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Le patrimoine horticole lorrain

jardin botanique Jean-Marie Pelt
Par CJBN

La Lorraine occupe une place particulière dans l’histoire de l’horticulture française. Au XIXe, âge d’or de l’horticulture, Nancy est un pôle d’envergure internationale de la production et des obtentions grâce aux familles Lemoine et Crousse. Le Jardin botanique Jean-Marie Pelt veille sur des centaines de ces créations. 

François Félix Crousse
©Henry Dufey

La passion de François Félix Crousse pour les bégonias tubéreux  

Né à Nancy en 1840, il installe son entreprise horticole près de la Commanderie. Ce touche-à-tout de talent s’intéresse avant tout aux bégonias tubéreux dont il devient un spécialiste mondial,  mais il travaille aussi (entre autres) sur les géraniums lierre, les cyclamens, les chrysanthèmes, les asters, les fuchsias, les pivoines. Sans oublier les orchidées et les palmiers qu’il cultive dans une serre tropicale. 

Le travail de M. Crousse est récompensé à de nombreuses reprises notamment lors de l’Exposition universelle de 1878 à Paris (médaille d’or pour les pivoines), et celle de 1889 (médaille d’argent pour les bégonias). Sans repreneur pour l’entreprise, il cède sa collection de pivoines à son ami Victor Lemoine. Il disparaît en 1925.

Une pivoine herbacée porte son nom (Paeonia lactiflora ‘Felix Crousse’) : ses fleurs sont très doubles, rose foncé tirant vers le rouge.

La maison Lemoine

C’est le nom le plus illustre de l’horticulture lorraine. « Les Lemoine sont internationalement connues », rappelle Frédéric Pautz, directeur du Jardin botanique Jean-Marie Pelt, à Nancy. « Si l’on résume cette famille en chiffres, les Lemoine ce sont trois générations d’horticulteur, 217 obtentions de lilas, des centaines de créations chez les pivoines, les weigelas, les fuchsias. »

Le jardin de Nancy accueille une grande partie de ces lilas dont certaines variétés ont été retrouvées au bout du monde : « À un moment donné, les 217 obtentions ont été présentes dans le jardin. Un patrimoine vivant dont il reste 180 variétés, les autres ont été victimes notamment d’aléas climatiques. Les lilas et les autres plantes sont toujours plantés par 3 pour éviter de tout perdre. »

Depuis quelques années, le jardin s’est lancé dans une autre collection : la descendance des obtentions Lemoine puisque les variétés créées ont servi de support de travail à d’autres créateurs. On en retrouve, notamment dans les pays de l’Est, en Ukraine, au Kazakhstan, en Biélorussie…

8000 obtentions Lemoine

Chez les Lemoine, on est obtenteur de père en fils… Victor (1822-1911), Émile (1862-1942) puis Henri (1897-1982) ont créé environ 8000 plantes ! Lilas, pivoines, fuchsias… la curiosité des Lemoine est sans aucune limite

On doit à Victor le premier pélargonium à fleurs rouges, une foultitude de lilas, des spirées, des delphiniums, des astilbes, des glaïeuls, des seringats, des crocosmias… Des bégonias d’Amérique du Sud lui ont permis de créer des variétés incroyables. 

Victor Lemoine
©wikipedia

Parmi les plus célèbres obtentions

  • Lilas ‘Victor Lemoine’
  • Lilas ‘Mme Lemoine’ : le lilas à fleurs doubles blanches.
  • Pivoine ‘Mme Émile Gallé’ à fleurs doubles en coupe
  • Bégonia ‘Gloire de Lorraine’
  • Fuchsia ‘Royal Purple’
  • Clematis texensis ‘Étoile Rose’, C. viticella ‘Venosa Violacea’
  • Phlox paniculata ‘Jules Sandeau’, ‘Iris’

Quand sonne le glas de l’horticulture lorraine

La Première Guerre mondiale a malheureusement fait perdre, en Lorraine, en France et partout ailleurs, une partie du potentiel intellectuel et physique. Les forces vives ont été décimées. Le grand siècle de l’horticulture lorraine s’est achevé en 1914. Les pépinières, les entreprises ont fermé. Les familles ont décidé de ne pas les rouvrir. 

Mais ce patrimoine lorrain n’est pas pour autant oublié. Les collections sauvegardées ou reconstituées sont visibles au Jardin botanique de Nancy. Une filière horticole a également été créée. Son nom ? PHL (Patrimoine horticole lorrain). Elle est destinée à relancer la production de certaines créations des grandes entreprises horticoles lorraines. La production est en partie réalisée à l’École d’Horticulture et de paysage de Roville-aux-Chênes. 

Martin_nancy1894

Les liens avec l’École de Nancy

« Pendant ce grand siècle de l’horticulture, les familles ont été amenées, notamment parfois des liens de parenté ou des mariages, à fréquenter d’autres familles d’artistes et d’industriels dans différentes disciplines comme la menuiserie, la marqueterie, le verre, l’ébénisterie », explique Frédéric Pautz.  « Il y a eu des échanges d’inventivité et d’imagination entre tous ces créateurs. » L’exemple d’une émulation artistique et horticole à laquelle on a donné le nom d’École de Nancy, et dont Émile Gallé est l’un des représentants les plus connus. 

Victor Lemoine, Émile Gallé, Félix Crousse ont co-fondés en 1877 la Société centrale d’Horticulture de Nancy.

La période des grandes expositions 

Chaque année, aux XIXe, il y avait des expositions florales d’envergure internationale à l’occasion desquelles des dizaines et des dizaines de plantes étaient créées. La plupart de ces plantes ont disparu, remplacées par les nouvelles de l’année suivante. Certaines ont toutefois fait de la résistance et on les retrouve encore dans nos jardins aujourd’hui. 

Et les médaillés sont…

La Revue Horticole de 1851 rapporte une exposition organisée de la Société d’Horticulture de Nancy. Sont alors distingués :

À la plus belle collection d’au moins 8 espèces de plantes nouvelles en fleurs et de différents genres

  • Jean-Baptiste Rendatler, médaille d’or (prix offert par les Dames de Nancy). 

À la collection renfermant le plus grand nombre d’espèces et de variétés en fleurs formant le plus bel ensemble : 

  • 1re médaille à Jean-Baptiste Rendatler
  • 2e médaille à Joseph Munier
  • Accessits à MM. Victor Lemoine et Victor Legrand
  • Mention honorable : M. Crousse.

À la plante la plus remarquable par sa belle culture et sa floraison

  • Médaille à Victor Lemoine pour son Clerodendrum kaempferi.

À la plus belle collection de vingt variétés de roses

  • 1re médaille à M. Crousse

Au plus beau bouquet de bal en fleurs naturelles (eh oui !) 

  • Accessit à Mme Rendatler… 
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