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Strychnine, la mort ou la vie ?

Channarongsds

L’emploi de la strychnine est INTERDITE depuis 1982 dans la médecine humaine. Elle n’est plus autorisée à être commercialisée comme raticide depuis 1999. Cet alcaloïde neurologique est extrait d’une plante, Strychnos nux vomica, qui a parfois servi de noirs desseins.  Elle est encore cultivée et utilisée en homéopathie mais aussi par des tribus pour empoisonner les flêches. 

La strychnine mortelle

Strychnos nux vomica pousse en Asie du Sud-est. C’est un arbre à feuillage persistant qu’on surnomme le « vomiquier ». Un surnom pas bien joli, mais adapté et on pourrait même lui accoler l’adjectif « à haut potentiel mortel ». Ce sont ses graines contenues dans des baies jaune orangé qui détiennent le pouvoir de tuer. Mais dans le passé, la strychnine qu’on en extrayait était utilisée à petites doses dans certains médicaments… et pour tuer les rongeurs ou les corbeaux.

Strychnos nux vomica
©wikipedia

Ces graines sont encore utilisées dans certaines parties du monde alors que chez nous, tout emploi est interdit. En Inde, il est intégré dans les remèdes de la médecine ayurvédique pour traiter des tas de trucs (en vrac, des fuites urinaires à certaines maladies du sang). Au Moyen-âge, en France, on le prescrivait pour traiter les problèmes nerveux et diversions affectes des systèmes respiratoire et digestif.

Les graines sont séchées au soleil, parfois ébouillantées comme en Chine pour diminuer leur toxicité, ou elles passent dans des usines spécialisées qui en extraient la fameuse strychnine et la brucine, autre alcaloïde présent dans les graines, mais beaucoup moins toxique. 

À dose homéopathique…

Sinon, on meurt dans d’affreuses souffrances… Tous les organes sont touchés. Spasmes musculaires, douleurs partout… Et la mort survient par asphyxie à la suite de la contracture du diaphragme (pas glop !)

Dose mortelle chez l’adulte : 0,2 mg/kg (autant dire que dalle).

L’homéopathie l’utilise. Si on vous prescrit de la Nux Vomica, il s’agit de strychnine… 

La strychnine a été isolée par deux pharmacochimistes français, Pierre Joseph Pelletier et Joseph Caventou dans Strychnos ignatii (voir plus bas)..

Le revers de la médaille

Ingérée en minuscules quantités, la strychnine est capable d’augmenter les capacités respiratoires et de stimuler l’activité musculaire. 

Les sportifs d’aujourd’hui préfèrent se doper autrement, mais dans l’histoire, elle a bénéficié à certains d’entre eux…

En 1904, le marathonien Thomas Hicks en a reçu de ses entraîneurs un mélange de strychnine (1 mg…), de blanc d’œuf cru et de cognac (ah quand même !) . Il a couru comme un lapin Duracell avant d’avoir un coup de pompe. Rebelote le cocktail ! Il a franchi le premier la ligne d’arrivée, mais a failli mourir. Après, il n’a plus gagné grand-chose…

Thomas Hicks Marathon
©Wikipedia

Strychnine, l’arme fatale

Dans toute histoire d’empoisonnement, il y a forcément de l’arsenic (et parfois des vieilles dentelles), de la ciguë (adieu, Socrate), de la strychnine…

Le Novitchok, bien connu pour avoir failli envoyer ad patres l’opposant russe Alexeï Nalvany, l’officier de renseignement russe Sergei Skripal et sa fille Ioulia est une invention beaucoup plus récente de… (suivez mon regard, je ne mets pas le nom du pays responsable, je risque d’avoir des ennuis à coup de poudre ou de piqûre au parapluie bulgare)

Agatha Christie
©wikimedia

La strychnine est l’héroine de la Mystérieuse Affaire de Styles, sur lequel enquête Hercule Poirot dans le premier roman d’Agatha Christie. 

En 1907, raconte Thierry Lefebvre, dans la « Revue d’histoire de la pharmacie », un pharmacien de Blois, Jean Blanc est assassiné par son élève, Fernand Leborre, qui a glissé une bonne dose de strychnine dans son verre d’eau gazeuse. 

En 2008, le maire d’une commune autrichienne trouve un chocolat « Mon Chéri » (ça ne s’invente pas !) sur son pare-brise. Il le déguste et tombe quasi raide mort quelques minutes plus tard. 

Pas de bol…

Le monde ne serait sans doute pas le même si Adolf Hitler avait succombé à la strychnine… Car le Führer en était consommateur. En 1935, ses médecins se rendent en urgence à son chevet. Hitler est plié en 12 et hospitalisé. Dans son estomac, on trouve des traces de strychnine. Et c’est ainsi que ceux qui l’entourent apprennent qu’Hitler consomme ce poison pour réduire ses gaz intestinaux. À ces doses de strychnine était ajouté un autre poison, la Belladonne.

Selon certains écrits, Hitler bunkerisé en 1945 aurait à nouveau ingéré de la strychnine pour se « destresser » quand les bombes lui pleuvaient dessus. Mais là, rien ne le prouve, son cadavre est retrouvé et autopsié par des médecins soviétiques. On dit qu’il s’est suicidé en avalant du cyanure, mais il aurait pu aussi se tirer une balle dans la tête. Les rares ossements subsistants des cadavres d’Hitler et d’Eva Braun sont toujours conservés à Moscou. 

Et la fève de Saint-Ignace ?

Strychnos ignatii n’est pas un arbre, mais plutôt une liane vigoureuse (sarments jusqu’à 10 cm d’épaisseur à l’écorce rougeâtre) qui peut escalader des arbres jusque’à 20 m. Ses fruits produisent eux aussi des graines toxiques nommées fèves de Saint-Ignace. 

Strychnos ignatii est originaire des Philippines et elle a été baptisée ainsi par le frère jésuite, Jiri Kamel (ou Georges Camel) en hommage à saint Ignace de Loyola, fondateur de l’ordre religieux. 

Strychnos ignatii
©dr

Dans le passé, ces graines étaient utilisées en médecine traditionnelle « pour chasser l’urine et les vents » entre autres. Elles entraient aussi dans la confection de philtres d’amour… (pas intérêt à se tromper sur la dose !).

 

Tous les Strychnos ne sont pas dangereux

Le genre Strychnos rassemble des dizaines et des dizaines d’espèces présentes dans la plupart des régions tropicales et subtropicales. Seules 7 espèces produisent des graines très toxiques.

Quelques-unes entrent dans la composition des curares, comme S. guianensis utilisé pour la chasse par les Indiens d’Amazonie et certaines tribus en Guyane. En Afrique (Cameroun, Congo), l’écorce de racine de S. camptoneura ou de S. ternata, mélangée à d’autres plantes, enduire les flèches des chasseurs. Les Bantous de Tanzanie et du Rwanda produisent leur propre curare à partir de l’écorce de racine et de feuilles de S. usambarensis.

Du côté des espèces comestibles, on trouve par exemple, Strychnos espinosa, un petit arbre épineux dont les jeunes feuilles sont consommées bouillies et mélangées à du beurre de karité au Burkina Faso.

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