Pièces d’été, exposition en plein air à Malbuisson (Doubs)

Emmanuelle-Briat • Malbuisson • Pièces d'été
Paenser à fleur d’Emmanuelle Briat

Cette exposition en plein air traverse les différents milieux, forêt, lac et village de Malbuisson, dans le Doubs, au cœur des montagnes du Jura et à quelques kilomètres de la frontière suisse. Celle-ci émane de l’énergie et de la passion de bénévoles qui s’engagent à accompagner la création d’œuvres d’artistes issus de différents horizons, sélectionnés par un comité artistique.

Du 14 juin au 21 septembre 2025

Des liens avec la perception du paysage et de la forêt

Depuis le village et de loin, perché et accroché à la montagne, Panoramax d’Oliver Vadrot apparaît comme une surface rouge. En empruntant le chemin qui nous permet d’accéder à ce site, ancien tremplin à ski, nous pouvons nous y installer et contempler le lac Saint-Point.

Ce qui revit

Continuons d’avancer le long d’un sentier vers un arbre déchu qui a inspiré l’œuvre d’Eva Ducret. Il est le témoin d’une résilience, du cycle de régénération. Réalisées à partir de bardeaux offerts par un habitant d’un village voisin de Malbuisson, ses sculptures. Tels des oreilles, des greffes, de possibles nids pour ces jeunes arbres, elles sont intitulées L’écho et la solitude,  et nous permettent d’observer la végétation qui revit.

Anna Coulet a créé une proposition sculpturale en céramique Les couleurs de leurs cendres. L’artiste a été touchée par les dégâts que cause le scolyte et sensible à la végétation qui s’adapte au vent et renait après les incendies. Celle-ci résonne avec l’écorce des arbres autant qu’avec les tuiles vernissées typiques des architectures de la région.

Au cœur de la forêt, c’est la prise au vent, les reflets, les ombres portées sur des draps anciens et teints par des pigments naturels qui attirent l’œil sur l’installation de Mathias Mareschal.

Discrète, dont la forme fait écho à une rose typique du biotope de la région, l’œuvre de Maxime Vernier incite à méditer sur les différentes sonorités qu’elle provoque au gré du vent. En redescendant du chemin escarpé, nous arrivons face à un ancien cours de tennis sur lequel a pris place Ombre pétasite de Christophe Rihs : un ensemble de pièces représentant des feuilles de cette plante qui jouent notamment avec les ombres portées. Ces formes délicates d’une extrême finesse et délicatesse laissent songer à des présences en suspens, sur lesquelles reposent des feuilles tombées des arbres.

Au cœur du village de Malbuisson, Golden nest de David Bartholoméo invite les visiteurs à faire vibrer un nid géant, sur un lit de copeaux de bois.

Des enjeux de société, des problématiques environnementales et des interactions avec la population au cœur de certaines installations

Continuons de parcourir les rues du village… Entre deux hôtels, l’installation au titre évocateur La faim du monde de Luc Tiercy apparaît tel un groupe de personnages hiératiques. De près se révèlent les objets utilisés par l’artiste, des outils récupérés auprès d’une forge. D’une grande subtilité, cette œuvre nous ouvre la voie vers des réflexions ouvertes, telles que la problématique de la faim dans le monde.

Après ski de Raphaële de Brossia, à l’image de skis colorés, sur lesquels la végétation aurait repris ses droits, nous interrogent : Seraient-ils des objets reliques, témoins du réchauffement climatique et de la fonte des glaciers ?

L’eau comme trésor

Un enjeu sociétal est également présent à travers la proposition artistique de Charles Pétillon. Elle résonne avec le bâtiment qui protège la Grande Source alimentant le village de Malbuisson en eau potable et dont l’architecture fait écho à la Saline Royale d’Arc-et-Senans. Ce petit édifice porte l’inscription latine Pauperi divitique Fons Eadem Juconda sur son fronton. Il évoque les bienfaits de la fontaine pour les pauvres et les riches. L’installation nous engage à réfléchir à l’égalité face aux joies simples qui pour l’artiste « offrent à tous un même rafraîchissement, un même apaisement ». Cette œuvre constituée de ballons incite à nous questionner sur ce que permet la représentation photographique. De l’installation éphémère réalisée lors du vernissage, Charles Petillon propose un trompe-l’œil saisissant pour les 100 jours de l’exposition. Il l’obtient grâce à la prise photographique lors de l’installation, imprimée sur un support et disposée à l’endroit exact des ballons d’origine.

Près du lac Saint-Point, la sculpture de Sophie Dupont résulte d’une performance liée au souffle, à la respiration, à sa conscience de son propre corps. Plus d’une centaine de personnes ont gravé avec elle une partie en métal correspondant à un organe du corps.

Des œuvres qui interagissent avec le lac et avec les arbres à proximité

Sur le lac, Paenser à fleur d’Emmanuelle Briat se perçoit telle une suture, un lien. Il signale qu’il est urgent de retisser de douces relations, réparatrices, avec les écosystèmes en proie au bouleversement climatique. En apprenant à considérer les milieux naturels avec attention et humilité, nous serions à même de laisser leur cycle de vie se poursuivre. Son œuvre in situ témoigne des possibilités que permettent les branches de bois, matériau naturel avec lequel l’artiste a l’habitude de travailler. Des oiseaux typiques du lac y trouvent refuge et un site pour y nicher à l’abri.

À proximité, La table au bord de l’eau d’Urs Twellmann interagit avec le niveau de l’eau du lac. S’approchant, la vaisselle en creux, sculptée dans une plaque de chêne, témoigne de possibles présences. Le pendant de cette table est immergé. Aux visiteurs de se laisser porter par leur imaginaire.

Plus loin, Entre Lumière et eau, apparaissent les sculptures de Paul Jenni. Ces moulages en polyester ont été réalisés sur de vraies personnes. Ils suggèrent une mise à distance avec les arbres, nécessaire à leur préservation, ainsi sacralisés et respectés en tant qu’êtres vivants essentiels à la survie de la planète.

Des échos à la vie de village ainsi qu’au patrimoine architectural et pictural de la région

Sur le lac Saint-Point, l’installation de Laure Tixier fait écho aux architectures utopiques de Nicolas Ledoux, architecte de la Saline Royale d’Arc-et-Senans. Les couleurs de ces habitats flottants rappellent aussi bien celles de jeux d’enfants que celles d’une végétation aquatique… Pensées pour être des habitats possibles pour la faune du lac, ces sculptures interrogent nos manières de nous créer des lieux de vie qui conditionnent nos comportements.

La vie paysanne

Revenons maintenant au point d’accueil du parcours et attardons-nous face à La grande sieste d’Hugo Pernet. Cette peinture sur palissade rend hommage autant à la peinture La sieste de Jean-François Millet, reprise plus tard par Van Gogh, et à la vie paysanne du village de Malbuisson. Remarquons que le fond vert qui attire notre regard correspond également à l’identité graphique du parcours artistique. Dans l’historique chalet qui a abrité le premier club de voile du lieu, Peep Snow. Cette peinture blanche sur toile noire, d’un geste fluide, montre à la fois une chorégraphie de corps et les lignes de paysages environnants qu’a peints Gustave Courbet. Isabel Duperray a su jouer subtilement avec ce lieu patrimonial typique des bords de lac, nous invitant à songer à la disparition de la neige.

Le paysage

Enfin, chaque œuvre de cette quadriennale Pièces d’été invite à nous poser des questions quant à nos relations à l’environnement ainsi qu’aux transformations des paysages à une période de crise climatique. Certaines, incitent les habitants du village à se réapproprier leur histoire commune et les visiteurs à la découvrir en empruntant également les différents chemins, marqués par une mémoire d’usages typiques d’une vie agricole. Une relecture des récits collectifs d’un site aux cinq sources d’eau est ainsi proposée. Les artistes ont d’ailleurs pris soin d’aborder le contexte avec respect, en prenant le temps d’inscrire leur œuvre dans un site le plus en adéquation avec celle-ci.

Pour finir, cette exposition en plein air dans le village de Malbuisson intègre une dimension environnementale forte. Nombreuses sont les œuvres qui ont été réalisées avec des matériaux locaux, de récupération, durables et respectueux de l’environnement, en partenariat avec des artisans franc-comtois ainsi qu’avec des bénévoles. Notons qu’après le démontage, les œuvres et les éléments utilisés seront conservés, recyclés ou réemployés.

Malbuisson s’étire sur deux kilomètres entre le Vézenay et la forêt de la Fuvelle.

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