pas très propre pour le moment », « Et la mairie ne vous dit rien ? », « Madame Machin, elle passait beaucoup de temps à entretenir son jardin ». Il est vrai que, pendant un an, ça n’a pas ressemblé à grand-chose. Mais quand on n’a pas de temps à perdre, il convient d’être patient (réfléchissez à cette phrase, elle n’est pas aussi idiote qu’elle en a l’air), quitte à n’avoir l’air que de pas grand-chose dans l’intervalle. Herbes folles, ersatz de plantes d’ornement, fleurs éparses vinrent peu à peu coloniser le pied de mon mur d’enceinte et le petit segment de trottoir progressivement, mais efficacement décompacté par les plantes. Quand le caniveau s’est de nouveau chargé de débris végétaux et de sable ou de graviers, j’ai récupéré le substrat pour l’ajouter au pied de mes plantes, qui en ont fortement tiré bénéfice.

Mes voisins me parlent encore !

Ce troisième printemps depuis le premier semis infructueux, les voisins m’adressent toujours la parole, mais désormais pour me dire qu’ils aiment beaucoup plus mon trottoir aujourd’hui qu’avant, que c’est mieux que le round-up de Madame Machin (c’est un pseudo, vous l’aurez compris). Et la mairie m’a commandé un petit aménagement dans le cimetière, après que je leur aie prouvé qu’on pouvait avoir quelque chose de joli, simple, naturel, ne nécessitant qu’un entretien et des frais extrêmement limités. Personne n’a remarqué que le gaillet blanc qui parfume les 20 mètres alentour est sauvage tant il se mélange bien avec les euphorbes et le pavot de Californie orange vif, pour le plus grand bonheur des papillons, des butineurs, et des mésanges, hirondelles et lézards des murailles qui s’en régalent à longueur de journée.

Patience et longueur de temps font donc bel et bien plus que force et que rage.

PS : Il y a quelques jours, alors que j’exposais ma pépinière sur une fête des plantes, deux dames d’un âge certain, retraitées confirmées, sont venues à ma rencontre après avoir aperçu mon bouquin sur le jardin punk de loin. « On vient vous l’acheter pour l’offrir à nos élus, parce qu’on a commencé à casser les trottoirs de notre métropole pour y planter des fleurs. Lesquelles conseillez-vous ? ». Si même les grand-mères deviennent des punks du jardin, c’est que l’avenir ne pourra être que joyeux, spontané et couvert de fleurs !

 

"Lien

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