Nicolas Baudin, l’explorateur oublié

Libray of New south wales

Beaucoup moins célèbre que ses contemporains Antoine-Laurent de Jussieu, Georges Cuvier ou Bernard-Germain de Lacépède, Nicolas Baudin est cependant une figure très importante des expéditions botanistes et scientifiques du XVIIe siècle. Il s’était fait une spécialité du transport de plantes vivantes, ce qui n’était pas une mince tâche à l’époque quand les bateaux revenaient des Antilles ou du continent australien.

Un expert sans formation académique

Né à Saint-Martin-de-Ré en 1754, Nicolas Baudin s’engage très jeune dans la marine marchande, puis dans la Marine Royale. Il participe à la guerre d’Indépendance américaine avant de démissionner et de naviguer pour son propre compte sur le Pepita. En 1786, au Cap de Bonne-Espérance (Afrique du Sud), il rencontre Franz Boos. Le jardinier de l’empereur d’Autriche Joseph II est alors dans l’embarras. Il a herborisé sur l’île de France et sur l’île Bourbon (actuellement l’île Maurice et la Réunion) et ne sait pas comment rapatrier ses plantes jusqu’en Autriche. Baudin loue ses cales et rapporte le butin végétal de Boos. C’est à cette occasion qu’il se découvre une passion pour la botanique et met au point diverses techniques pour conserver les plantes vivantes. Il se fait alors une spécialité de ce type très particulier de transport, mais assure aussi d’autres missions pour la marine autrichienne. Une collaboration qui s’achève en 1792, quand la France déclare la guerre à l’Autriche. Retour au bercail pour le capitaine.

 

©wikipedia
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Nicolas Baudin et la Belle-Angélique

De retour en France, il propose au Museum d’histoire naturelle de rapporter sa collection personnelle de plantes qu’il a laissée sur l’île de Trinité (actuellement Trinidad), dans les Antilles. Le 30 septembre 1796, il largue les amarres en compagnie notamment avec un jardinier, Anselme Riedlé qui devient l’un de ses meilleurs amis. En 1798, la Belle-Angélique est de retour en France, les cales pleines de 800 plantes vivantes stockées dans 207 barriques, 8000 plantes en herbier ,450 oiseaux empaillés, ce qui fait écrire à Jussieu : “Le citoyen Baudin doit être proclamé l’un des voyageurs qui a le plus mérité de l’histoire naturelle”. Baudin confie à Jussieu son journal quotidien ; ces écrits illustrés par 86 planches couleur d’une exceptionnelle qualité, sont donnés au Museum, mais finissent par être oubliés au fil du temps. Les plantes sont si nombreuses qu’il faut faire construire en catastrophe une nouvelle serre chaude (la serre Baudin) pour pouvoir toutes les accueillir. Parmi elles figurent bananiers, clou de girofle, palmiers, eucalyptus… qui, le 27 et 28 juillet 1798, sont exposés sur des chars à la vue des Parisiens lors de la Fête de la Liberté qui célèbre la chute de Robespierre et les victoires du général Bonaparte en Italie.

En fait, les plantes ne viennent pas de Trinidad, mais d’autres collections stockées par Baudin sur les îles de Saint-Thomas et Porto Rico. En effet, quand il met pied à terre, les Anglais se sont emparés de l’île, lui refusent l’accès à son stock de plantes et lui ordonnent de reprendre la mer. Perfide Albion !

Voyage en Terres australes

Auréolé par le succès de son voyage aux Antilles, Nicolas Baudin est nommé capitaine de vaisseau de la marine française. Une revanche pour celui qui, sous l’Ancien Régime, ne faisant pas partie de la noblesse, n’avait pas eu cet honneur malgré son beau parcours dans la Marine royale. Il participe au démarrage de la campagne d’Égypte quand Bonaparte s’empare de Malte. Huit jours plus tard, Bonaparte reprend son chemin vers les Pyramides et Baudin vers la France, où il se démène pour obtenir les financements nécessaires à son expédition vers les Terres australes. Le budget obtenu, Nicolas Baudin quitte Le Havre, le 19 octobre 1800, avec 22 scientifiques (savants, dessinateurs, naturalistes) et deux bateaux, le Géographe et le Naturaliste.

Le Géographe et le Naturaliste
Le Géographe et le Naturaliste

De galères en catastrophes…

Les grandes dates et étapes d’un voyage placé sous le signe des petits et gros ennuis.

  • 18 octobre 1800 : sortie en mer ratée pour Le Naturaliste pour cause de vent contraire. Retour au port du Havre.
  • 19 octobre : les navires s’élancent puis stoppent sous la menace d’un capitaine de frégate britannique qui exige de vérifier les passeports émis par la cour de Londres. Découverte sur les deux navires de plusieurs passagers clandestins.
  • Fin octobre : le Naturaliste connaît une voie d’eau et un bateau espagnol lui envoie un boulet de canon.
  • 2 novembre : arrivée à Ténérife, dans les Canaries et escale de onze jours pendant lesquels les scientifiques en profitent pour herboriser, récolter des pierres.
  • 13 novembre : départ pour l’île-de-France, une partie des équipages a dû être remplacée. Les deux navires manquent de se télescoper…
  • Mi-février 1801 : passage du Cap de Bonne-Eespérance, en raison d’un changement de vent, déchirure de la grand voile du Naturaliste suivie de dommages sur les autres.
  • 5 mars 1801 : Le Géographe et le Naturaliste arrivent au large des côtes de l’île de France. Les hommes d’équipage sont maigres comme des clous.
  • Mars-avril : séjour catastrophique sur l’île. Baudin se voit refuser l’accès aux produits alimentaires et aux équipements dont il a besoin. Trente-trois matelots désertent et onze savant et jardiniers décident de quitter l’expédition.
  • 25 avril 1801 : les navires reprennent la mer.
  • 27 mai 1801 : la Nouvelle-Hollande (Australie) est enfin en vue !

Des noms, des plantes, des roches, des animaux…

Les Australiens le savent, les autres l’ignorent. C’est l’expédition Baudin qui a permis de créer la carte de Freycinet, la première carte complète de l’Australie !

Les collectes botaniques sont phénoménales. Le jardinier chef Riédlé, l’ami de Nicolas Baudin, qui fait partie de l’aventure écrit à son retour de la terre de Leuwin, à l’ouest de la l’île, écrit : “Ce terrain que j’ai parcouru, précieux pour le botaniste, présente à chaque pas un grand nombre de plantes différentes, presque toutes nouvelles pour un Européen, et dont plusieurs pourraient sans peine être acclimatées dans les départements méridionaux. En moins de deux heures et demie, j’en ai recueilli trente-cinq espèces…”

On estime à plus de 100 000  (!) le nombre de spécimens rapportés de l’expédition.

©Wikipedia
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Le Timor, étape fatale sur le retour

En 1802, l’expédition explore les côtes de Tasmanie avant de relâcher pendant plusieurs mois à Port Jackson, le port naturel de Sidney. À la fin de ce séjour, Baudin est bien obligé de constater que l’état des équipages n’est pas fameux. Nombre de membres sont morts et d’autres très malades. Il décide donc de renvoyer le Naturaliste au Havre, chargé des collections de cartes, de mémoires, d’observations rédigées ainsi que des collections d’histoire naturelle. Le Naturaliste est remplacé par le Casuarina qui, avec le Géographe, met le cap sur Timor, une île de l’archipel indonésien où les équipages débarquent le 6 mai 1803. Anselme Riédlé, l’indéfectible compagnon de Baudin, meurt d’une dysenterie foudroyante. Baudin, victime d’une grosse fièvre,  ne peut assister à l’enterrement, mais dessine la tombe de son ami, inhumé avec les honneurs.

 

La mort de Nicolas Baudin

Le Casuarina reprend la route pour l’Île-de-France où il est désarmé. L’équipage arrive totalement épuisé et affamé. Baudin souffre de la tuberculose : il décède le 16 septembre 1803 sur l’île et est inhumé dans le cimetière de l’Ouest. C’est son second qui prend le commandement du Géographe et ramène le bateau chargé de découvertes à Lorient le 25 mars 1804.

La reconnaissance de Nicolas Baudin

Nicolas Baudin, ses aventures, ses expéditions ont longtemps dormi sur les étagères du Museum. La figure et le destin de ce grand voyageur ont été tirés de l’oubli par Michel Jangoux. Ce spécialiste de la biologie des invertébrés marins et de l’histoire des voyages de découvertes a consacré deux ouvrages au capitaine en épluchant ses journaux de bord : “Journal de voyage aux Antilles de la Belle Angelique” et “Le Voyage aux terres australes du Commandant Nicolas Baudin” publiés par Sorbonne Universités Presses.

Un autre livre à consulter : “Nicolas Baudin, un marin naturaliste au service du Consultat”, de Sophie Muffat, éd. Memoring, 146 pages.

Monument à la mémoire de Nicolas Baudin à Saint-Martin-en-Ré
Monument à la mémoire de Nicolas Baudin à Saint-Martin-en-Ré

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