Les bambous extraordinaires de Stéphane Alzaix

Les bambous extraordinaires de Stephane Alzaix
Didier Hirsch

Stéphane Alzaix est un fou de bambous. Sa pépinière Newfi Bamboo est installée à Luzillat, dans le Puy-de-Dôme. Parmi l’incroyable diversité de bambous cultivés, certains sont venus de très, très loin. Car ce passionné est aussi un Plant Finder, un chasseur de plantes… Voici quelques bambous observés in situ dans sa pépinière et leurs histoires !

Fargesia papyrifera, un non traçant aux gros chaumes bleutés

Son vrai nom, c’est Youchiania papyrefera ssb papyrifera… Pas simple ! C’est un bambou difficile à acclimater en Auvergne, car il n’est pas forcément très rustique. Il vient du sud-ouest du Yunnan. Nous en avons collecté à plusieurs altitudes en espérant que ceux collectés le plus haut seraient les plus rustiques, mais, a priori, non. Cela n’empêche pas de le cultiver avec succès à partir du moment où on lui évite le plein soleil et les courants d’air. Une fois bien installé, à un endroit qui lui convient, c’est vraiment une merveille. Ses chaumes sont bleutés, imposants (jusque’à 6 cm de diamètre). Ils peuvent s’allonger jusque’à 8 m de haut.

Comme tous les Fargesia, il est non traçant. Côté rusticité, il commence à souffrir à – 12°C. En 2012, ils ont tous gelé chez nous, car il a fait – 17°C pendant trois semaines, avec une pointe à – 20°C. Certains seulement ont redémarré. 

Les bambous extraordinaires de Stéphane Alzaix
©Didier Hirsch

Fargesia nitida, une belle diversité

En voyage en Chine, je me suis rendu compte que cette espèce de bambou est partout présente, du nord au sud de la Chine. Je me suis amusé à en collecter un peu partout. Ils portent des feuilles différentes, les chaumes peuvent être de couleurs très différentes (bleu, jaune, rouge).

Il y a une dizaine d’années, on avait du mal à les faire pousser en plein soleil. Mais ce bambou a fleuri et les nouvelles générations sont pour la plupart plus résistantes aux ardeurs du soleil. Côté rusticité en revanche, aucun souci, ces Fargesia supportent – 30°C. Les Fargesia nitida restent petits (4 m pour les plus grands). 

Les bambous extraordonaires de Stéphane Alzaix
©Didier Hirsch

À savoir : Fargesia nitida a été introduit en 1880 sous forme de graines au Jardin botanique de Saint-Pétersbourg. Par la suite, le bambou a été offert à la famille royale suédoise. On le trouve partout dans les pays scandinaves, preuve de sa grande rusticité.

Fargesia : une floraison catastrophique pour les pandas

Tous les bambous de la même espèce fleurissent au même moment et sous toutes les latitudes, dans les deux hémisphères. Ce phénomène demeure un grand mystère et les chercheurs continuent de s’arracher les cheveux pour tenter de le résoudre…

Les Fargesia nitida ont fleuri en 1983 dans une zone où vivent des pandas géants. Or, ces bambous sont la nourriture de prédiction de ces pandas. 250 sont alors morts de faim. 

Les bambous extraordinaires de Stéphane Alzaix
©GoodOlga

Phyllostachys iridescens ‘Heterochroma’, LA découverte !

Son arrivée à la pépinière a été le résultat d’une aventure incroyable. J’étais en Chine en mars 2012 avec le partenaire chinois qui prépare mes plantes et le professeur Zhang, chargé en Chine de répertorier tous les bambous. Nous partons dans la montagne et arrivons sur le terrain d’un très vieil homme. Il ne parle pas anglais, je ne parle pas chinois, mais j’arrive à lui faire comprendre que je m’intéresse beaucoup aux bambous. Ce vieux monsieur n’avait jamais vu d’Occidentaux dans sa montagne, mais le courant passe. Il m’emmène voir un bambou dont son grand-père a fait des outils très solides. On était venu voir une station précise de bambous, mais il me prend par le bras et m’emmène ailleurs.

Là, je vois un bambou jaune et noir « à peau d’anguille » comme dit le monsieur. Le professeur Zhang n’a jamais entendu parler de ce bambou. Il n’a tout simplement jamais été décrit ! Il pousse au milieu des ronces, des broussailles avec des chaumes verdâtres pas très jolis. Je demande à mon partenaire de me préparer 5 pieds qui restent en quarantaine 6 mois avant d’être expédiés par container.

Ils arrivent à la pépinière en mars 2013 et là, c’est une incroyable surprise. Je reste sidéré ! Les gaines tombent et je tombe sur des chaumes extraordinaires ! La première année, ‘Heterochroma’ a fait 11 couleurs ! Les feuilles peuvent être panachées orange ou crème. Les chaumes sortent vert ou rouge puis ils s’habillent de rayures orange… qui passent au violet. Il est tout simplement extraordinaire et facile à cultiver en plus. Enfin, au bout de quelques années de culture, il a démontré sa rusticité en Auvergne (-20°C)

Les bambous extraordinaires de Stephane Alzaix
©Didier Hirsch
Les bambous extraordinaires de Stéphane Alzaix
©Didier Hirsch

Phyllostachys edulis ‘Tao-kiang’, un géant !

Les Chinois l’appellent ‘Tao-kiang’, les Japonais ‘Nabeshimana’… mais il s’agit bien du même magnifique bambou géant (20 m de haut), rustique à – 20°C. D’un chaume à l’autre, il présente des couleurs, des rayures jaunes et vertes complètement aléatoires.

Comme tous les Phyllostachys edulis, sa culture est très exigeante. Ce bambou déteste le calcaire, les excès d’eau. Il lui faut un sol riche, très riche. Donc, pendant les 6 mois de l’année où il fait beau, sa culture est un calvaire il ne faut pas le cacher. Mais quand on y parvient, quelle beauté ! 

La canne de Charlie Chaplin

Chimonobambusa tumidissinoda ‘Ebian’ est un cultivar plus rustique (-20°C) que l’espèce type qui ne tient pas en dessous de – 13°C. Ses autres différences : il a un feuillage beaucoup plus fin et des nœuds encore plus proéminents. C’est ce cultivar qui sert à la fabrication de cannes en Chine, dans le Sichuan, sur le mont Amaï-chan. La célèbre canne de Charlie Chaplin a été réalisée avec ce bambou.

Cet artisanat constitue la principale source de revenus de la petite communauté qui vit là. Une ressource tellement précieuse qu’il était interdit de la vendre ! On raconte qu’un Chinois aurait été condamné à mort et exécuté pour avoir vendu un pied vivant de ce bambou (à un étranger, en plus !). Depuis que la Chine s’est ouverte au tourisme, il est plus facile de trouver ces cannes. L’espèce type a fini par arriver en Europe via le botaniste Peter Addington qui a réussi à mettre un bout de rhizome dans son sac à dos en 1987. ‘Ebian’ est arrivé plus tard dans les bagages d’un touriste allemand…

Les bambous extraordinaires de Stephane Alzaix
©Didier Hirsch

Bon à savoir : ce Chimonobambusa tumidissinoda produit du bois de grande valeur, utilisé en ébénisterie. Il a notamment servi à fabriquer tous les meubles des empereurs.

Indocalamus hirsutissimus, un bambou à grandes feuilles

J’ai reçu en 2018 ce bambou originaire de la Chine et de l’Asie du Sud-est. C’était alors un tout petit, petit plant que j’ai installé à Bambous-en-Provence, près d’Avignon pour pouvoir l’observer. Ce bambou à grandes feuilles (les gens les prennent souvent pour des feuilles de maïs) n’aime pas le grand soleil ; il a bien passé les hivers, mais j’attends encore un peu pour confirmer sa rusticité ici, en Auvergne. En tout cas, il s’agit d’une espèce très prometteuse. Dans les encyclopédies chinoises, il est annoncé à 26 m de hauteur pour des chaumes de 15 cm de diamètre. Il atteindra sans doute ces dimensions, car quand on plante de telles espèces en Europe, leurs dimensions sont plus imposantes qu’en Chine généralement. C’est un bambou bien vertical, luxuriant. 

À savoir : les feuillages larges d’une autre espèce (Indocalamus tessellatus) sont utilisés pour fabriquer en Chine, pour entourer du riz gluant et divers ingrédients. On passe le tout à la vapeur avant de déguster.

Les 3 bambous sacrés

J’ai eu un livre de chevet : « Bambous rustiques » de Paul Whittaker (éditions Ulmer). Dans cet ouvrage, il avait écrit qu’il existerait en Chine un bambou légendaire nommé Phyllostachys bambousoides ‘Mixta’ à sulcus jaunes et chaumes noirs. Je rêvais de découvrir ce bambou. Avec ma femme, Anne, nous sommes partis en Chine juste pour essayer de trouver ce bambou de légende. Nous l’avons trouvé (voir le récit de la découverte dans notre article) et avons rapporté un premier pied en France en avril 2012. Puis, une cinquantaine de pieds sont arrivés dans un container. Les chaumes sortent verts avec un sulcus jaune. Des taches noires apparaissent, finissent par former des « plaques » noires.

Ces taches noires sont visibles sur ‘Mixta’ et sur deux autres Phyllostachys (‘Daihatsu’ et lacrima-deae). Pour les Chinois, il s’agit des larmes versées par Chang’E, la déesse de la lune qui est bloquée au ciel pour l’éternité.

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©Didier Hirsch

Phyllostachys aurea ‘Eyragues’, une mutation cocorico !

C’est une mutation apparue spontanément dans le jardin Bambous-en-Provence, à Eyragues dans les Bouches-du-Rhône. Il est vraiment bien coloré, mais tout dépend des saisons, il peut être plus blanc ou plus jaune, le vert n’est pas très présent. Et malgré son feuillage panaché, qui pourrait créer quelques faiblesses par manque de chlorophylle, c’est un vrai costaud. Il résiste au chaud, même à la chaleur, et au froid jusqu’à – 20°C. C’est un bambou qui va mesurer 3 m à 3,50 m.

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'Eyragues' ©Didier Hirsch

Le bambou des Incas

C’est un bambou sage. Il forme une grosse touffe et ne peut en aucun cas envahir le jardin. Le Chusquea culeou n’est pas le plus simple à cultiver. En Auvergne, c’est même une tannée ! Il n’aime pas grandes amplitudes thermiques. En revanche, il se comporte bien en Bretagne, par exemple où il ne fait trop chaud, ni trop froid et où le vent lui convient. Il se sent mal dans les régions qui vivent des chaleurs lourdes et sans beaucoup de vent.

Phyllostachys platyglossa, j’veux du cuir ! 

Très érigé, bien droit, c’est un bambou avec des entrenœuds très longs, idéaux pour ceux qui travaillent le bois de bambou. Les gaines sont également remarquables avec une couleur un peu cuir.

Les bambous extraordinaires de Stéphane Alzaix
©Didier Hirsch

Phyllostachys aureosulcata, le bambou qui zigzague !

La caractéristique de cette espèce, c’est de faire des zigzags. Un matin, le turion est orienté à droite, le lendemain à gauche ! Après, il file tout droit. Ces bambous sont donc faciles à reconnaître. Autre caractéristique : ils sont un peu rugueux et les jeunes pousses sont porteuses de microcristaux qui captent la lumière (une merveille pour les photographes !). Nous cultivons ‘Spectabilis’ un cultivar très intéressant dont les chaumes apparaissent rouges dès la chute des graines protectrices. C’est le bambou quasi parfait, car il est très facile de culture, ne demande quasiment pas d’entretien. Je le conseille pour faire des haies. 

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©Didier Hirsch
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