En vous promenant à Saint-Valery-sur-Somme, certaines rues font sourire par leurs façades fleuries et un peu kitch. Mais en poursuivant en haut des remparts, vous tomberez, dans la vieille ville, sur des ruelles d’un autre style et un joli jardin savamment entretenus, plein d’œuvres d’art et d’amusantes citations. Nous avons rencontré Frédérique Fiore, botaniste chargée de ces poétiques « herbes folles ».
Par René Dépal
Quelle est l’histoire de ce jardin?
Frédérique Fiore : Son histoire débute en 1995. Une association a été créée à cette époque pour réhabiliter les anciens jardins des religieuses de l’hôpital de Saint-Valery, institution qui remonte au XVIe siècle. Au départ, deux personnes (Nicole Quilliot et Marcel Bonte, pharmacien et mycologue) se sont investies dans ce projet et ont convaincu la commune de les soutenir.
Puis d’autres s’y sont peu à peu greffés. Ainsi est né l’Herbarium des Remparts, ce jardin niché dans la vieille ville qui s’échelonne sur trois terrasses. Plus tard, le Fruticetum et ses arbres fruitiers, a été réalisé en bas des fortifications, complémentaire et assez différent du premier.

Quel était le projet ?
Au départ, c’était un terrain en friche. On ne connaissait pas son histoire. Mais dès qu’on l’a connue, on s’en est beaucoup inspiré. Un jardin hospitalier est né ici après la Révolution, en 1794, pour les besoins de l’hôpital. Donc, qu’elles soient anciennes ou modernes, ses plantes sont médicinales. Il comporte aussi un potager, des plantes aromatiques, pour la teinture ou ornementales. L’Herbarium a aussi toute une dimension dédiée au milieu naturel, l’idée étant de montrer la diversité de la flore régionale. Une première terrasse présente la flore du littoral : le coteau calcaire, le marais, le sous-bois, des collections de sauges, d’euphorbes, d’hellébores…

Une tonnelle centrale permet d’accéder à la deuxième partie…
Oui, c’est le cœur du lieu, avec en son centre un vieux pommier conservé du jardin original. Autour de lui ont été aménagées des parcelles en étoile avec des chemins qui serpentent dans tout le jardin, permettant aux gens de déambuler comme ils veulent sans sens de visite imposé. À partir de là, on trouve les plantes médicinales, tinctoriales, aromatiques, condimentaires. Des curiosités aussi, l’idée étant d’avoir des plantes qui parlent de notre histoire ou s’inscrivent dans l’histoire.

Et la troisième terrasse ?
Dans la troisième terrasse, un peu plus accidentée, on trouve de nouvelles choses, dont une rocaille méridionale, par exemple qui donne une touche exotique dans une partie particulièrement chaude. Après cela, on descend vers le verger. Il faisait déjà partie du jardin des religieuses, mais le Fruticetum actuel, inspiré du jardin médiéval, est contemporain. C’est une sorte de conservatoire d’arbres fruitiers avec de beaux rosiers et des espaces plans.
Combien d’espèces comptez-vous? Quelle surface fait le jardin?
On a atteint jusqu’à un millier d’espèces, ça dépend des saisons et des années. Quant au jardin, il mesure près de 3000m2 au total.
Est-il facile à entretenir ?
Non il n’est pas du tout facile à entretenir ! Il demande de l’expérience et un état d’esprit. Il comporte une grande diversité de plantes, donc on ne peut pas y aller à grands coups de bêche. Mais plutôt parfois à la fourchette. Il demande de l’attention, un sens de l’observation, la connaissance botanique ou des plantes tout simplement. Et du respect.
Qui s’en occupe ?
Nous sommes deux professionnels et salariés de l’association : Benoit jardinier et animateur. Et moi pour toute la partie botanique, l’étiquetage et la recherche des plantes, la gestion de l’ensemble et aussi l’animation (accueil des scolaires, ateliers…). On est entourés d’une super équipe de bénévoles pour plein de missions différentes en fonction de leur volonté et de leur compétence : artistique, commerciale, entretien des rues, accueil…

De quoi êtes-vous la plus fière à l’Herbarium ?
Ce sont surtout les visiteurs qui nous rendent fiers. C’est extrêmement rare qu’ils n’aiment pas le jardin, mais ça peut arriver vu qu’il n’est pas au carré, mais plutôt avec des herbes folles et assez libres par endroits. Le plus souvent, ils disent qu’ils ont passé un moment merveilleux, serein, plein de plénitude. Ils ressentent beaucoup de vibrations qui ne sont peut-être pas liées aux personnes qui jardinent d’ailleurs, mais juste au lieu.
Mon autre fierté, c’est voir que toute cette diversité s’harmonise. Que plus on plante d’espèces, plus on a une biodiversité importante pour les insectes et les papillons, par exemple. Ca fait 20 ans que je travaille ici et, tous les jours, je fais des découvertes. On a des papillons machaon, par exemple, sur les grandes ombellifères. Saviez-vous que l’ortie qu’il faut maîtriser, bien sûr, attire au moins trois différents types de chenilles ?

L’Herbarium des Remparts, 36 rue Brandt, 80230 Saint-Valery-sur-Somme. Ouvert tous les jours jusqu’à fin octobre. Pour en savoir plus cliquez ICI
















