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Les lauriers ? C’est le big bazar !

Nerium oleander - Hortus Focus
© gdmoonkiller

Il y a laurier et laurier… Comment s’y retrouver entre celui qui se mange, ceux qui ne se mangent pas,  sont là juste pour faire joli, mais qu’on appelle aussi laurier ? Bref, c’est le bazar ! On vous explique tout ! 

Le laurier sauce est unique !

On le surnomme le laurier vrai, le laurier noble (Laurus nobilis), le laurier d’Apollon. Cela signifierait-il que tous les autres sont des usurpateurs ? On cueille ses feuilles, on les utilise séchées ou fraîches, en bouquets garnis. Quant aux Bédouins, ils l’utilisent pour parfumer le café ! Au Maghreb, les feuilles fraîches servent à frictionner les chevaux pour éloigner les mouches (si seulement ça pouvait marcher avec les moustiques, je veux bien me frictionner de partout). Et s’il vous prend une envie de folie des grandeurs, tressez votre propre couronne et paradez comme César.

Il n’a que des qualités ce laurier-sauce, mais il fait bien suer dans un jardin. Il prend des proportions incroyables, il est difficile à tailler et encore plus à arracher, le bois est dur comme du béton… Et ça, ça énerve, enfin moi, ça m’énerve bien bien !

Un truc en plus ? Faire brûler quelques feuilles de laurier bien sèches élimine les odeurs désagréables. On dit aussi que cela repousserait les cafards…

Laurus nobilis
©Seven75
Laurier sauce
©xamtiw
Laurier rose
©Arina Bogachyova

Laurier-rose : beau mais potentiellement mortel

Il n’appartient pas du tout au même genre, mais ses feuilles ressemblant à celles du laurier-sauce, on lui a collé ce nom vernaculaire. Car, impossible de consommer les feuilles du laurier-rose (Nerium oleander) ou quoi ce que ce soir d’ailleurs sur cet arbuste. Il est entièrement toxique ! Quelques feuilles consommées peuvent vous faire de vie à trépas en quelques heures !

En 1808, pendant la guerre d’Espagne, des soldats de Napoléon utilisent des rameaux de lauriers-roses pour se faire des brochettes… 12 tombent vite malades et 8 en meurent. Donc, pas de brochettes aux rameaux de laurier-rose, pensez-y avant de faire un barbecue. 

Le laurier-cerise, attention toxique !

Lui aussi a des feuilles qui font penser à celles du cousin sauce. On l’appelle aussi laurier du Caucase, laurier-amande, laurier palme, mais il s’agit d’un Prunus et même Prunus laurocerasus. « Deux boutures sont introduites par le naturaliste Pierre Belon en 1558 depuis la Toscane, où il avait été étudier les essences acclimatées dans les jardins de cette région, lors d’une campagne diligentée par François 1er auprès du Turc Soliman le Magnifique » (extrait de Code de conduite – plantes envahissantes). D’ailleurs c’est le même Pierre Belon qui a découvert la plante en 1546 à Trébizonde (aujourd’hui Trabzon, en Turquie).

Ses inflorescences sont dressées, blanc crème, et les fruits, des petites billes toutes noires. Dans certaines régions du monde, on utilise la pulpe des fruits mûrs dénoyautés pour faire des confitures. Ne vous lancez surtout pas dans cette aventure qui requiert savoir et savoir-faire. Ne consommez rien de cette plante, ni les feuilles, ni les fruits qui sont toxiques. Contentez-vous de le planter en haies. Il pousse vite, forme de super brise-vent si vous aimez les murs de « béton vert » (mais parfois, c’est bien pratique). 

Laurier cerise
©Martina Simonazzi
Laurier-tin
©Iva Vagnerova
Laurier-tin
©Michel Viard

Laurier-tin et pas laurier-thym…

Cette espèce (Viburnum tinus) originaire du bassin méditerranéen peut être plantée en isolée et bien évidemment en haie, car son feuillage est persistant. Ce qu’on aime chez lui, c’est sa qualité de brise-vue, mais aussi sa floraison blanche vraiment spectaculaire en fin d’hiver / début de printemps. Rien à consommer chez lui. Les fruits n’ont aucun intérêt du tout et ils seraient même légèrement toxiques. Laissez-les donc aux oiseaux ! 

Info en + : dans le calendrier républicain, le 13 pluviôse était dénommé Jour du laurier (correspond au 1er février du calendrier grégorien). Ça va pas changer votre vie, je sais…

Viburnum tinus
©Michel Viard

Chez le laurier de Saint-Antoine, tout se mange

Alors là, on n’a pas même pas affaire à un arbuste, mais à une vivace, l’épilobe en épi (Epilobium angustifolium), plante super mellifère. Elle a hérité de son nom vernaculaire en raison d’une vague, mais alors très vague ressemblance de ses feuilles avec celles du laurier-sauce… Et pourquoi de Saint-Antoine ? Il s’agit d’une référence au saint guérisseur « spécialisé » dans les maladies de la peau.

Cette plante est entièrement comestible : les rhizomes peuvent être mangés après avoir été bouillis, les jeunes pousses se mangent comme des asperges (on l’appelle donc aussi asperge des bois), les feuilles peuvent être dégustées comme ça ou ajoutées à des salades. Cultivez la plante chez vous, vous serez sûrs qu’il s’agit d’un épilobe en épis. Pas de cueillette dans la nature si vous ne connaissez pas bien les plantes.

©Michel Viard
©Michel Viard
laurier de saint-antoine
©istock

Le saviez-vous ? Le laurier de Saint-Antoine permet en 1793 au botaniste allemand Christian Conrad Sprengel d’imaginer la théorie de la pollinisation des plantes par les insectes. C’est sa théorie qui est reprise par Charles Darwin.

Daphne laureola
©Michel Viard

Faites gaffe au laurier des bois

Attention, Daphne laureola est toxique ! Les fruits peuvent provoquer de sérieuses brûlures du tube digestif et de la bouche. Et simplement le toucher peut entrainer un prurit, des cloques, un érythème… Donc, on fait super gaffe ! Cet arbrisseau fleurit en février (fleurs jaunes) et les fruits arrivent en fin d’été. Plantez-le au jardin loin des passages, c’est préférable. Il a hérité de son nom vernaculaire lui aussi en raison de la ressemblance de ses feuilles avec celle du Laurus nobilis. 

Au jardin : c’est une très bonne plante d’ombre sèche. On peut la cultiver en pleine terre (-15 °C à – 20 °C), mais aussi en véranda ou dans un jardin d’hiver.

Laurier d’Alexandrie, parfait en bouquet d’automne

Une plante vivace, là encore ! On voit souvent Danae racemosa dans les bouquets des fleuristes, car les baies rouges sont décoratives et tiennent bien dans les compositions automnales. Dans l’Antiquité, Grecs et Romains l’utilisent pour tresser des couronnes dont ils ceignent la tête des athlètes, des poètes, des personnalités diverses et variées. En revanche, le laurier d’Alexandrie ne se mange pas. Les baies de couleur vive sont toxiques.

Info en + : ce genre ne compte qu’une seule espèce.

Les 3 parfums du laurier benzoin

Lindera benzoin n’est pas encore assez planté chez nous malgré un triple intérêt olfactif : les noyaux de ses fruits sentent le camphre, les feuilles ont un parfum de lavande et l’écorce dégage une odeur de gaultherie. Résultat : on peut en extraire des essences. Cet arbuste est originaire de l’est des États-Unis. Il craint le soleil brûlant. Il fleurit abondamment au début du printemps (fleurs vert-jaune) puis les feuilles apparaissent.

Lindera benzoin
©Skymoon13
Laurier des Iroquois
Laurier des Iroquois ©Didier Hirsch

Et ce n’est pas fini…

  • Kalmia latifolia : laurier des montagnes.
  • Kalmia angustifolia : laurier des moutons.
  • Thevetia nereifilia : laurier-rose jaune. 
  • Prunus padus : laurier puant.
  • Melia azedarach : laurier grec.
  • Magnolia grandiflora : laurier tulipier.
  • Sassafras officinalis : laurier sassafras.
  • Umbellularia californica : laurier de Californie.
  • Rhododendron ferrugineum : laurier-rose des Alpes
  • Sassafras albidum : laurier des Iroquois.

Du pain et du laurier

Nerium oleander - Hortus Focus
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