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Les plantes allélopathiques : elles font le ménage !

PLANTES ALLÉLOPATHIQUES

Le désherbage vous lasse ? Un peu ras la casquette de gérer des adventices en surnombre ? Adoptez des plantes allélopathiques. Sous ce mot un peu bizarre se cachent des végétaux efficaces. Ils émettent des substances qui empêchent la pousse des plantes enquiquinantes. Explications. Merci à Frédéric Prévot (pépinière Senteurs du Quercy) pour sa collaboration. 

Allélopathiques, kézako ?

Il faut se plonger – en douceur – dans le grec ancien pour comprendre… “Allêlôn” signifie réciproque, et “pathos” souffrance. L’allélopathie est un phénomène biologique très simple : une plante produit un ou plusieurs composés chimiques qui bloquent la germination ou la croissance sous et autour d’elles. 

Même si Théophraste avait déjà observé le phénomène au 3e siècle avec J.-C., il a fallu attendre 1937 pour lire une première parution sur le sujet. On la doit à un professeur autrichien, Hans Mollisch, auteur de “L’effet des plantes les unes sur les autres – Allélopathie”. D’autres études sont venues par la suite confirmer ses observations.

Toutes les espèces allélopathiques n’ont pas encore été répertoriées. Elles pourraient être plusieurs milliers disséminées sur toute la surface du globe.

C’est quoi leur secret ?

Les plantes allélopathiques produisent des alcaloïdes, des flavonoïdes, des acides phénoliques, des quinones et des terpènes. Leur effet est comparable à celui des herbicides de synthèse. 

Les recherches se poursuivent, car l’allopathie pourrait être une alternative aux produits chimiques en agriculture dans les décennies à venir.

Exemple : Callistemon citrinus (le rince-bouteille) produit un composé appelé leptospermone utile pour lutter contre les adventices dans les cultures de maïs.

Callistemon citrines
©J. Harrison / cc-by-sa

Efficaces à 100% ?

Non, bien sûr ! Elles font le ménage, inhibent la croissance de petites herbacées, de sous-arbrisseaux dans leur environnement proche. La plupart de ces plantes allélopathiques poussent dans des environnements dégradés, des sols pauvres. C’est pourquoi on en trouve beaucoup dans les régions de climat méditerranéen. On peut encore trouver des adventices à leur pied, mais en nombre très limité. Plus la plante est jeune, plus elle produit de composés chimiques. Quand elle prend de l’âge, elle devient moins performante. 

La piloselle, un exemple parfait

Hieracium pilosella
©Seven75

C’est la toute première plante qui vient à l’esprit de Frédéric Prévot. « Elle est très commune, mais les gens ignorent qu’il s’agit d’une plante allélopathique. Elle appartient à la famille des Astéracées, produit des toutes petites fleurs jaunes. C’est un couvre-sol costaud et très intéressant. Elle mesure 2 à 5 cm de hauteur, fleurs comprises. Son feuillage est plus ou moins poilu selon la saison. En été, elle se couvre de poils, devient toute grise. En hiver, en l’absence de soleil et de sécheresse, les poils sont moins nombreux.

La piloselle (Hieracium pilosella) couvre rapidement le sol grâce au développement de petits stolons, elle se marcotte et limite incroyablement l’apparition de graminées ou autres plantes vivaces. On la voit en abondance sur les Causses, dans le Quercy, mais elle est présente partout en France. Il existe plusieurs espèces de piloselles, mais il faut vraiment entrer dans la botanique pour pouvoir les différencier, inspecter les poils, compter les capitules… Mais toutes les espèces développent la même capacité allélopathique.”

La piloselle a le vent en poupe en ce moment. On la recommande en association avec deux ou trois autres plantes couvre-sol pour remplacer le gazon. Cela correspond à une demande des particuliers qui souhaitent arrêter de tondre leurs pelouses, qui se fichent d’avoir une pelouse verte impeccable et préfèrent réaliser des associations de petites vivaces tapissantes, sans entretien et qui résistent à la sécheresse en été.

La piloselle se marie bien avec Achillea crithmifolia, espèce commune en garrigue méditerranéenne, drageonnante, au feuillage gris, persistant , et à la floraison blanche. On peut aussi lui adjoindre du thym serpolet (Thymus serpillum) et tous les thyms rampants à floraison rose carminée.

 

Frédéric Prévot
©Isabelle Morand

Comment faire une “pelouse” de plantes allélopathiques ?

Les conseils de Frédéric Prévot : “Installez ces plantes en mélange à raison de 4 ou 5 par mètre carré, en alternant les espèces. Chacune trouvera sa place au rythme de son développement. Le tapis végétal ainsi formé est persistant et très intéressant, car chaque espèce fleurit à un moment différent. Les deux premières années, il faut tout de même surveiller les adventices, le temps que ces plantes allélopathiques s’installent. À terme, on ne tond plus qu’une seule fois dans l’année, au printemps. Le reste de l’année, on laisse cette ” pelouse” se débrouiller !”

Il est évidemment possible de marcher sur ces plantes. Évidemment, elles ne résisteront pas à une utilisation en terrain de football, encore moins de rugby, mais elles tolèrent assez bien le piétinement. Si vous marchez régulièrement dessus, elles vont faire un peu la tête, mais elles redémarreront très vite.

Quelques plantes allélopathiques faciles à trouver

Couvre-sol

  • Piloselle (Hieracium pilosella) : lire ci-dessus.
  • Achillea crithmifolia : dense, piétinement modéré, floraison juin-juillet, fleurs blanches, feuillage fin vert bleuté. Rusticité : – 15°C.
  • Thym serpolet (Thymus serpyllum) : supporte le calcaire, fleurs rose dense en juin-juillet. Supporte deux mois et demi de sécheresse environ. Piétinement modéré. Rusticité : – 15°C.
  • Potentille de printemps (Potentilla verna) : adore les terrains secs et ensoleillés. Floraison jaune en mars-avril. Très résistante à la sécheresse. Feuillage vert soutenu. Rusticité : – 15°C.
Thymus serpyllum
©Isabelle Morand

Bon à savoir : la piloselle supporte tout de même mieux le piétinement que la petite achillée ou le thym. Vous pouvez les réserver aux parties de la pelouse où vous marchez le moins souvent.

Tanaisie d'Arménie
©Nick Kurzenko

Plantes basses

  • Achillée ombelle (Achillea umbellata) : feuillage gris argenté en hiver en hiver, quasi blanc en été. Forme des coussins. Fleurs blanches en avril-mai. Supporte la sécheresse pendant 4 mois. Rusticité : – 15°C. 
  • Tanaisie d’Arménie (Tanecetum densum subsp. amanii) : à utiliser en rocaille sèche. Feuillage qui forme un coussin gris argenté. Floraison juin-juillet. Rusticité : 15°C.
  • Genévrier ‘Green Carpet’ (Juniperus communis) : conifère très compact, feuillage vert foncé qui prend une nuance bleutée en hiver, 20 cm de haut, plantation en tout type de sol. Rusticité : – 15°C.

Plantes moyennes

  • Ballote hirsute (Ballota hirsuta) : feuillage tout doux, d’un joli vert anis. Taillez-la après floraison pour lui conserver son aspect compact, en « boule ». Hauteur : 60 cm. Supporte le calcaire. À planter dans du gravier, en tout état de cause au sec. Floraison en juin-juillet. Convient aux jardins de bord de mer. Rusticité : – 10°C.
  • Ciste ‘Tramontane’ (Cistus x florentinus) : adore les sols caillouteux, dégradés, secs. Idéal sur un talus au soleil ou à mi-ombre. Rusticité : jusqu’à – 15°C si le sol est drainé et donc sec en hiver. Floraison blanche en juin-juillet. Hauteur : entre 40 et 60 cm.
  • Lavande ‘Grosso’(Lavandula x intermedia) : pour sol caillouteux ou sablonneux. Hauteur : jusqu’à 60 cm. À planter au soleil comme toutes les lavandes. Rusticité : – 15°C.
  • Santoline petit-cyprès (Santolina chamaecyparissus) : plus compacte et ramifiée que la santoline « classique ». Plein de petites fleurs jaunes. À tailler après floraison pour lui garder un joli port compact. Hauteur en fleurs : 60 cm. Rusticité : jusqu’à – 15°C. Peut supporter 4 à 5 mois de sécheresse.
Lavandula 'Grosso'
santoline, santolina. ©valuepix
santoline, santolina. ©valuepix

Grandes plantes

  • Sauge de Jérusalem (Phlomis fruticosa) : en juin-juillet, sa drôle de floraison en couronne anime les massifs. Feuillage gris-vert, épais. Parfaite en sol sec, pauvre. Plus de 1 m, voire 1,5 m. Rusticité : – 15°C en sol très bien drainé.
  • Romarin ‘Pointe du Raz’ (Rosmarinus officinalis) : port prostré et rampant. Si vous le plantez en haut d’un muret ou sur un talus, ses branches vont dégringoler ou ramper sur environ 1 m de long. Floraison généreuse en printemps, petite remontée en fin d’été. Il peut s’étaler sur 1,50 m
Phlomis fruticosa
©Pfmphotostock

Du côté des arbres

  • Les eucalyptus sont des champions de l’allélopathie. Sous les eucalyptus, on ne trouve vraiment pas grand-chose.
  • Également efficaces : ailante glanduleux (Ailanthus glandulosa). Érable circiné (Acer circinatum). Peuplier baumier (Populus balsimifera). Sapin (Abies alba). Pin rouge du Japon (Pinus densiflora). Sureau de montagne (Sambucus racemosa).
Eucalyptus
©Isabelle Morand

La mauvaise réputation du noyer

Noyer

On évoque souvent les propriétés allélopathiques du noyer noir (Juglans nigra), ont dit souvient que rien ne pousse dessous ou dans les environs, et surtout pas les légumes.

C’est vrai en ce qui concerne les myrtilles, les poivrons, les aubergines, les pommes de  terre, les tomates.

C’est faux pour les oignons, les betteraves, les courges, les haricots, les panais, les carottes et les melons.

De la lavande en culture… dans la Beauce

Tous ces végétaux allélopathiques peuvent être classés parmi les plantes chameaux et poussent en région méditerranéenne. Souci : comment parvenir à les cultiver ailleurs, dans une région qui conjugue froid et humidité hivernale ? 

Huiles essentielles : lavandes

Les conseils de Frédéric Prévot : “Avec le réchauffement climatique, les jardiniers prennent conscience que nous allons vers de plus fréquents épisodes caniculaires doublés de déficits hydriques en plein été. Il faut donc revoir les plantations et c’est notre travail de trouver et de produire des espèces qui vont pouvoir être plantées dans des régions plus froides et / ou plus humides. Il faut donc se renseigner avant d’acheter telle ou telle lavande ou autre plante sur sa capacité à résister au froid et à l’humidité. La lavande, bien choisie, peut sans problème pousser vers Saint-Étienne, mais aussi dans la Beauce. Je connais une agricultrice dans la Beauce qui ne parvient plus à gagner correctement sa vie en cultivant du blé. Elle a mis en route une culture de lavande, de plantes aromatiques et médicinales et s’est lancée dans la distillation.”

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