Dans Cohabitons ! Pour une nouvelle urbanité terrestre, Michel Lussault conçoit des possibilités d’habiter autrement, en étant conscient de la nécessité d’exister avec d’autres. Son livre part du constat de l’altération et des menaces sur les conditions d’habitabilité de la planète. La première altération est apparue au moment de la Première Guerre mondiale. La seconde résulte du réchauffement climatique. La troisième est provoquée par la pandémie du Covid-19 qui a renforcé les inégalités et le sentiment d’inconfort.
Pour aborder une tentative de cohabitation, il définit l’habitat comme l’ensemble des espaces interreliés de vie d’un individu. Il s’agit de construire et de stabiliser cet habitat pour y coexister avec d’autres. L’habitabilité regrouperait, selon l’auteur, les conditions sociales, culturelles, économiques, écologiques et politiques d’une autre urbanité.
Un monde en pleine urbanisation
Dans une première partie, Michel Lussault décrit le phénomène urbain, l’urbanisation généralisée et les transformations qu’elle implique sur l’ensemble des sociétés. Il fonde son analyse en étudiant trois cas, Toronto, la Chine et Dubaï. Il décrit ensuite le phénomène de l’extractivisme qui cause de forts impacts sur la planète.
Un monde vulnérable
L’état d’urgence devient quasi permanent, explique l’auteur. Nos habitations sont de plus en plus vulnérables, sensibles aux accidents et aux incidents. Il propose ce qu’il nomme le « géo-care » telle une activité générique. Les habitants sont interdépendants et se relient entre eux. Quelles que soient leurs différences, ils partagent une même condition vulnérable affirme-t-il. Le géographe préconise alors de valoriser l’horizontalité des interrelations. Un des objectifs du « géo-care » selon lui, serait de redonner à chaque personne sa capacité de jouir de sa citoyenneté de co-habitant, apte à diagnostiquer, argumenter sa position, proposer, faire des choix, réaliser des actions et s’impliquer au bénéfice du commun. Une autre urbanité !
Les quatre vertus du « géo-care »
La première vertu serait la considération : la capacité de reconnaître en une autre personne un individu à prendre en considération. Les non-humains seraient également à considérer. Ce qui impliquerait de se penser vivant parmi les vivants.
La seconde vertu serait l’attention qui suppose la considération et réciproquement. Chaque geste au quotidien compte. Il convient, nous indique Michel Lussault, de porter attention à l’égard des vulnérabilités d’un habitat, de soi-même, des autres, des relations co-habitantes et de l’écoumène, ensemble des terres anthropisées.
Le prendre soin nécessite également de ménager, troisième vertu. Pour ce faire, le « cas par cas » et le « sur-mesure » sont à privilégier, Le géographe soulève la possibilité d’une ville plus inclusive et tournée vers les besoins des habitants, plus économe, plus écologique. Ceci passe par la volonté de rendre l’espace urbain plus accueillant.
La maintenance comme quatrième vertu consiste à réparer, réemployer, réutiliser, renouveler par la remise en état. Celle-ci implique des savoirs, des technologies, des arts de faire, personnels ou/et coopératifs, qu’on aurait appris au contact d’autres experts.
Cette philosophie invite à repenser des habitats permettant de vivre en harmonie avec les autres et d’être conscient de sa responsabilité en tant qu’habitant vis-à-vis des habitats.
Enfin, Michel Lussault entrevoit de nouvelles manières d’habiter en favorisant le coopératif, le partage des ressources, de biens, de services et d’espaces.


