L’Angleterre des jardins vue par Francis Peeters et Guy Vandersande

Airwolfhound

L’Angleterre des jardins, c’est le nouvel ouvrage de Guy Vandersande et Francis Peeters. Le premier est directeur botanique du parc belge Pairi Daiza. Le second est historien de l’art, journaliste et conférencier. Leur livre est un passionnant voyage à travers les siècles, les styles, les personnalités marquantes des jardins anglais.

Hortus Focus : avec ce livre, faites-vous une infidélité à vos jardins japonais adorés ?

Francis Peeters : pas du tout ! Mais comme tous les insulaires, les Japonais entre autres, les Anglais ont toujours été des gens un peu spéciaux ! Les Japonais donnent l’impression de vivre sur une planète différente… Les Anglais aussi ! Ils ont un rapport particulier avec la nature. Je suis aussi toujours sidéré quand ils sont prêts à payer 60 € pour entrer au Chelsea Flower Show qui fait se déplacer 150 000 personnes en une semaine.

Qu’est-ce qui vous attire particulièrement dans les jardins anglais ?

Francis Peeters : je trouve que leur esprit est toujours intéressant. Ils ont réussi à « piquer » un peu le canevas français, un peu dans le style hollandais plutôt rigide lui aussi avant de s’en détacher rapidement pour adopter des lignes plus souples et un brin de folie dans les massifs et parterres. 

Hidcote manor
©Harlepoolmarina

Quand on observe le travail de jardinière et de coloriste de Gertrud Jekyll au début du XXe, on remarque que les jardins sont hyper cadenassés quand il s’agit de la forme des parterres, mais qu’à l’intérieur, ça part dans tous les sens qu’il s’agisse des couleurs et des types de plantes. Les Anglais ont la chance de pouvoir planter un peu de tout partout.

Great Dixter
©Georg Menzel

Les Anglais ont par exemple du mal à comprendre les schémas répétitifs des Hollandais. Et les Hollandais ne comprennent pas toujours le style anglais. Je me souviens d’une conversation entre le paysagiste néerlandais Piet Oudolf, et un paysagiste anglais qui ne voyait pas l’intérêt des plantations à répétition de graminées et autres plantes qui se multiplient rapidement. 

Réponse de Piet Oudolf : ce sont de bonnes plantes, voilà pourquoi ! Argument unique irrecevable pour l’Anglais persuadé qu’avec les mêmes plantes, on pouvait exprimer, créer des jardins bien plus intéressants. Je trouve ces oppositions de styles et de goût toujours fascinantes.

Combien de jardins présentez-vous dans votre livre ?

Guy Vandersande : je ne sais plus… Car ce n’est pas le nombre de jardins qui compte, mais les époques et les styles. Découvrir l’Angleterre des jardins, c’est voyager dans le temps, traverser toutes les époques, tous les styles et toutes les expériences jardinières.

Beth Chatto tient-elle une place à part dans l’histoire des jardins anglais ?  

Francis Peeters : Beth Chatto fut une avant-gardiste, soucieuse d’écologie avant l’heure. « The wright plant in the wright place » signifiait pour elle ne jamais tenter de planter des rhododendrons – même si on est un fou dingue de rhododendrons – sur un coteau sec et très ensoleillé. Son jardin est également un modèle de mixité, une communauté de plantes pas forcément originaires du même endroit. Elle a intégré avant bien d’autres que la Méditerranée ne se limite pas aux contours de notre mer européenne. Certaines régions d’Afrique du Sud, du Chili, d’Australie profitent d’un climat dit méditerranéen. Et donc, elle a marié ces plantes qui viennent d’un peu partout et vivent très bien ensemble. 

Beth Chatto
©Buddhaamoena

Beth Chatto était une dame très jolie qui vivait dans un jardin séduisant. Mais il ne faut pas oublier de parler de son mari, botaniste, qui a voyagé à travers le monde pour étudier les biotopes dans lesquels vivent des plantes sauvages dont certaines ont trouvé leur place dans le jardin de Colchester.

Avez-vous fait des rencontres extraordinaires lors de l’écriture de cet ouvrage ?

Francis Peeters : oui et notamment un type complètement « dingue ». Il s’appelle Keith Wiley, a beaucoup voyagé à travers le monde et notamment en Afrique du Sud où il a pu assister à la floraison simultanée de millions de fleurs au mois d’août dans le Namaqualand. Il a été aussi marqué par les extraordinaires – même si éphémères – floraisons dans le désert de Californie. Il a voulu reproduire la nature sauvage en Angleterre, ces floraisons incroyables et a créé le jardin Wildside, dans le Devon, au sud-ouest de l’Angleterre.

Wilside
©Marc AC Photo

Il est parti d’un grand espace vide et, à la pelleteuse, il a créé chez lui une sorte de Grand Canyon ! Et riche de ses observations de la nature, il a planté du sommet au bas de la colline des plantes adaptées à chaque situation. Qui a ce type de jardin actuellement ? Personne ou pas grand monde ! On jardine le plus souvent à plat et non sur différents niveaux sur une même surface.

Quelle que soit l’époque, les Anglais ont toujours fait évoluer le jardin. À chaque époque sa petite étincelle ! Comme un petit détonateur qui donne aux autres jardiniers d’aller un peu plus loin.

Quel jardin « classique » nous recommandez-vous de visiter ?

Guy Vandersande : Sissinghurst, sans hésiter ! Notamment pour son fameux Jardin blanc. De nombreux jardiniers rêvent de jardins blancs, mais que de difficultés pour y parvenir ! Il ne suffit pas de prendre des plantes à fleurs blanches et de les planter ici et là pour obtenir un beau résultat. Mais on peut prendre exemple sur celui de Sissinghurst, créé au début du XXe par Vita Sackville-West et son mari Harold Nicolson. Sissinghurst est un modèle, un jardin clos de murs, faits de parterres bien tracés où poussent des plantes généreuses, exubérantes dans des mariages de couleurs parfaits. J’ai entendu des visiteurs dire : « C’est un jardin presque sauvage ». Je ne partage pas cette opinion. Pour voir un jardin sauvage, il faut enfourcher son vélo, rouler dans la nature. Il n’y a rien de plus joli que des carottes sauvages au mois de juin. Mais je trouve que l’œil humain a toujours besoin de structure, sinon on regarde partout, et on ne sait pas où on va. Un jardin a besoin de structures pour mieux s’en affranchir.

Sissinghurst
Sissinhurst ©Jelena Mbugua
Levens Hall
Levens Hall ©Rbagotlevens

Un si beau voyage

L’Angleterre des Jardins, de Francis Peeters et Guy Vandersande, 256 p, 30 €; éditions Ulmer. Un cadeau incontournable pour tous les amateurs de jardins anglais (ou pas).

L'Angleterre des Jardins
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