Désolé, il ne s’agit pas du dernier opus de la collection SAS… mais d’un portrait très sérieux d’une étonnante graminée, Zizania latifolia, à planter en bassins ou microbassins…

riz de Mandchourie

Zizania latifolia en automne. ©Eric Lenoir

Le riz sauvage de Mandchourie (Zizania latifolia) n’est qu’un cousin éloigné du riz cultivé pour son grain (Oriza sativa en Asie et O. glaberrima en Afrique). Son vrai plus proche cousin, Zizania aquatica (le riz sauvage américain), est une plante annuelle qui produit une maigre quantité de grains consommés autrefois par les Amérindiens sans pour autant avoir été massivement cultivé. Notre riz sauvage de Mandchourie, lui, est vivace et ne produit pas assez de grains pour être considéré comme une céréale comestible. Toutefois…

Un mets recherché au Japon

Au Japon et en Chine, on cultive un champignon qui parasite ses pousses. Se développant à l’intérieur des tissus, il les fait enfler pour les faire passer d’un turion rappelant ceux des bambous  à une sorte d’endive farcie, oblongue et verdâtre ponctuée de noir, appelée Makomo-take. Décrit ainsi, ça ne fait certes pas rêver, mais c’est au pays du soleil levant un mets fin extrêmement recherché. Digression :  Si on va par là, dire qu’on s’extasie chez nous pour un champignon parasite  des racines de chêne, noirâtre,  empli de spores et vendu à prix d’or après avoir été déterré par de verrats, on relativise l’appétence des peuples au regard de leurs traditions culinaires.  Fin de digression.

Un élégant feuillage…

Vous l’aurez compris, ce n’est donc pas pour la production

Zizania latifolia

Zizania en été. ©Eric Lenoir

alimentaire que l’on cultive Zizania latifolia chez nous, loin de son habitat d’origine. Cette belle graminée présente, en effet, des qualités d’ordre esthétique et horticole tout à fait intéressantes : poussant sous 0 à 40 cm sous la surface (elle a tendance à souffrir du gel prolongé lorsqu’elle est juste en berge humide au bord de la Loire), elle émet un élégant feuillage dressé de bonne tenue, vert clair, jusqu’à plus d’un mètre hors de l’eau. Ce feuillage, vert tendre en début de saison, devient de plus en plus pâle avec l’automne, adoptant un jaune absolument flamboyant avant que ses chaumes prennent la couleur de la paille pour achever l’hiver. C’est à ma connaissance l’une des plantes qui captent le mieux la faible intensité lumineuse, devenant remarquable au moindre petit rayon de soleil, même diffus derrière les nuages. En toute saison, on y entend le vent de la même façon qu’on l’entend dans les bambous : un léger bruissement donne l’impression qu’on caresse deux feuilles de bois délicatement, avec une intensité variable, mais toujours en douceur. 

Pas de danger pour les bassins bâchés !

riz de Mandchourie

Le riz de Mandchourie en automne

Si cette plante s’appelle Zizania, ce n’est pas pour rien. Car la zizanie, elle est capable de la semer allègrement si l’on ne prend pas garde à la placer au bon endroit ou, à défaut, dans un large pot garni de terre riche et lourde où on la circonscrira. C’est que la belle incandescente est généreuse ! Elle produit des rhizomes abondants, longs, en grandes quantités, s’établissant ainsi rapidement sur un territoire croissant partout où d’autres plantes ne sont pas encore installées, dans la zone allant de la berge humide à -50 cm de profondeur au moins, tant que de la terre y est disponible. Je rassure cependant les propriétaires de bassins bâchés : elle ne perce pas les bâches, ses dards tendres n’étant pas assez solides pour ça ni pour piquer les pieds dans les bassins de baignade. 

Un bon abri pour la faune

Cette propension à se développer n’est pas pour autant une

riz de Mandchourie

Zizania latifolia en hiver. ©Eric Lenoir

malédiction… En développant son abondant système racinaire, le riz sauvage de Mandchourie aide vaillamment à lutter contre l’érosion des hauts-fonds et des berges, et sa végétation aérienne et subaquatique freinent considérablement l’atteinte de rives par les clapots et autres vaguelettes tout en offrant un abri de choix à la faune des milieux humides, qui apprécient son couvert pour se dissimuler, se reproduire ou chasser. Cette forte production de biomasse végétale est aussi un moyen efficace d’assimiler les excès de nitrates du plan d’eau où il pousse. En coupant ou en arrachant des touffes en milieu de saison pour les mettre sur le tas de compost, on extrait par l’intermédiaire de cette plante gourmande autant de matière organique et d’azote du bassin qui ne viendront pas s’accumuler dans son fond, et ne contribueront donc pas à son eutrophisation.

Mes (autres ) conseils de culture

 

riz de Mandchourie

Le Flérial, l’écrin du Zizanie, en été. ©Eric Lenoir

Zizania latifolia peut aussi être cultivée en bacs remplis d’eau ou microbassins. La plante occupera alors tout le contenant qui lui est réservé, qu’on veillera à remplir d’eau et de terre lourde et riche. Effet spectaculaire garanti toute la belle saison, à condition de penser à abriter les pots dans les régions ne bénéficiant pas d’hivers doux.

Tout ça pour en venir à vous dire que je ne comprends pas que vous n’en ayez pas encore chez vous !

Eric Lenoir

Le site de La pépinière aquatique, c’est PAR ICI !

Eric est également l’auteur de deux livres publiés aux éditions Ulmer (« Créer simplement un bassin de jardin »« Plantes aquatiques et de terrains humides ») ainsi que d’un hors-série de l’Ami des Jardins (« Bassins pour petits et grands jardins »).

 

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