Planter 60 000 arbres et créer une des forêts comestibles les plus vastes d’Europe (sur 7 ha), c’est le projet de Yoann Lang et Franck Lutic, à Estibeaux, dans les Landes. Le but de la Forêt de Higas est de récolter des fruits et légumes de saison, des plantes médicinales, mais aussi du miel et des œufs. Les vallons sur lesquels grandira cette forêt comestible, maraîchère et pâturée ont été laissés en jachère depuis 7 ans, et il en faudra presque autant pour la voir pousser. Auparavant, ils étaient utilisés pour une agriculture intensive. Il aura fallu 8 ans pour imaginer l’idée et en faire un projet réalisable.

Forêt comestible de Higas

©Yoann Lang

Hortus Focus : qu’est-ce qui vous a amené à ça ?

Yoann : J’ai commencé comme tourneur-fraiseur avant de m’orienter vers l’informatique. J’ai été élevé à la campagne en Champagne-Ardenne et j’ai toujours eu un jardin. J’ai toujours cultivé. Puis, je suis devenu papa. J’ai deux petites filles et je me suis dit que je ne pouvais pas leur laisser ce monde-là. Je suis conscient des enjeux écologiques depuis très longtemps déjà, mais là, cela devenait très concret pour mes filles ! Je me suis formé en autodidacte, mais très sérieusement. J’ai longuement réfléchi à différents projets et je me suis arrêté sur celui-là.

Les banques nous ont suivis pour l’achat du terrain et de certains outils, et des associations comme Humans by Nature ou Kokopelli nous ont accompagnés. Nous avons créé l’Association d’Aide au Reboisement et à la Conversion écologique pour rendre à la France son autonomie alimentaire tout en préservant la nature et pour soutenir à notre tour d’autres projets. [Adhérer à l’AARCE]

Et pour les plantations, qui démarrent au 15 janvier 2021, nous avons lancé un financement participatif, parce que 60 000 arbres, ce n’est pas rien en investissement. Il est même possible de devenir parrain d’un arbre  et venir sur place récolter la moitié des fruits qu’il produit chaque année.
Pour tous ceux qui le veulent, il est possible de contribuer ici jusqu’à fin février 2021.

Plus qu’une forêt comestible, créer un écosystème complet

Diversités botanique, alimentaire et biologique doivent se combiner avec un écosystème solide économiquement. L’ensemble sera cultivé selon les principes de la permaculture et de l’agroforesterie. Économie et autonomie d’eau, autosuffisance énergétique, densité de plantation seront la règle.

Le renouveau d’un ruisseau, bouché en 1950, qui traversera la propriété est un élément important. Il s’appuie sur la création d’un bassin de retenue d’eau. Ce bassin sera alimenté par l’ensemble des eaux de ruissellement des hectares alentour, nettoyé par phytoépuration. La phytoépuration fait appel aux bactéries présentes dans les systèmes racinaires des plantes pour épurer l’eau.
Le ruisseau débouche dans un étang qui recevra cette eau. Bien entendu, il est exclu de recourir à des intrants chimiques. 

Une approche expérimentale

Forêt comestible de Higas

©Yoann Lang – cliquer pour afficher en grand

La forêt comestible de Higas rejoint en ce sens d’autres projets comme celui de la Ferme pilote de la Durette à Avignon. Il ne s’agit pas seulement d’assurer la biodiversité et la reconstruction des sols, mais aussi de permettre à l’agriculteur d’en vivre correctement.  La viabilité économique, l’organisation du travail, l’intégration dans la communauté alentour sont donc des sujets tout aussi importants. Le projet prévoit la mise en vente de la production dans des distributeurs automatiques au village.

Et afin que l’expérience serve à la communauté, Yoann et Franck travaillent avec le CFAA d’Hasparren qui pilotera des relevés scientifiques.

Yoann : Nous avons une approche très expérimentale. Nous allons essayer plusieurs techniques et je voudrais pouvoir prouver aux agriculteurs qui soutiennent qu’on ne peut pas sortir de la production conventionnelle que d’autres voies sont possibles. Pour le moment, dans de nombreux domaines, on a des intuitions, des assertions diverses et variées qui ne reposent sur aucune validation scientifique. Nous allons faire en sorte de les étayer de preuves valides grâce à cette forêt comestible.

Une verrière alimentée en photovoltaïque d’un hectare sera réservée à ces productions qui nous arrivent généralement du bout du monde comme le cacao, le café, le thé, les bananes, les avocats ou les agrumes. Yoann compte sur le climat local pour n’avoir pas besoin de la chauffer. 

Hortus Focus : Pourquoi faire pousser des produits comme le cacao ?

Yoann : Sincèrement, on a tous envie d’en manger et je ne crois pas que les gens décident de s’en passer. Donc, les faire pousser ici améliore grandement leur empreinte écologique. C’est une nouvelle façon d’envisager la consommation, en local. Nous voulons créer la plus grande diversité alimentaire possible. Dans la forêt comestible de Higas, des poules auront une belle vie au pied des arbres. Un bassin de spiruline sera installé et des espaces seront réservés aux plantes aromatiques et médicinales. Outre la production que cela représente, elles ont un rôle de couvre-sol qui réduit la nécessité de désherber.

Mais hors de la verrière, les plantations de la forêt comestible de Higas seront organisées au plus près de ce qu’est une forêt naturelle : par strate. Cela demande une bonne connaissance des sols, de la botanique et des écosystèmes !

Les strates de la forêt comestible

  1. Dans le sous-sol, les strates formées par les racines de toutes les plantes, bulbes, rhizomes et tubercules.
  2. En couvre-sol, les légumes vivaces et annuels, les légumes-feuilles, les aromatiques, les plantes rampantes, le mulch, les fleurs et engrais verts.
  3. Le taillis constitué de buissons de sous-arbrisseaux et de petits fruits.
  4. Les arbres et arbustes : les petits arbres, les fruitiers hauts.
  5. Les lianes, fruits, légumes, ronces, plantes annuelles et ligneuses…
  6. La sous-canopée qui rassemble les plantes de sous-bois, les plantes de mi-ombre et d’ombre persistantes et printanières, l’ail des ours, les champignons
  7. La canopée formée par les arbres montant au-delà de 7 mètres de haut.
Forêt comestible : Schéma

©Dimitri Kalioris

La forêt comestible de Higas en étant à son commencement, le maraîchage assurera la viabilité de l’entreprise pour laisser aux arbres le temps de pousser. 

Yoann : Nous avons l’intention de démarrer à 2, mais d’embaucher 5 personnes dans les années à venir.

 

La forêt comestible vous intéresse ?

La Forêt comestibleVoici un livre très clair pour s’initier et se lancer dans une expérimentation grandeur nature ! Écrit par Damien Dekarz, il s’appuie sur son expérience en France. Damien a passé son enfance à observer la nature et la forêt. Puis ses voyages lui ont permis de découvrir des biotopes différents, en Amazonie par exemple. Au retour, il a créé sa propre forêt comestible dans le Var, puis a accompagné de nombreux projets.
Il a créé une chaine Youtube sur laquelle il partage ses connaissances.

La forêt comestible, pour des récoltes abondantes en toute saison
Damien Dekarz
Éditions Terran
15 € – 192 pages

"Lien

CHERS JARDINIERS,
SAVEZ-VOUS QUE VOUS POUVEZ TROUVER SUR LA BOUTIQUE HORTUS FOCUS DES TRÈS BEAUX OUTILS, 
DES FERTILISANTS NATURELS, DES KITS À PLANTER POUR FAIRE DÉCOUVRIR LE JARDIN À VOS AMIS ET 1000 AUTRES CHOSES ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial