Avec sa forme si particulière, le dragonnier est le symbole naturel, culturel et historique des Canaries. Dans tout cet archipel, il prospère joliment sur les places, dans les jardins ou au bord des routes. L’un d’entre eux, plus que millénaire et vraiment colossal, défraie la chronique. Il se trouve à Icod de los Vinos et constitue une des fiertés de Tenerife !
Le plus vieux spécimen de l’archipel
C’est dans ce village au drôle de nom, au nord de Tenerife, qu’il est né il y a 1000 ans, 2000, selon certains. 16 mètres de haut, une base de 20 mètres de circonférence, 80 tonnes… Ce dragonnier est considéré comme le plus grand et le plus vieux de tous les spécimens vivants aux Canaries. Voire en Macaronésie.
On se déplace de loin aujourd’hui pour voir ce monstre d’Icod au tronc sculpté par l’âge. Son aspect est si spectaculaire qu’il suscite admiration et fascination. Il est actuellement entouré d’un petit jardin botanique qui a remplacé les champs d’antan.

Le dragonnier : entre botanique et légende
Le genre Dracaena est très ancien et dispersé. Il comporte peu d’espèces arborescentes. Parmi elles, cette espèce type, endémique des Canaries : le Dracaena draco canariensis, ainsi baptisé par le naturaliste italien Domenico Vancelli en 1767. Ce nom de « draco » (dragon) lui vient de sa structure particulière. Elle rappelle un monstre à multiples têtes, dont la barbe serait les racines de l’arbre… Ainsi le dragonnier a-t-il, dès son origine, une aura mythologique. Il est depuis toujours un objet de légende et de symbolisme.

Le “sang du dragon” : une denrée d’or…
Cet arbre aux branches lisses et rondes et à la ramure en parasol produit une sève qui rougit au contact de l’air. Elle fut surnommée “sang du dragon” en référence au fluide vital de Ladon, le dragon qui, dans la mythologie, protégeait le Jardin des Hespérides et fut assassiné par Hercule. Cette sève fait l’objet d’un commerce depuis l’Antiquité,. Elle était appréciée par l’artisanat, certaines pratiques magico-religieuses et surtout la médecine qui l’utilisait comme potion curative et cosmétique (teinture, vernis).

Comment date-t-on un dragonnier ?
D’une croissance très lente, le Dracaena draco canariensis se ramifie seulement après des floraisons espacées de 12 à 20 ans. D’où le fait que traditionnellement, on considère ses niveaux de ramification pour connaitre son âge approximatif. Parfois, cependant, c’est l’Histoire qui l’emporte.

Le dragonnier d’Icod, assurément un des plus vieux arbres du monde, avait déjà, il y a cinq siècles, une belle envergure. Comme d’autres, il servit de référence quand les conquistadors se partagèrent les terres de l’île. Il figure ainsi sur un document de 1503, qui accorde des terrains à un indigène de Gran Canaria ayant participé à la conquête de Tenerife.
Au début du XXe siècle, notre vieux beau se trouvait sur les terres d’une propriété privée. Il fut racheté en 1916 par la Mairie, consciente de sa valeur patrimoniale. Et en 1917, il fut déclaré Monument National comme l’arbre de Guernica et quelques autres qui méritent cette distinction par leur âge et leur valeur symbolique ou historique.










