Le monde prend conscience de la nécessité de réparer notre environnement. L’urbanisation massive et la bétonisation à outrance conduisent aujourd’hui les élus à se pencher sur les villes pour redonner une place à la nature. En Île-de-France, de nombreuses initiatives sont en cours dans les départements de  la région. Marc Barra et Gwendoline Grandin (écologues – ARB ÎdF, L’Institut Paris Region) se penchent sur la question au cours d’une conférence. À Strasbourg, on évalue la qualité des friches et les citoyens sont appelés à participer à une opération “Strasbourg, ça pousse”. À Avignon, un programme est lancé pour limiter les ilots de chaleur. Partout en France, des initiatives émergent.

À Rouen, en Normandie

Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouen et président de Rouen-Métropole a engagé sa ville sur ce chemin. Biologiste de formation, bon connaisseur de l’écologie, il engage la ville dans une vaste démarche de renaturation de Rouen et des 71 communes qui composent la métropole.

Isabelle Morand : Pourquoi utiliser ce terme renaturation et pas revégétalisation ?

Nicolas Mayer-Rossignol

©Barbara Cabot

Nicolas Mayer-Rossignol : les deux mots n’ont pas la même signification. La renaturation va bien au-delà de la (re)végétalisation ou de la (re)naturalisation. Il faut permettre à la nature de reprendre ses droits et sa juste place dans la ville. Pour gagner en qualité de vie, en attractivité aussi, lutter contre les effets du changement climatique et faire progresser le développement durable.  

Concrètement, la renaturation, c’est quoi ? 

Les exemples sont nombreux… Je parlerai tout d’abord de la mise en place de corridors écologiques pour créer un maillage favorable à la biodiversité en ville. La faune et la flore bénéficient de l’effet de continuité, mais les habitants en profitent aussi au travers des espaces de promenades ainsi créées. Je souhaite également développer tout ce qui a trait aux jardins partagés, aux potagers urbains qui impriment du lien social et favorisent une alimentation saine et de proximité.

 

J’aimerais pouvoir faire naître en ville un potager géant, comme à Nantes. Nous allons aussi débitumiser les trottoirs et les cours d’école pour rendre de la perméabilité aux sols. Rouen est une ville fluviale et portuaire : les eaux de ruissellement vont polluer la Seine. Plus on débitume, plus on désimperméabilise, mieux on lutte contre ce phénomène. 

Rouen

© Alan Aubry – Métropole Rouen Normandie

Quels sont les atouts de Rouen en matière de renaturation ?

Rouen et sa métropole ont beaucoup changé ces quinze dernières années, mais nous devons aller plus loin. Il y a une volonté politique bien sûr. Nous devons répondre aux attentes des habitants de Rouen (110 000 habitants) et de la métropole (400 000 habitants). Ceux qui ont voté pour nous attendent le retour de la nature en ville, la création de parcs, la diminution du minéral, du travail sur le foncier. Nous avons la chance d’être entourés de forêts et de disposer d’une ressource importante, l’eau. Nous avons aussi une force, celle de nos techniciens et ingénieurs de la nature qui travaillent à cette renaturation. 

Quels changements souhaitez-vous pour Rouen ?

La place de la Haute-Vieille-Tour, à côté de la Cathédrale, est emblématique de la ville, mais elle est très goudronnée, fréquentée par les voitures. J’aimerais que cette place soit végétalisée, renaturée pour le bien de tous. L’avenue Pasteur, qui descend de la préfecture, est végétalisée, mais peu utilisée par les habitants. Pourquoi ne pas y installer un grand potager urbain ? La renaturation du pont Boieldieu est également un objectif. Ce pont magnifique est une icône de Rouen. Pourquoi ne serait-il pas à la fois un lieu de passage, un lieu piétonnier et un lieu de nature ?

Ces trois projets ne sont que quelques éléments qui émergent d’un grand iceberg. Ces éléments et tant d’autres, nous allons les travailler, les mettre au service de notre projet : le choix de la Seine-Maritime et la métropole de Rouen comme capitale européenne de la culture en 2028. 

Allez-vous pousser à la végétalisation des rues, des trottoirs par les particuliers ?

Fil vert, le permis de végétaliser, existe déjà, mais peu facile d’usage. Trop de bureaucratie. On est en train de simplifier les démarches et de faire mieux connaître ce dispositif.

C’est l’un des enjeux stratégiques de mon mandat : permettre aux citoyens de se réapproprier l’espace public. Cela passe par d’autres initiatives comme de permettre aux habitants et à des artistes de repeindre, décorer, transformer les potelets gris, moches qui servent à empêcher le stationnement sauvage. 

La crise sanitaire ne constitue-t-elle pas un frein ?

Le coronavirus génère de l’incertitude. Le plus grand risque dans l’incertitude, c’est la tentation de l’immobilisme. Avec mon équipe, nous pensons qu’au contraire, il faut agir et agir vite. Pour renaturer, pour faire vivre la culture, pour créer ou renforcer le lien social. Cette période permet même d’accélérer le mouvement. Un exemple ? Les écoles. Nous serions peut-être allés plus lentement sans cette crise. Nous allons accélérer la débitumisation des cours d’école. Déjà, nous avons bloqué de nombreux accès en raison de la crise et en avons profité pour piétonniser les entrées, réaménager les lieux. Nous travaillons en écoconstruction avec les parents d’élèves et renaturons les abords des établissements scolaires. 

Quel est votre rapport personnel à la nature ?

Mes parents étaient enseignants en coopération. J’ai passé mes premières années à Bamako, au Mali, sur les bords du fleuve Niger. La nature sauvage est liée à mes souvenirs d’enfance. Je suis biologiste de formation, agrégé de Sciences et vie de la terre. J’ai étudié les plantes, les champignons, les grenouilles. Mon épouse est chercheuse en écologie. Nature, écologie, biodiversité… Tous ces sujets nous concernent au plus haut point. 

 

"Lien

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