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Forêt jardin, forêt comestible, du pareil au même ?

Forêt comestible
©Isabelle Vauconsant

 

Alors que tout le monde, et c’est NORMAL, n’a pas encore tout pigé aux différences entre permaculture et jardiner au naturel, apparaissent deux termes confusants, forêt jardin et forêt comestible. Est-ce que c’est kif-kif ? Cela signifie-t-il la même chose ? Les réponses de Joseph Chauffrey, spécialiste en permaculture.

Hortus Focus : quand on entend le mot forêt, on pense chênes, hêtres, feuillus divers. La forêt comestible, c’est un jardin sous une forêt ?

Joseph Chauffrey :  c’est vrai, je vous l’accorde, les gens ont souvent une image fausse de la forêt comestible. En permaculture, si on utilise ce terme, c’est simplement pour qualifier l’écosystème forestier qui est un écosystème très productif en biomasse. Le cycle de la matière organique est complètement bouclé sur place. Cet écosystème est également très productif, car il y existe différentes strates de végétation. La strate arborée capte en premier les rayons du soleil ; la strate arbustive reçoit les rayons qui arrivent à franchir la strate arborée. Enfin, la strate éventuellement herbacée récupère ce qu’il reste. La forêt est capable de capter l’intégralité des rayons du soleil et d’utiliser cette énergie pour la transformer en biomasse.

Cela signifie-t-il qu’on peut y cultiver des carottes ou des tomates ?

Non, c’est impossible, même si on a très envie de reproduire cet écosystème dans nos jardins. On ne peut pas y faire pousser des rangs de carottes, de betteraves, des courgettes. En tout cas, certainement pas durablement. Ça peut fonctionner quelques années quand la lumière arrive encore à parvenir jusqu’au sol, mais ce n’est pas un modèle durable.

Alors c’est quoi une forêt comestible ???

Forêt comestible : Schéma
Cliquez pour découvrir les strates ©Dimitri Kalioris

C’est vraiment un modèle de forêt avec différentes strates de végétation dans laquelle on va choisir intelligemment la strate arborée, puis la strate arbustive, puis la strate herbacée, de telle sorte que tout s’harmonise, que les végétaux arrivent à vivre conjointement sans trop se gêner. Au final, quelques années plus tard, on a un milieu qui demande peu d’entretien et fournit des baies, des fruits à coque, des feuillages, etc.

Mais on n’y fait pas de potager sauf à aménager des clairières qui pourront recevoir le soleil nécessaire à la croissance des légumes. Et si on y cultive des légumes, on parle alors plutôt dans l’agroforesterie : bandes de légumes cultivés en alternance avec des bandes d’arbres avec des porte-greffes suffisamment faibles pour qu’il n’y ait pas trop de concurrence racinaire et que le soleil puisse passer entre les arbres. C’est une autre technique de plantation très intéressante.

La plantation doit donc être très réfléchie ?

C’est même la clé d’une future réussite ! Il faut très bien connaître de nombreux végétaux parce qu’on va tous les implanter en même temps quasiment. Il faut savoir quelle taille ils auront au bout de 5, 10 ou 15 ans, imaginer la production future de chacun d’entre eux, aménager des circulations au sein de la forêt comestible pour pouvoir récolter facilement. Bref, créer une forêt comestible, c’est un vrai métier !

Au final, forêt jardin et forêt comestible, c’est la même chose ?

Oui. Certains auteurs y verront sans doute une différence, mais pour moi, c’est pareil !

Joseph Chauffrey est l’auteur de “Mon petit jardin en permaculture” et “J’optimise l’espace au potager” (deux ouvrages publiés chez Terre Vivante). Il est également formateur en permaculture. Vous pouvez consulter la liste de ses formations ICI. 

 

 

 

 

 

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