Écouter Georges Feterman parler des arbres, remarquables ou pas, c’est un pur bonheur. Le sujet est passionnant, le conteur tout autant. Retour sur le parcours et les découvertes de cet amoureux des arbres, président de l’Association A.R.B.R.E.S. qui découvre et labellisé en France métropolitaine et ultra marine les arbres d’exception. 

Hortus Focus : D’où vous vient cette passion, cet amour pour les arbres ?

Georges Feterman - Hortus FocusGeorges Feterman : J’ai toujours été passionné par la nature, d’abord par les animaux, comme beaucoup d’enfants. Et puis, je suis devenu prof de Sciences naturelles comme on disait avant (la SVT d’aujourd’hui), ce qui m’a permis de découvrir la géologie, les oiseaux et les arbres. J’ai organisé alors des sorties et des voyages pour les adultes et les enfants. Et j’ai commencé à écrire des livres… Je suis alors tombé dans la marmite des arbres remarquables en pensant qu’en quelques semaines, j’aurai fait le tour du sujet. Vingt-cinq ans plus tard, la passion est toujours là. En réalité, je suis avant tout un amoureux de la France et de ses paysages, mais les arbres m’occupent beaucoup, beaucoup. 

Votre dernier livre* est consacré aux arbres et aux paysages…

Les arbres de la campagne vont avec les paysages qui les entourent. On ne peut pas dissocier les deux ! On peut y ajouter le patrimoine culturel, une église, une chapelle, et bien sûr tous les êtres humains. Pour moi, le vrai bonheur c’est de découvrir des arbres et de rencontrer des gens qui vont avec.

Un arbre remarquable, qu’est-ce que c’est ? 

C’est un arbre qui peut être très vieux, très grand plutôt que très gros. Ce peut être aussi un arbre auquel se rattache une légende. Moi, j’y ajoute un autre critère : le coup de cœur. Il permet de sortir d’un simple tableau de chiffres où figurent l’âge ou les dimensions.  

L’âge d’un arbre est-il difficile à calculer ?

Nombre de ces arbres vieillissants sont creux. S’ils finissent par tomber, on peut compter les cernes à l’intérieur du tronc. S’ils restent debout, on est plus dans l’approximation. Pour d’autres sujets, c’est facile, car ils ont été plantés pour un évènement particulier. Le plus gros arbre de France est un tilleul de 16 ou 17 m de circonférence. Il a été planté dans le Jura, sur la commune de Bracon, en 1477, à l’occasion du mariage de Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, avec l’Empereur Maximilien d’Autriche.

Platane de Buffon - Paris - Hortus Focus

©Jebulon

Qui a eu l’idée de distinguer ces arbres remarquables ? 

Il faut rendre hommage à celui qui a inventé cette expression : Robert Bourdu, professeur de physiologie végétale. En l’an 2000, avec l’association A.R.B.R.ES (acronyme d’Arbres Remarquables, Bilan, Recherche, Études et Sauvegarde), nous avons créé le label “Arbre Remarquable de France”. Il est attribué non à l’arbre, mais à son propriétaire pour l’encourager à le préserver. Aujourd’hui, 600 arbres bénéficient de ce label en France métropolitaine et en outre-mer. Le label leur donne une valeur morale très forte. Quand un arbre est distingué, la plupart des habitants qui le connaissent en tirent beaucoup de fierté et sont très attachés à sa protection. 

Pourquoi compte-t-on plus d’arbres remarquables en Bretagne qu’en Aquitaine ? 

Il y a effectivement plus d’arbres très vieux, voire millénaires, en Bretagne, en Normandie, et en Île-de-France. Une partie de l’explication vient du nombre de chercheurs dans les autres régions, mais les écarts sont en train de se combler. 

Qui sont vos limiers, vos chercheurs d’arbres ?

Ce sont des correspondants de A.R.B.R.E.S. Ils sont 80. Nous en avons dans presque tous les départements maintenant. Et nous avons du mal à faire face à toutes les demandes. Des particuliers nous signalent aussi des essences remarquables, ici et là, par mail. La règle d’or : aller rendre visite aux arbres candidats avant d’attribuer le label. Le hasard joue aussi sa carte… L’an dernier, je fais une conférence non loin de Dreux et, là, on me signale dans le parc du château la présence de deux gros arbres. Surprise ! Je me suis retrouvé face à deux magnifiques platanes de 12 m de circonférence chacun. Des colosses vieux d’environ 400 ans, et qui font partie des plus gros arbres de notre pays. 

Nos forêts comptent-elles beaucoup de ces arbres ? 

Contrairement à une idée très répandue, la forêt française est en fait à 20% publique, et donc à 80% privée. Dans les forêts domaniales, nous avons un accord avec l’ONF (Office national des forêts) sur la protection d’un certain nombre d’arbres, parmi lesquels des chênes et des hêtres. La forêt française a été de tout temps travaillée, exploitée et, dans le passé, un gros arbre devait être utilisé tout simplement. Les plus vieux arbres que nous connaissons en forêt datent de Colbert et de Louis XIV. Les forêts françaises étaient abimées, très dégradées. Le Roi-Soleil donna alors l’ordre à son ministre de mettre en place leur régénération. Une bonne initiative… et une façon d’avoir du bois pour construire les bateaux de la marine nationale !

Votre association intervient-elle pour sauver des arbres de l’appétit des promoteurs ? 

Nous recevons un appel au secours tous les jours. Parfois, ce n’est pas justifié et on ne peut pas systématiquement s’opposer au renouvellement des arbres dans une ville. Par contre, il y a aussi des arbres sains qui ne demandent qu’une chose : qu’on leur fiche la paix. Pour moi, pour les 1000 adhérents de l’Association, les couper pour mener à bien un projet immobilier ou urbain, ce n’est pas possible ! On ne dit pas qu’il ne faut rien construire ! Mais pourquoi ne pas penser le projet en incluant l’arbre ? C’est une démarche que nous avons menée à Roubaix. Un collège a été construit autour d’un hêtre pourpre majestueux. J’avais les larmes aux yeux en voyant cet arbre et la fierté des gamins qui se sont appropriés sa beauté et revendiquent aujourd’hui la protection de ce hêtre. 

La résilience chez l’arbre

“Elle est bien supérieure aux capacités humaines. Nous arrivons à nous remettre de catastrophes, mais cette capacité est ridicule par rapport à celle d’un arbre. Cette résilience peut durer des centaines d’années. Par exemple, un arbre renversé par une tempête peut faire la démonstration d’un potentiel incroyable. Il peut produire des racines à l’extrémité de la tige qui est tombée. Grâce à des cellules appellées méristèmes (qui sont surtout dans les bourgeons), l’arbre peut, toute sa vie, fabriquer d’autres organes qui n’étaient pas prévus au programme. L’arbre couché peut aussi, à partir de bourgeons (qu’on appelle des suppléants), produire des branches qui partent tout droit à la verticale. Il y a un arbre que j’aime bien dans l’Aude qu’on appelle “l’arbre harpe”. Le tronc s’est couché et des branches sont parties tout droit. Quelle formidable capacité de récupération ! Par rapport à cela, clairement, l’espèce humaine est… nulle !

 

L'arbre dans tous ses états - Hortus Focus

 

 

 

 

* À lire absolument : “L’arbre dans tous ses états”, de Georges Feterman, 29,90 €.  

 

 

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