Jardin Georges Delaselle, le petit miracle de l’île de Batz

Sur l’île de Batz, dans le Finistère, à quelques encablures du Jardin exotique de Roscoff auquel nous avons consacré un article il y a quelques mois, se trouve un autre paradis : le jardin Georges Delaselle. Une curiosité climatique et végétale qui réunit quelque 2500 espèces venues des 5 continents. Nous avons rencontré Benjamin Goues, responsable du jardin.

 

Ile de Batz - Benjamin Goues

Benjamin Goues ©Valérie Collet

Hortus Focus : Quelle est l’histoire de ce jardin?

Benjamin Goues : On doit ce jardin à Georges Delaselle, un assureur parisien, qui est arrivé sur l’île de Batz en 1897. Il tombe amoureux du lieu et quelques mois plus tard, en 1898, il décide d’acheter des terres pour réaliser son rêve : créer un jardin exotique colonial.

À l’époque, la France a des colonies à travers le monde et énormément de plantes en proviennent. Pour ce projet, il sera conseillé par un de ses amis, Jean Dibowski, responsable des serres de Nogent-sur-Marne, spécialisé en recherches agronomiques tropicales. Ce dernier lui a aussi donné des plantes.

Quand commencent les travaux ?

Dès 1898, des ouvriers sont embauchés. Georges Delaselle s’est très vite rendu compte que l’île jouissait d’un micro climat. À l’époque, toutes les grandes maisons des capitaines au long cours renfermaient derrière leur jardin clos des plantes de l’hémisphère sud. Le seul problème de l’île de Batz, c’était le vent. Il fallait donc en protéger les plantes de même que des embruns qui auraient pu empêcher l’acclimatation des différents plants. Du coup, il décide d’aménager un cordon de dunes artificielles et de creuser une cuvette de 5 mètres de profondeur, comme les oasis dans le désert. À cette occasion, il fait une découverte inattendue : une nécropole de l’âge du bronze.

Jardin goerges Delaselle avec élément de nécropole

Le jardin avec un élément de la nécropole ©Valérie Collet

 

Y avait-il une ligne directrice pour composer ce jardin ?

L’idée de Georges Delaselle était de faire un jardin d’ambiance, le tour du monde dans son jardin. Donc il rapporte surtout des plantes de l’hémisphère sud, notamment tout ce qui est Afrique du Sud, Nouvelle-Zélande, Australie, sud du Chili. Il s’occupe de son jardin jusqu’en 1937. Il a alors 75 ans et décide de vendre parce qu’il est trop vieux et qu’il n’a plus de sous. Un autre Parisien décide de continuer son rêve. Puis ce sera la guerre avec l’occupation de toute l’île par les Allemands.

Ensuite, le jardin est vendu à des centres de vacances de l’Aérospatiale et tombe en déshérence pendant trente ans. Il est redécouvert dans les années 80 par une association de bénévoles (Les Amis du jardin Georges Delaselle) qui décide de le restaurer, d’en refaire les murets, de retrouver les archives de Georges Delaselle (en fait, il y en a très peu). À force de persévérance, le jardin renaît. Il est rouvert au public en 1991.

 

Ile de Batz - la palmeraie

La palmeraie ©Valérie Collet

En quoi ce jardin diffère-t-il de celui de l’origine?

Il est plus grand. De 1,5 hectare au départ, il est passé à 2,5 hectares. La nécropole et la palmeraie (avec sa collection de palmiers) demeurent. Mais nous avons en plus une collection de fougères et de plantes subtropicales. Le concept original est resté inchangé. Seules les plantes ont poussé !

C’est à la fois un jardin d’acclimatation et un jardin paysagé. Ce n’est pas un jardin botanique. Il s’apparente plutôt à un jardin à l’anglaise avec des allées sinueuses, un ordre plus ou moins ordonné, beaucoup de luxuriance. Il se présente par écosystèmes, par biomes. Les plantes qui poussent au soleil sont toutes au sud, par exemple (les cactus, les succulentes…). Quant à la palmeraie, elle donne un effet jungle avec aussi des plantes de sous-bois.

 

Géraniums de Madère

Géraniums de Madère ©Valérie Collet

Quels sont les végétaux les plus remarquables ?

Les cyprès de Lambert (Cupressus macrocarpa) qui viennent de Californie – certains ont 120 ans – et qui font barrière contre le vent. Les phoénix de la palmeraie, très grands, qui donnent une atmosphère très tropicale. Les géraniums de Madère (Geranium maderense) qui, quand ils sont en fleurs, embellissent le jardin. Le lin de Nouvelle-Zélande (Phormium) qui s’acclimate très bien ici. La cordyline (Cordyline australis) qui a ici ses lettres de noblesse. L’agapanthe (Agapanthus) qui remplace peu à peu l’hortensia dans les jardins bretons. J’aime particulièrement la collection de plantes endémiques de l’île de Robinson Crusoé (au large du Chili). Elle comporte quelques spécimens très intéressants.

 

Ce jardin est-il difficile à entretenir ?

On a un sol sableux et coquillé (très calcaire). Donc il n’y a pas beaucoup de mauvaises herbes. En revanche, peu de végétaux en acclimatation supportent le calcaire : c’est le cas des Araucarias, des Protéacées. Le fait que le sol soit très sableux et ne retienne pas l’eau complique aussi les choses. Il faut arroser tout le temps même quand il a plu !

Ile de Batz, Télopée

Télopée (Telopea speciosissima) ©V.Collet

Qu’est-ce qui est le plus surprenant ici ?

Le fait que des plantes quasi tropicales poussent ici sans trop de contraintes. Par exemple, nous avons un palmier originaire de l’île de Norfolk, au sud de la Nouvelle-Calédonie qui fleurit ici. Alors qu’en principe, il est plutôt réservé au climat corse, de la Côte d’Azur ou de Biarritz. On a aussi des sélaginelles iridescentes de Thaïlande qui ont bien passé l’hiver. Et des fougères tropicales qui survivent quand il ne gèle pas.

Comment expliquer ces phénomènes?

Le Gulf Stream est censé amener de l’eau à 16 degrés toute l’année, donc ça joue sur les températures extérieures. Le fait aussi qu’on soit sur une île fait que l’eau, l’hiver, est toujours plus chaude que l’air ou à égale température. Des échanges thermiques se produisent, nous avons donc ici des plantes qui ne peuvent pas pousser en face, au jardin de Roscoff.

Quelle influence pourraient avoir les changements climatiques sur le jardin ?

Ce qui nous inquièterait surtout, c’est que le Gulf Stream change. On se retrouverait alors avec le climat du Canada… On est à la même latitude !

Jardin Georges Delaselle, Penn Baz, 29253 île de Batz. Pour les renseignements pratiques, cliquez ICI ou LA

Si vous voulez y aller plus tard dans la saison : le TGV jusqu’à Morlaix puis quelques kilomètres de voiture.

Se loger: la Résidence des Artistes*** à Roscoff (photo, accueil et déco sympa)

Se restaurer: chez Corinne, 1 place de la République à Roscoff (simple et convivial). Ou au Brittany (1 étoile au Michelin): spécialités de la mer dont le sublime homard bleu.

Tous les renseignements: www.toutcommenceenfinistère.com et www.roscoff-tourisme.com 

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