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©Dimitri Kalioris

La Provence et ses herbes aromatiques

La Provence est la région de France où l’on trouve la plus grande diversité d’herbes médicinales et aromatiques de l’Hexagone. Les conditions climatiques et d’altitude très variées favorisent cette biodiversité. Voilà pourquoi elle est le berceau de la cosmétologie.

Provence : Forcalquier
©Dimitri Kalioris

C’est en Drôme provençale que s’installe Bernard Laget, fils de Francis, pour y créer la Maison Laget. Francis travaillait, quant à lui, pour les épices Ducros et avait donc transmis à son fils une bonne connaissance des plantes. Bernard est conscient de l’importance des savoirs et savoir-faire traditionnellement exercés dans la région comme en témoigne le musée Artemisia de Forcalquier qui retrace l’histoire des herbes à parfum, aromatiques et médicinales de Haute-Provence. Il décide de les valoriser et de s’assurer qu’ils perdurent.

À cette époque, la cueillette de plantes sauvages bascule d’activité familiale à vocation de complément de ressources vers une activité professionnelle. Toutefois, comme il n’existe pas de formation ni de système institutionnel de reconnaissance, les vocations sont difficiles à mettre en œuvre. Les profils des cueilleurs et cueilleuses sont souvent très atypiques pour ce métier assez rude.

Julie, la cueilleuse provençale

Julie cueille le romarin ce matin de juin. Elle démarre entre 5 h et 6 h du matin, à la fraîche, et s’arrête vers 13 h quand l’astre solaire se fait trop brûlant.

Provence : cueillette
©Dimitri Kalioris
"Le matin, c'est magnifique et les plantes sont belles au réveil. Moi, j'ai exercé plein de métiers différents auparavant. Mais j'ai toujours été dans la nature, je ne supporterais pas de vivre en milieu urbain. J'ai été élevée avec des chevaux et je les ai beaucoup soignés grâce aux plantes. J'ai également travaillé dans une exploitation vinicole en biodynamie. Là encore, l'utilisation des plantes était fondamentale et efficace. Ça a été comme un déclic. Je me suis dit que je voulais prendre soin des humains aussi, avec les plantes, en cueillant en pleine nature. Et je suis devenue cueilleuse. Au départ, je travaillais essentiellement pour les autres, mais depuis 4 ans, je suis à mon compte et je fabrique de l'huile d'olive et des huiles essentielles. Je distille et je flaconne. Je me suis formée sur le tas. J'ai appris la distillation avec les anciens, puis en distillerie. Ma seule formation officielle, c'est un bac pro agricole, le reste c'est l'expérience et de kilos de bouquins ! Comme j'ai le label Nature et Progrès, je réponds à un cahier des charges et je ne cueille donc que du sauvage loin des routes, c'est du bonheur !"

Julie vend une partie de sa récolte à Maison Laget.

De la Creuse à la Provence

Provence : Laurent Pax
©Dimitri Kalioris

Maison Laget a pris ses quartiers à Buis-les-Baronnies et à Vaison-la-Romaine. On y travaille les huiles essentielles, les cosmétiques et les herbes sèches. Mais Bernard Laget tombe malade et cherche un repreneur qui puisse donner un nouvel élan à l’entreprise un peu ronronnante. C’est alors qu’il fait la connaissance d’un Creusois installé en Provence, Laurent Prax. Le courant passe facilement entre ces deux-là. La transmission des valeurs de Bernard à Laurent est d’autant plus facile que le second est en quête d’un sens nouveau à donner à sa carrière professionnelle. Après 20 ans de commercial dans l’industrie pharmaceutique, Laurent a envie de voler de ses propres ailes, mais aussi de travailler dans une entreprise qui lui permet de développer ses propres valeurs et là, ça matche parfaitement. En 2014, Laurent a rencontré tous les producteurs et cueilleurs et décide de poursuivre l’histoire de Maison Laget dont il reprend la direction.

 

Laurent, le nouvel élan

"Je suis originaire de la Creuse dont je connaissais déjà les plantes. J'avais appris avec ceux que je nomme les sachants qui gravitaient autour de moi. La Provence a été un véritable bonheur avec son immense diversité de plantes aromatiques et médicinales. Et l'activité de Maison Laget était une véritable aubaine pour moi !"

Plantes cultivées et plantes sauvages

Provence : cueillette du Romarin
©Dimitri Kalioris

Aujourd’hui, les huiles essentielles, les herbes sèches et les cosmétiques sont fabriqués pour partie à partir de plantes sauvages et pour partie de plantes cultivées en bio. Chacune des huiles essentielles est chémotypée, c’est-à-dire analysée afin d’en connaître précisément les principes actifs, tels que définis par la norme européenne REACH.

HF : Comment sont organisées les cueillettes ?

Laurent Prax : Nous cueillons sur des zones sur lesquelles nous avons l’autorisation du propriétaire qu’il soit public ou privé. Certaines municipalités nous réservent des parcelles. Les cueilleurs avec lesquels nous travaillons connaissent et sont connus des propriétaires qui les appellent quand c’est le bon moment. C’est bien pour tout le monde parce qu’actuellement les terres étant moins pâturées par les troupeaux, elles sont aussi moins bien entretenues. La forêt gagne du terrain, mais plus que les grands arbres, c’est la broussaille qui envahit les espaces et repousse les plantes qui ont un grand besoin de lumière et de soleil comme le thym ou le romarin. Donc, ce sont les cueilleurs qui entretiennent les spots.

HF : Quelles plantes travaillez-vous ?

Laurent Prax : Nous travaillons beaucoup le thym, l’helichrysum, le romarin, la lavande, lavandin, la sauge sclarée… Nous avons une production de thym thujanol aux vertus exceptionnelles chez une agricultrice dans la plaine de Voconces et Julie cueille en sauvage. Mais le thym thujanol est difficile, car s’il subit un stress hydrique ou des agressions d’insectes trop importants, il se défend en changeant de chémotype. Il faut donc veiller à ce qu’il reste dans un environnement propre. Chez l’agricultrice, en bio, le désherbage est quasi quotidien pour limiter le développement des insectes.

HF : Qu’est-ce que le thym agricole ?

Laurent Prax : C’est un thym cultivé, bouturé, donc cloné. On duplique le même individu. Cela permet de produire une catégorie d’huiles très stables. C’est également le cas des lavandes et des lavandins de Provence. En revanche, pour le romarin, nous ne travaillons que le sauvage. J’ai aussi trouvé des cueilleurs du Limousin – il n’y a pas que la Provence ! – sur le plateau de Millevaches pour les orties ou le frêne par exemple. Et là encore, on a la chance d’être sur un territoire protégé.

HF : Sur vos produits, il n’y a ni allégations, ni posologies, pourquoi ?

Laurent Prax : Depuis le décret de 1941, signé par Pétain, les herboristes ont été disqualifiés au profit des pharmaciens. C’est ce qui a permis de structurer un bon maillage de pharmacies en France, mais a tué l’herboristerie. Parallèlement, seuls les médecins et les pharmaciens, et depuis les années 2000, les phytothérapeutes et les naturopathes sont autorisés à dire ce qui soigne et comment. Notre rôle à nous est donc de récolter et de fabriquer les meilleurs produits pour nos clients, mais c’est à eux de s’informer sur l’utilisation qu’ils peuvent en faire. Il faut rappeler que les huiles essentielles sont des produits très forts et que leur usage demande des connaissances. Pour vous donner une idée de la concentration, il faut une journée de cueillette pour distiller un litre d’huile essentielle de romarin. C’est donc très puissant.

Ce qui est compliqué, c’est que la réglementation européenne n’est pas uniforme. Les herboristes étant reconnus en Belgique, en Italie, en Espagne ou en Suisse, il est facile de s’établir hors de nos frontières pour s’exonérer de ce décret de 1941. À la frontière de la médecine, de la pharmacie, du cosmétique, mais aussi de la cuisine, l’huile essentielle est présente dans le soin du corps dans toutes ses formes. À Montpellier comme à Grasse au XVIe siècle, on comptait un grand nombre d’herboristes également pharmaciens. Voilà pourquoi, en Provence où l’on trouve tant de variétés, on enseignait les huiles essentielles, les onguents et le cosmétique, car nourrir la peau, c’est encore en conserver la santé !

Provence : Lavandes
©Isabelle Vauconsant

HF : Constatez-vous des effets du dérèglement climatique en Provence ?

Laurent Prax : Sans aucune ambiguïté ! Entre les sécheresses et les épisodes de pluies torrentielles, la Provence voit pour la première fois mourir des romarins en nombre alors que jusque là c’était assez rare. Nous faisons des essais d’introduction de thyms venus du Maghreb et donc plus résistants et de romarins corses. Quand on pense qu’actuellement la Pologne est le premier producteur de thym agricole en Europe, ça en dit long !

 

Provence Maison Laget
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