L’herbier secret de Giverny, au Museum de Rouen

Le Museum d’histoire naturelle de Rouen présente quelques planches de l’herbier Hoschedé-Monet, constitué par le fils et le beau-fils de Claude Monet. Des tableaux du peintre et de sa belle-fille Blanche les accompagnent. Rencontre avec Mathilde Schneider, directrice du Museum et du musée des Antiquités.

 

Mathilde Schneider ©V.Collet

Hortus Focus : quel est le propos de l’exposition ?

Mathilde Schneider : Cette exposition est le fruit d’un travail de Marc Pignal, anciennement responsable de l’herbier du muséum National de Paris. Et de Sylvain Amic, directeur des musées métropolitains de Rouen Normandie. Ils ont croisé leur approche de botaniste et de spécialiste des Beaux-Arts autour de l’herbier de Jean-Pierre Hoschedé et Michel Monet (respectivement beau-fils et fils de Claude Monet). L’exposition présente aussi une histoire familiale en mettant notamment en regard quelques peintures de Claude Monet et de sa belle-fille Blanche Hoschedé.

 

Coquelicots de Monet

Coquelicot de Monet ©Laurent Lache

Tout ce petit monde vécut à Giverny et en partie sous le même toit pendant des années…

En effet. Ils formaient une grande famille recomposée. Jean-Pierre Hoschedé (ndr: le fils d’Alice Hoschedé, la seconde femme de Claude Monet) et Michel Monet avaient quelques mois de différence. Respectivement botaniste et amateur passionné de plantes, ils accompagnèrent très souvent les deux peintres (Claude et Blanche) dans leurs voyages et dans leurs promenades dans la nature. Cela faisait partie de la vie courante de la famille. Ici, à Rouen, on a réuni principalement des plantes collectées dans la région. Mais cet herbier contient des planches provenant de la France entière . Il y en a plusieurs centaines.

 

Vous exposez une vingtaine de planches. Quelles plantes y figurent ?

On a toute une série de molènes collectées à la toute fin du XIXe siècle, dans les environs de Giverny. Certaines planches montrent la mauve, plante médicinale. D’autres, la callitriche à crochets, la ficaire fausse-renoncule et l’armoise. Ou encore l’ail des champs, le liseron tricolore ou l’ophrys araignée.

 

Claude Monet a-t-il fait lui-même un herbier ?

Blanche Hoschede

Blanche Hoschedé, lupins et pavots ©V.Collet

Pas véritablement. Mais il a participé à l’élaboration de celui-ci qui, on l’a compris, résulte d’une aventure de groupe. Il a aussi laissé sa trace dans l’herbier de Jean-Pierre Hoschedé puisque certaines planches sont consacrées au pavot de Monet (Papaver monetii). Cet hybride, qui porte son nom, a été trouvé juste à côté du jardin du peintre à Giverny.

 

Quelles observations ressortent de cette confrontation entre botanique et peinture ?

Les peintres Claude Monet et Blanche Hoschedé sont des esprits de couleur. Alors que Jean-Pierre est un esprit attaché à la forme. Ce qui est un peu normal pour un botaniste. Les représentations picturales des fleurs comme les clématites, les pieds d’alouette ou les lupins sont fidèles chez les deux peintres sans être très détaillées. Ils ont leur style. Il ne s’agit pas du tout de dessins botaniques.

 

Qu’apporte d’autre cet herbier Hoschedé-Monet ?

Pour les historiens de l’art, il apporte de nouveaux éléments pour dater ou géolocaliser Claude Monet à certaines périodes de sa vie.

Du point de vue botanique, cet herbier permet l’identification d’espèces grâce aux échantillons. Tout en donnant une idée de la biodiversité présente dans la région. Grâce au tableau Champ de coquelicots, environs de Giverny de Claude Monet, on a aussi une image des paysages à l’époque. Paysages qui ont bien changé aujourd’hui.

Enfin, la présence de Blanche Hoschedé dans ces sorties à quatre montre l’enjeu social des sorties botaniques. Celles-ci se développent très massivement au début du XIXe siècle et vont permettre une mixité sociale et une mixité de genre. Au début, les sorties botaniques étaient très encadrées, avec un chaperon et des messieurs tout à fait sérieux. Petit à petit, certaines femmes y participent. Les écoles de botanique seront les premières à les autoriser à assister aux cours et à se spécialiser dans cette discipline. C’est par ce biais qu’émergeront les premières femmes scientifiques !

Claude Monet, champ de coquelicots, environs de Giverny

Claude Monet, champ de coquelicots, environs de Giverny ©Laurent Lache

 

Exposition « L’herbier secret de Giverny », Museum d’histoire naturelle de Rouen, jusqu’au 15 novembre 2020. Intéressant petit catalogue aux éditions Silvana Editoriale (20 euros).

Pour les informations pratiques sur le Museum, cliquez ICI

Pour les informations sur Rouen/Normandie et la Seine Maritime, cliquez LA et LA!

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