À Bambois, dans les Vosges, Claudie Hunzinger et son compagnon Francis ont créé leur refuge de création où ils vivent en harmonie avec l’ensemble du vivant. La montagne et la forêt y sont leur milieu de promenades, d’écoute, d’une exploration attentive d’une nature spontanée à laquelle ils se relient. Ils y vivent ainsi poétiquement et humblement. Dans cet entretien avec Fabrice Lardeau, l’artiste et écrivaine évoque ses lectures, ses rencontres, ses expérimentations et sa sensibilité profonde envers le vivant.
Le début d’une vie à la montagne
C’est à Bambois que Claudie Hunzinger commence à élever avec son conjoint un troupeau de brebis, au milieu d’une nature sauvage, dans une sensation d’insularité. Elle décrit la forêt comme lieu refuge pour les esprits et les humains.
L’artiste explore avec poésie le monde qui l’entoure.
« La forêt possède un seul corps fait de mille corps »[1] écrit-elle .
Son quotidien est rythmé par son attention aux matériaux et aux éléments qui l’entourent : « Mes limites se sont élargies à celles de la forêt qui m’abritait, et je me suis augmentée de son corps de moraines, de mousses, d’arbres centenaires, de rapaces et de cervidés, tandis que de son côté, la forêt s’est prolongée en moi, m’incitant à parler pour elle. »[2]
Elle ajoute : « Inutile d’aller au loin pour découvrir de l’extraordinaire, la montagne restant un réservoir d’espèces, un réservoir fabuleux de flore et de faune »[3]. Elle y ressent une sensation d’infini. D’où sa vie d’artiste profondément reconnaissante envers ce qu’elle perçoit au quotidien, en explorant son environnement avec gratitude.

Des couleurs des plantes tinctoriales vers l’écriture des herbes
Pendant les années 1970, Francis et Claudie Hunzinger ont exploré les ressources de la laine et celles des couleurs des fleurs qu’ils découvraient au gré de leurs explorations de leur milieu de vie. L’artiste écrivaine explique avec passion : « Je travaillais sur place. Avec toujours ce souci de travailler le plus possible à partir de ce que nous avions sur l’île, c’était une sorte de jeu, donc avec les plantes tinctoriales qui nous entouraient et qui semblaient nous attendre et nous offrir leurs nuances de toute beauté »[4].
Elle a engagé un travail sur le papier issu des plantes, s’intéressant notamment aux différentes cultures de fabrication du papier. L’artiste réalisait du papier artisanal tous les jours, tenant un journal. Ses pages d’herbes montrent des écritures des plantes, leur langage. Proche de l’Arte povera, ses œuvres relèvent à la fois d’un désir d’associer des connaissances scientifiques et d’une approche poétique de son environnement. Elle apprend au contact des plantes, telle une alchimiste.

La lecture et l’écriture, deux passions qui l’animent à être proche des animaux et des végétaux
Son activité d’écriture et celle de plasticienne ont toujours été reliées.
Animaux, forêts et montagnes constituent les protagonistes de ses livres. « Je n’ai jamais senti de frontières entre les animaux et moi, aucune altérité irréductible »[5] écrit-elle. Claudie Hunzinger doit beaucoup au naturaliste et écrivain Jacques Brosse, confie-t-elle. L’artiste se dit être paysage.
Ses ouvrages transmettent ses liens avec la faune et la forêt dans lesquels elle leur donne la parole. Ses propos nous invitent à lire ses romans, notamment La langue des oiseaux, Les grands cerfs, Un chien à ma table, également le livre De toutes les couleurs (traité buissonnier de teinture végétale). « Tous les jours, j’écrivais en herbe, dans la langue des herbes. »[6] écrit-elle. Elle prend le temps d’écouter les sons de la nature au sein d’un biotope qu’elle considère comme le lieu d’une aventure permanente : « Je me sens liée à tous les alphabets sonores qui m’entourent. »[7]
Je retiens également cette phrase particulièrement touchante : « C’est si simple de savoir que nous sommes tous, éléments du monde, faits des mêmes particules, toutes animées de sensibilité et de mouvements perpétuels… »[8] : une joie de considérer cette approche pour se relier profondément à l’ensemble des vivants, en prenant soin d’en être proche.
L’ouvrage se clôt sur une présentation des livres qui ont inspiré l’artiste, tels que La forêt désormais de l’intérieur d’Irina Teodorescu, Éditions La Grange Batelière, 2023 et La femme changée en renard de David Garnett, Éditions Grasset, 2004.
Ces entretiens nous inspirent également à lire Bambois, la vie verte (Stock puis éd. Cambourakis) dans lequel Claudie Hunzinger raconte sa vie au contact d’une nature sauvage en montagne.
[1] P. 37 • [2] P 34-35 • [3] P 53 • [4] P 57 • [5] P77 • [6] P 89 • [7] P 98 • [8] P 102

