Louis Riqueur, apothicaire royal… en Espagne

© Isabelle Morand

De la Normandie à l’Espagne, d’un simple poste d’apothicaire au titre de Directeur de pharmacie à la Real Academia de Madrid… L’itinéraire de Louis Riqueur (1655 – 1737) est tout bonnement passionnant ! Ses connaissances botaniques alliées à un sens politique et un fort caractère lui ont permis de gravir tous les échelons à la cour madrilène. On lui doit aussi les premières bases du Jardin botanique de Madrid !

Un clan français en Espagne

En novembre 1700, le roi Charles II d’Espagne disparaît en faisant du duc d’Anjou son légataire universel. Son objectif : empêcher l’éclatement de l’Empire espagnol. Philippe, petit-fils de Louis XIV, prend donc la direction de l’Espagne, entouré d’une petite cour composée en grande partie d’officiers subalternes, mais également de personnalités choisies par le roi Soleil, notamment Marie-Anne de La Trémoille, princesse des Ursins, l’économiste Jean Orry.

©François Pascal Simon Gérard
©François Pascal Simon Gérard

Louis Riqueur fait partie du clan. Il est fils d’Isaac Riqueur, ancien apothicaire auprès du roi de France, et frère… d’Isaac qui a pris la relève du père à la cour de Versailles. Il est chargé de veiller sur la santé du nouveau monarque et son épouse Marie-Louise de Savoie. Mais Louis a d’autres ambitions…

Real Botica ©Patrimonio Nacional
Real Botica ©Patrimonio Nacional

Louis Riqueur, un homme de fer !

Dès son arrivée en Espagne, l’apothicaire français se fait remarquer par un fort caractère (on dirait même un caractère de cochon !). Et il n’aura de cesse, jusqu’à la fin de vie, de tout faire pour rassembler sous son autorité les divers organismes liés à la pharmacopée. Il commence son parcours espagnol dans une résidence juste à côté du Palais royal. La pharmacie royale (Real Botica) n’est pas réservée à l’usage de la seule cour. Tout le personnel peut également s’y faire soigner. 

 

On y trouve des médicaments, des “drogues” fabriquées notamment grâce aux plantes médicinales qui poussent dans le jardin. Riqueur se dit débordé de travail, surtout quand en 1707, le personnel de la Real Botica est réduit.

Mais rien ne va le freiner dans son objectif (et sa mission) : réunir – sous sa houlette – la pharmacie royale, le service de Destilation (qui fabrique les eaux médicinales, les liqueurs et les vinaigres), et le service de la chimie. En 1703, il réussit à prendre la main sur toutes les pharmacies du pays. En 1711, il grignote un autre territoire en devenant responsable de la Destilacion qu’il fait déménager du palais royal d’Aranjuez vers celui de Madrid. Enfin, en 1723, il touche au but en devenant le patron des services qui fabrique des médicaments de synthèse.

Pour l’amour des plantes

L’ambition, les desseins de Louis Riqueur ne l’empêchent pas de continuer à se passionner pour les plantes. Il est à l’origine de la création du Jardin botanique de Madrid. En 1713, il achète un terrain dans la Huerta del Soto de Migas Calientes  où il sème, plante, bouture, greffe des plantes endémiques ou qu’il fait venir des régions espagnoles, mais également de plusieurs pays européens. Ce jardin, qu’il offre en 1724 au prince des Asturies, deviendra le Jardin botanique Royal par ordonnance de Ferdinand VI en 1755 avant de déménager pour le cœur de Madrid en 1781. Louis Riqueur est également le créateur d’un verger dans la résidence royale d’été à San Ildefonso.

Jardin botanique Royal de Madrid ©Isabelle Morand
Jardin botanique Royal de Madrid ©Isabelle Morand

Pour le reste, mystère…

On ne sait pas grand-chose des autres aspects de la vie de Louis Riqueur. On note qu’il est célibataire et vit avec son frère, Jacques, fournisseur de vivres auprès de l’armée espagnole. Il dispose d’un carosse, d’un cocher et d’un postillon. Ses émoluments sont conséquents. Il semble gérer correctement ses biens, ce qui n’est pas le cas des organismes dont il a la responsabilité. Il est inquiété en 1712, car sa comptabilité comporte des trous étranges. Il se tire habilement de ce dossier, mais, à son décès, balance la patate chaude à son successeur qui connaît donc quelques soucis avec l’administration royale…

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