Ce n’est ni du thé ni du café. Le maté est obtenu en faisant infuser des jeunes pousses d’une espèce de houx (Ilex paraguariensis) qu’on appelle yerba mate en espagnol. Cette boisson traditionnelle qu’on boit au quotidien en Argentine, au Brésil, en Uruguay, au Paraguay… est également très consommée au Moyen-Orient, mais beaucoup moins en Europe.
Le maté, un héritage vivant du peuple guarani
On ignore quand les Guarani ont découvert qu’en faisant infuser des feuilles d’Ilex paraguaiensis, on obtenait une boisson contenant de la caféine (plus que dans le thé, moins que dans le café). Mais le maté n’était pas qu’une boisson : les feuilles de l’arbuste étaient utilisées à des fins médicinales ou comme objets de troc entre les tribus.
Le maté était également et est toujours un symbole d’amitié quand, lors de réunions, on est invités à partager la boisson. La calebasse et la bombilla (sorte de paille au bout équipée d’un filtre) qui servent à sa préparation passent alors d’invité en invité pour sceller l’entente.
Lorsque les Conquistadors arrivent sur le continent sud-américain au XVIe, ils qualifient le maté de “boisson du diable” et interdisent sa consommation… avant de succomber eux-mêmes aux effets stimulants du breuvage ! Les missionnaires jésuites, eux, y voient une occasion de faire du business. Dans leurs missions, ils lancent à grande échelle la culture d’Ilex paraguaiensis, font travailler les Guaranis et s’enrichissent jusqu’au jour où les gouvernements locaux les chassent pour s’approprier les zones de cultures. Les Jésuites repartent en Espagne avec des plants de yerba maté, mais l’arbuste refuse de s’acclimater en dehors de sa zone d’origine.

De la cueillette à la calebasse
La récolte s’effectue à la main sur des arbustes maintenus petits pour la faciliter. Dans la nature, Ilex paraguaiensis peut en effet atteindre 10 m de haut. La première récolte a lieu quand l’arbuste atteint 4 ans. Les feuilles passent par une double étape de séchage qui leur permettent de perdre 80% de leur humidité. Puis les feuilles sont découpées avant d’être mises à maturer dans de grands sacs. Le maté traditionnel mature entre 9 et 12 mois. Le maté vert peut rester jusqu’à deux ans en sac ; son goût est alors beaucoup plus doux.


L’Argentine et le maté
Le maté en Argentine est consommé à longueur de journée. En 2013, sous la présidence de Cristina Kirchner, le maté est élevé au rang d’infusion nationale avec la création de l’indication géographique protégée “Yerba Mate Argentin”. Le pays est le principal producteur et exportateur de maté au monde. La majeure partie de ces exportations prend la direction du Proche et du Moyen-Orient.
Chaque Argentin consomme environ 100 litres de maté par an.
Le pape François, en bon Argentin, adorait le maté. Il a même un jour fait arrêter la papamobile sur la place Saint-Pierre après avoir entendu “Francesco, un amargo !” (“François, un maté sans sucre !”). François a pris la calebasse et partagé le maté.
Les mots de l’expert, Sylvain Mabon (Pépinières Indigènes)
Je propose Ilex paraguaiensis à la vente, car, pour moi, le climat de ses zones d’origine est assez proche des conditions bretonnes. C’est, en effet, un arbuste à feuillage persistant qui aime des températures assez stables, pas trop froides en hiver, pas trop chaud en été et un bon niveau d’hygrométrie. C’est pourquoi je conseille de le cultiver en pleine terre seulement en Bretagne et dans les régions douces, le Pays basque, par exemple. Ailleurs, mieux vaut le cultiver en pot, l’hiverner et le mettre à l’ombre dans le courant de l’été. Le goût de l’infusion est assez clivant mais elle a un atout très intéressant : les feuilles peuvent être utilisées à l’infini (ou presque)). Laissez les feuilles au fond du bol avec la cuillère paille et ajoutez de l’eau à chaque fois que vous avez envie d’un maté. Mais je préfère être honnête : ce n’est pas une plante très facile à cultiver. Mieux vaut avoir une bonne expérience jardinière pour se lancer dans sa culture.


