Le saviez-vous ? Célèbre pour ses ravages sur les cultures de pommes de terre aux États-Unis, en Europe et généralement partout où il peut s’installer, ce coléoptère fut au centre de nombreuses recherches pendant la Seconde Guerre Mondiale. Objectif : le largage de doryphores et la destruction des cultures en sol ennemi. Une vraie arme de guerre biologique !

affiche doryphore

©CC-by-ca

Une sale réputation méritée…

Pas question ici de vous retracer toute l’histoire de cet insecte (Leptinotarsa decemlineata) particulièrement malfaisant appelé aussi chez nous chrysomèle de la pomme de terre, au Québec la “bibitte à patate” (si, si) et aux États-Unis, la “bête du Colorado” (première et puissante infestation dans cet état en 1865). Le doryphore, originaire du Mexique, a accompagné l’extension de la culture de la pomme de terre, sa plante-hôte de prédilection. 

Des États-Unis, il a pris un bateau pour l’Europe. Sa présence est signalée en Allemagne en 1876, dans le port de Rotterdam puis à Liverpool, l’année suivante. Quelques foyers ici et là sont repérés en France jusqu’à une invasion fatale en 1922 dans la région bordelaise. De ce foyer, la bestiole est partie ravager les cultures en Espagne, au Luxembourg, en Belgique, en Allemagne, dans les Balkans.

Le doryphore est équipé pour faire suer le monde. Ses petites pattes lui servent à passer d’un plant de pommes de terre à l’autre. Ses ailes lui permettent de décoller et de se laisser porter par le vent sur des kilomètres. Ni vu, ni connu, j’t’embrouille. Il aurait ainsi, en 1953, traversé la Manche, sans pour autant se livrer à un “brexitphore”. Il a gardé une patte sur chaque rive, l’animal ! 

Le doryphore ou la guerre entomologique

doryphore - oeufs - chenilles

Doryphore, oeufs et chenille ©marina-lohrbach

Les insectes sont de potentielles et dangereuses armes de guerre. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Japonais inoculent le virus de la peste à des puces et celui du choléra à des mouches avant de procéder au largage de ces insectes sur le territoire chinois. Bilan : 450 000 morts environ. Les États-Unis sont les champions des essais de tripatouillage de moustiques infectés par la fièvre jaune ou d’études sur les chenilles qui pourraient aller bouffer tous les champs de coca péruviens. 

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les puissances alliées et le régime nazi, eux, s’attachent à étudier comment amener la famine sur les sols ennemis via le doryphore. A priori, ce sont les Français qui démarrent en premier les recherches. Ils sont suivis par les Anglais qui font acheminer 15 000 doryphores des États-Unis, en avril 1942, dans le but de les balancer sur des cultures ennemies. Les Allemands, qui ne comptent pas perdre la guerre entomologique, se lancent alors un double défi : le largage de colonies de doryphores sur l’Angleterre et la lutte contre le coléoptère s’il venait à envahir leurs cultures. Ils ouvrent un institut de recherche à Kruft, une ville dans l’ouest du pays. 

Il n’existe pas de preuves de largages “réussis” mais des traces d’essais. Peut-être les doryphores ne supportent-ils pas d’être balancés d’un avion à moins d’être équipés chacun d’un mini-parachute (OK, je sors…).

doryphore sur le dos

Le ventre de la bête ! ©vlarvix

Propagande

En pleine guerre froide, en 1950, le doryphore devient le personnage central d’une campagne de propagande. En Allemagne de l’Est, en Tchécoslovaquie et en Pologne, les champs de pommes de terre sont décimés par une invasion de doryphores. Les accusés sont les Américains qui largueraient des doryphores pour provoquer la famine (et des insurrections) dans les pays du bloc communiste. Mais oui, bien sûr…

 

Du juron à l’insulte

La capacité de cet insecte à ruiner les cultures et à se faire détester lui vaut de figurer dans la liste des jurons du capitaine Haddock dans deux albums, “Le crabe aux pinces d’or” et “Le temple du soleil”.

Du juron, on passe à l’insulte. Le doryphore a détruit les cultures en Europe après la Première Guerre Mondiale et les Allemands étant connus comme de gros mangeurs de patates, le lien a été fait entre le ravageur et le peuple hier ennemi. Cette insulte a perduré, et a été réutilisée pendant le second conflit pour désigner les nazis qui réquisitionnaient les pommes de terre pour nourrir leur armée.

Plus récemment, le terme a été employé en Ukraine pour qualifier les activistes prorusses qui arborent des rubans orange et noir, couleurs qui ornent le dos de la bestiole. 

Doryphore

©anna1311

 

 

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3 Réponses

  1. berthille

    Encore une fois, j’ai appris plein de choses. Je ne le regarderai plus de la même façon lorsque je le ramasserai sur les plants de pommes de terre la saison prochaine 🙂

    Répondre
    • Isabelle Morand

      moi aussi j’ai appris plein de choses en tombant sut cette idée de sujet et en faisant des recherches pour pouvoir l’écrire. C’est toujours agréable d’apprendre ! Merci pour votre message. Bonne journée !

      Répondre
      • Brunet

        Me suis rendue compte que les pommes de terre ne fleurissent plus, que , si je redevenais enfant, je ne pourrais plus aller les débarrasser, à la main, de ces bestioles. Merci d en avoir parlé !

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