Le palais de Carnolès et sa collection d’agrumes, à Menton

Palais de Carnolès
Didier Hirsch

L’histoire du Palais de Carnolès a débuté voilà quatre siècles sous le règne d’Honoré II, prince de Monaco. Son jardin accueille aujourd’hui la première collection européenne d’agrumes. Une longue aventure mentonnaise. 

Honoré II, le prince bâtisseur

Fils d’Ercole Grimaldi et de Maria Landi, Honoré n’a que 6 ans quand son père meurt. Six ans plus tard, en 1612, Monaco est reconnue comme « principauté » par le Roi d’Espagne. Dès lors, Honoré prend le titre de « prince de Monaco »,  mais aussi « duc de Valentinois, marquis des Baux, comte de Carladès, baron de Calvinet et du Buis, seigneur de Saint-Rémy » (oui, tout ça !). Menton est alors dans son escarcelle. 

À sa majorité, Honoré décide de faire construire à Menton, dans la rue Longue, une résidence d’été, un casin accompagné d’un jardin. 

Honoré II de Monaco
©Philippe de Champaigne

Antoine 1er et sa nostalgie versaillaise

Le petit-fils d’Honoré II, qui est élevé à Paris, commence par prendre ses quartiers à la cour du Roi Soleil à Versailles. Il y reste jusqu’au moment où il doit mettre la pédale douce sur ses dépenses, son père ayant dilapidé des sommes folles. Antoine 1er repart s’installer dans ses terres mentonnaises et, nostalgique, décide de transformer le casin originel en une sorte de Grand-Trianon. Il confie cette tâche à deux architectes Jacques Gabriel et Robert de Cotte. De beaux jardins naissent alors agrémentés de bassins aux eaux jaillissantes.

Pour la petite histoire… 

Antoine 1er est un super chaud lapin. On lui connaît plusieurs enfants naturels. Il est aussi le père légitime de 6 filles, issues de son mariage avec Marie de Lorraine. Sa quatrième née, Louise-Hippolyte, devient princesse souveraine de Monaco, accouche de neuf enfants en 11 ans avant de mourir à 34 ans de la variole.

D’aventure en aventure…

En 1793, pendant la Révolution, le Palais de Carnolès devient bien national (il est placé sous séquestre) et la principauté un territoire français. En 1814, un traité permet à Honoré IV (qui souffrait d’épilepsie et a rapidement cédé le pouvoir à son frère Joseph) de récupérer ses terres. 

En 1861, Menton redevient définitivement française. La propriété est vendue par Charles III. Elle devient un casino. En 1896, le palais est acheté par le Dr Edward Philips Allis qui confie son réaménagement à Hans-Georg Tersling. Cet architecte d’origine danoise (par ailleurs architecte du Grand Hôtel du Cap à Cap-Martin et de la Villa Masséna à Nice) fait accomplir de grands travaux : suppression de l’escalier à double révolution qui menait à l’étage supérieur, rénovation de la façade dans un style néo-classique. 

Dernière étape : l’achat de la propriété par le département des Alpes-Maritimes. En 1969, la propriété est inscrite l’inventaire des Monuments historiques et elle accueille aujourd’hui le Musée des Beaux-Arts de Menton. La collection d’agrumes, elle, voit le jour un an plus tard. C’est aujourd’hui la plus importante d’Europe. Elle compte 127 espèces et variétés. 

Le bigaradier (Citrus aurantium)

Les bigaradiers sont représentés en nombre dans la collecte. Ces agrumes originaires du nord de l’Inde ont entamé leur long voyage de l’Asie vers l’Europe à la faveur des conquêtes d’Alexandre le Grand au IIIe siècle. Ils sont déjà présents au XIIIe siècle en Italie et en France. 

Les habitants de la région n’ont jamais été fans de sa pulpe amère, et les bigaradiers ont donc longtemps été cultivés pour leurs qualités ornementales. Il faut attendre l’entichement des Anglais pour la douceur de la French Riviera pour leur trouver une valeur culinaire. Les estivants adooorrrent la marmelade d’orange amère dont deux habitants de Dundee en Écosse ont fait leur spécialité. 

À cette époque naissent aussi le Cointreau (créé à Angers en 1849), le Grand Marnier (inventé en 1880 à Neauphle-le-Château) . On trouve aussi des oranges amères dans la liqueur de curaçao.

À maturité, le fruit qui ressemble à une mandarine prend une teinte orangée. 

Le palais de Carnolès
Citrus aurantium ©Didier Hirsch

Les bigaradiers ornent encore aujourd’hui les avenues et les rues de Menton. Les citrons eux sont cultivés dans les terres, sur les collines. Chez le bigaradier, on utilise tout : le zeste, la feuille et les fleurs.

Les fleurs sont utilisées pour fabriquer l’huile essentielle de Néroli dont les vertus sont multiples. Elle permet de lutter contre l’acné, aide à combattre l’insomnie, le stress, l’anxiété. Les jeunes feuilles et les rameaux permettent de fabriquer l’huile essentielle de petit grain bigarade (combinaison entre huile essentielle de néroli et essence d’orange) qui a peu ou prou les mêmes vertus que le néroli.

Le combava (Citrus hystrix)

Les fruits sont produits sur un arbre qui demeure petit (2 à 3 m de haut). Leur peau est verte et bosselée (à ne pas confondre avec les fruits du bergamotier). Il est originaire d’une île indonésienne et sa culture s’est largement répandue dans l’océan Indien. Son zeste, ses feuilles, son jus sont utilisés en cuisine, mais on peut aussi le confire. C’est un ingrédient commun dans la gastronomie thaïlandaise, mauricienne, réunionnaise (pour les rougails notamment). 

L’huile essentielle de combava est recommandée en cas de fatigue, pour lutter contre les points noirs et les problèmes cutanés liés aux peaux grasses. Elle peut être utile aux personnes souffrant de douleurs rhumatismales. 

À noter : son odeur fait fuir les moustiques (chouette !)

Le palais de Carnolès
Combava ©Robyn Jay

Le « pamplemoussier vrai » (Citrus maxima) et le pomelo (Citrus x paradisi)

Comme bon nombre d’agrumes, ce C. maxima vient d’Asie. Il est arrivé en Europe dès le XIIIe siècle et a été cultivé avant pour sa valeur ornementale. Il faut dire que la pulpe est très amère et pleine de pépins. Au XIXe siècle, le pomelo fait son apparition. Il arrive des Antilles et il s’agit d’une hybridation naturelle entre un « pamplemoussier vrai » et une orange douce (C. sinensis). La chair est beaucoup plus douce, plus sucrée et contient beaucoup moins de pépins. Les premiers pomelos à chair rouge ont été obtenus en 1984 dont le ‘Ruby Red’, l’un des plus consommés désormais.

Depuis octobre 2014, il existe une IGP « Pomélo de Corse ». 

Le cédratier (Citrus medica)

Lui aussi vient de l’Himalaya. Les Romains le connaissaient déjà, c’est le premier agrume à avoir été connu en Europe grâce aux Mèdes ou aux Perses. C’est l’une des 4 espèces utilisées lors de la fête juive des cabanes (Sukkot) avec la branche de dattier, la branche de myrte et la branche de saule.  

Le cédrat de Corse : il subsiste encore quelques exploitations qui le cultivent sur l’île de Beauté. Rien à voir avec le XIXe siècle où le cédratier était intensément cultivé sur des terrasses dans le Cap Corse. Ce cédratier produit des fruits allongés, jaune, à la peau grumeleuse et bosselée. Il est utilisé pour fabriquer une liqueur, la Cédratine (24°C).

En aromathérapie, l’huile essentielle de cédrat peut soulager les jambes lourdes. Elle aide aussi à l’endormissement. 

Le cédrat confit : super bon intégré à un cake, une brioche…

le palais de Carnolès

Le cédrat de Florence : il se distingue du cédrat de Corse par sa couleur (plus orangée) et son mamelon. Avec lui, on part dans la campagne toscane, dans les jardins des villas, bref, on voyage… Les fleurs sont présentes dans « L’eau de fleur de Cédrat » de Guerlain. On le retrouve dans plusieurs parfums masculins (Armani Code, Dior Homme Sport, Chrome Sport d’Azzaro) et féminins (Byzance de Rochas, Downtown de Calvin Klein).

Main de Bouddha (C. medica sarcodactylis)

Ce frileux à la forme bizarre étonne toujours. Les fruits sont très décoratifs. On peut les transformer en fruit confit ou ajouter un peu de sa pulpe dans une salade. 

Le palais de Carnolès
©Isabelle Morand

Jardin du Palais de Carnolès, 3 avenue de la Madone, 06500 Menton. Le Musée des Beaux-Arts est temporairement fermé pour rénovation.

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