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Le magistrat des citrons

citron de menton
Didier Hirsch

Le magistrat des citrons a vu le jour dans les années 1670 sous Louis Ier, prince de Monaco. À l’époque, le citron produit dans la région mentonnaise est un fruit rare et précieux, nécessitant d’infinies précautions pour être exporté.

Pourquoi le citron est-il si précieux à l’époque ?

Le climat de Menton (qui appartient encore à la famille Grimaldi, la famille régnante de Monaco) est particulièrement favorable à la culture de l’agrume, originaire de l’Himalaya. Il est arrivé dans la région mentonnaise via la province de Ligurie, au nord-ouest de l’Italie. Ce fruit d’or est cultivé dans la région depuis le XIIIe siècle, mais il s’agit encore d’une production anecdotique au milieu des céréales, des figuiers, des vignes, un peu de pois chiches et bientôt de l’olivier (curieusement, pas encore très exploité à l’époque).

Le citron est cultivé dans des vallées très abritées, étroites où il ne fait jamais très froid, ni excessivement chaud. Il est souvent cultivé sur des restanques, des parcelles closes de murs pour le protéger du vent et des froids nocturnes (les murs renvoient la chaleur emmagasinée dans la journée). À l’époque, ce sont les femmes qui sont chargées de la récolte. On les appelle les « limoneuses ». Elles cueillent les citrons, les placent délicatement dans de grands paniers qu’elles transportent sur leur tête parfois sur de longues distances. Les vergers sont en effet parfois assez éloignés jusqu’à des magasins installés à proximité des ports.

Le magistrat des citrons et la police des citrons

En 1670, à l’initiative de Louis 1er, prince de Monaco sont créées des règles spécifiques à la production et commercialisation du citron de Menton. Louis Ier crée le « Magistrat des citrons » où siègent 18 personnes. Elles sont chargées de surveiller la cueillette du fruit et même les conditions de son exportation. Ce magistrat est aussi chargé de protéger les petits agrumiculteurs. Il fixe les prix et organise les ventes. C’est aussi un moyen pour le prince de garder la main mise sur les taxes liées à la vente… C’est aussi Louis 1er qui, en 1683, crée la Police des citrons, chargée de surveiller sur les bateliers. 

Quand les femmes apportent leurs précieux chargements aux magasins, les citrons sont triés, mesurés, calibrés à l’aide d’anneaux de fer que Louis Ier fait réaliser en 1693. 

En 1793, patatras, le magistrat des citrons est mis en sommeil. Il est remplacé par un Comité des citrons qui ne compte plus que 6 personnes prenant des décisions parfois surprenantes. Comme si la tâche des agrumiculteurs n’était pas assez difficile, on leur demande désormais de travailler pieds nus dans les restanques pour ne pas abimer la terre (!!!) et les arbres (!!!). Devoir se plier aux exigences des dirigeants « hors-sol » et à des décisions idiotes est décidément dans l’air de toutes les époques…

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Affiche de récolte de citron de Menton

De la gloire du Citron de Menton à son déclin

À partir du XVIIe siècle, la culture du citron et de l’orange se développe au point d’atteindre en 1860 une production de 2,8 millions de quintaux. On exporte quelque 35 millions de citrons chaque année ! 

Toutes les précautions sont prises pour protéger le fruit d’or avant son expédition parfois à des milliers de kilomètres. Pour bien supporter ces longs voyages, les citrons sont enveloppés dans du papier spécial fabriqué à Gênes ou conservés dans de sel avant d’être rangés dans de grandes caisses et chargés dans des tartanes, les bateaux à voile qui parcourent la Méditerranée à destination d’autres grands ports. 

L’âge d’or du Citron de Menton s’achève au milieu du XIXe siècle. L’agrumiculture est un métier difficile, les exploitants se tournent vers d’autres activités. D’autres suivent le même chemin que des millions de Français vers les villes. Les intempéries, notamment deux périodes de gel intense, aggravent le déclin. 

Enfin, une maladie décime les agrumes (lire ci-dessous). C’est le coup de grâce pour la production mentonnaise.

La malédiction du Mal secco

Mal secco
©Liberato JR, Cacciola SO & Magnano di San Lio G

« Mal sec », c’est ainsi qu’est surnommé cette maladie cryptogamique qui sévit sur les agrumes et particulièrement sur les citrons. Repérée pour la première fois en 1894 sur des agrumes cultivés sur deux îles de la mer Égée, la maladie s’est propagée un peu partout. En 1956, les citrons de Menton sont ravagés par cette maladie vasculaire qui provoque le dessèchement d’une première branche puis de toutes, entrainement la mort de l’arbre en un ou deux ans.

Quand on « autopsie » un rameau atteint, on peut voir une coloration orange au niveau du bois. Il n’existe malheureusement aucun moyen curatif. Mais on peut limiter les risques en désinfectant ses outils entre chaque arbre et en achetant ses citronniers dans des pépinières et des régions où le Mal secco ne sévit pas.

La renaissance du Citron de Menton

Depuis 1992, la région pousse au retour de l’agriculture dans les environs de Menton. En 2015, le Citron de Menton obtient l’IGP (Indication géographique protégée). Pour pouvoir avoir sa petite étiquette « Citron de Menton », les conditions sont strictes.

  • Culture sur les communes de Castellar, Roquebrune Cap-Martin, Gorbio, Saint-Agnès, Menton (oui, quand même…)
  • Calibre compris entre 53 et 90 mm.
  • Aucun traitement chimique.
  • Récolté à la main.
Le magistrat des Citrons
©Association pour la Promotion du Citron de Menton
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