Thierry Chavanne, jardinier en chef de Cormatin

Depuis 33 ans, Thierry Chavanne travaille dans les jardins du château de Cormatin, en Saône-et-Loire. Passionné de jardin depuis son plus jeune âge, il gère le potager, les jardins à la française, le labyrinthe, les charmilles et des arbres parfois très, très anciens. Rencontre.

Hortus Focus : le jardin, c’est un virus familial ?

Thierry Chavanne : absolument ! Mon arrière grand-père, mon grand-père étaient maraîchers dans le village de Cormatin, mon oncle l’était aussi. Mon frère avait des serres horticoles à l’entrée du village. Seul mon père a choisi une autre voie, il était ingénieur. Tout petit, je me suis intéressé à la nature, au jardin et j’ai fait mes études dans une école horticole à Tournus.

Quand êtes-vous arrivé dans ces jardins de Cormatin ?

J’ai été employé par l’entreprise qui a réalisé le labyrinthe de buis. Et on m’a proposé de m’occuper des jardins. Et cela fait déjà 33 ans ! 

Les jardins en étaient encore à leurs débuts. Par quoi avez-vous commencé ?

C’est vrai qu’il y avait énormément à faire entre la culture du potager, la mise en place des broderies du jardin classique, le façonnage des dizaines de topiaires présents majoritairement dans le jardin côté nord. Il a fallu que j’apprenne l’art topiaire. J’ai appris les rudiments dans des livres et je me suis lancé en formant les pyramides de la basse cour qui ne l’étaient pas du tout.

Qui a eu l’idée des formes animalières dans le jardin classique ?

Un collègue qui ne travaille plus ici et moi. Nous avons eu envie de sculpter en vert des animaux, comme la pieuvre qui émerge d’un des parterres. D’autres formes sont aisément identifiables mais certaines le sont moins, à chacun d’y voir ce qu’il veut grâce à son imagination ! Je m’occupe particulièrement des topiaires du jardin, avec une cisaille spécifique, légère. Mes deux collègues s’occupent eux de la taille des haies de charmes notamment, ce qui n’est pas une mince affaire. Obtenir une haie rectiligne n’est pas facile, il faut avoir l’œil. D’autant que nous travaillons tous sans gabarit, avec un taille-haie rectiligne.

Le jardin comporte de très nombreux buis, notamment tous ceux du labyrinthe. La pyrale les a t-elle épargnés ?

Malheureusement non. Voilà 5 ou 6 ans, on a eu une très grosse attaque. Résultat : nous avons du passer du bacille de Thuringe à 10 reprises cette saison-là. Et quand on pense qu’il faut deux matinées pour tout pulvériser ! Les dernières années, on s’est contenté de 3 passages. Mais il faut être vigilant et surveiller les buis en permanence.

Le potager, c’est ce qui vous intéresse le plus ?

Aujourd’hui, oui. J’aime les plantes d’ornement mais le potager est devenu une passion. Je le travaille un peu comme un tableau en jouant sur les couleurs et les textures des légumes, et en leur adjoignant des fleurs en été. Nous cultivons des dahlias, des capucines, des zinnias, des lavatères… Tout se mélange pour le meilleur.

Comment se présente t-il ?

Il est implanté devant l’orangeraie, dans la partie sud du parc. Il comprend 25 carrés de 16 m2 chacun, séparés par une allée centrale et des chemins engazonnés. Nous pratiquons évidemment la rotation des cultures, la place des légumes change tous les ans. J’adapte aussi les plantations et les arrosages en fonction de la nature du sol, car certains carrés retiennent plus l’eau que d’autres. 

Cette interview est réalisée au printemps. Le potager est dans sa phase de démarrage. Vous en profitez pour fabriquer des structures ?

Oui, nous récupérons des tiges de noisetier et des rejets d’érables dans tous le parc pour fabriquer les supports et les structures qui vont passer toute la saison au potager. On bricole des « cages » pour les consoudes, des tipis pour les pois mangetout, des structures plus costaudes pour les courges. Et comme je trouve qu’un pied de tomates accroché à son piquet ce n’est pas très joli,; nous fabriquons des sortes de palissades sur lesquelles nous venons attacher les tiges des tomates.

Faites-vous vos propres semis ?

Je sème sous châssis les courges, cosmos, lavatères, capucines… et les tournesols géants qui dominent les carrés du fond du potager. Ils mesurent 3 m de haut ! J’achète le reste des plants chez des horticulteurs à Cormatin, Cluny… J’essaye toujours de trouver du périlla de Nankin dont j’adore le feuillage, et des amarantes queue-de-renard car elles sont aussi belles que bonnes. 

Vous servez-vous de la belle orangeraie ?

Oui. Chaque hiver, nous y entreposons environ 150 pots. La grande majorité accueille les géraniums qui passeront l’été au potager. Nous avons aussi une bonne vingtaine d’agrumes (citronnier, mandarinier, kumquat, pamplemoussier…) que nous commençons par sortir sur la terrasse au sud avant d’en installer une partie sur l’allée centrale du potager pour tout l’été. 

Château de Cormatin, Grande Rue, 71460 Cormatin. Tél : 03 85 50 16 55. Plus d’infos sur chateaudecormatin.com

Merci à l’agence AirPur pour l’aide apportée à la réalisation de ce reportage. 

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