La voiture s’arrêta devant la maison vers trois heures de l’après-midi. Marie coupa le moteur et resta un moment les mains sur le volant. La chaleur montait déjà du sol.
« Nous y sommes », dit-elle ravie.
Paul ne répondit pas. Il regardait la façade ocre, les volets verts, le petit jardin un peu sauvage comme il l’aimait. Exactement ce qui l’avait séduit dès la première visite.
Ils sortirent leurs bagages du coffre. Marie cherchait les clés dans son sac. Paul observait les alentours. C’était calme. Exactement comme ils l’avaient souhaité. La porte s’ouvrit sur une odeur un peu sucrée, agréable, douce. Ils l’avaient oubliée depuis qu’ils avaient signé l’acte d’achat.
« Il faut aérer », dit Marie. Elle ouvrit grand les fenêtres une à une. C’est alors qu’ils les entendirent. Un bourdonnement léger d’abord, puis plus insistant. Paul sentit la première piqûre sur sa nuque.
« Merde », dit-il en se tapant.
En quelques minutes, ils furent couverts de moustiques. Des dizaines, peut-être des centaines. Marie agitait les bras pour les écarter. Paul courait d’une pièce à l’autre en fermant les fenêtres qu’elle venait d’ouvrir.
« On s’en va », dit Marie en réaction à l’attaque. « On ne peut pas rester ici. »
Mais Paul était déjà ressorti. Il marchait vers la voiture d’un pas rapide, les mains devant le visage.
« Où tu vas ? »
« Chercher les boîtes que j’ai mises dans le coffre et dont tu trouvais qu’elles prenaient trop de place. »
Il revint 5 minutes plus tard avec deux grandes boîtes. Des pièges anti-moustiques pour le jardin, des spirales et des bombes de répulsif.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? » demanda Marie en sortant les deux belles chaises longues du fond du cellier.
« J’ai pensé qu’on pourrait en avoir besoin. Si ça marche. »
« Si quoi marche ? »
« Les pièges. »
Ils passèrent la soirée à installer les dispositifs tout autour du jardin.
« Les pièges doivent être installés tout autour et entre 5 et 10 mètres de la maison, m’a dit le vendeur. »
Puis ils attendirent. Ils renoncèrent à un apéro à l’extérieur, les bestioles se montrant affamées à un point inimaginable. Leurs premières vacances dans leur maison commençaient mal. Le soir, alors que Paul avaient insisté pour mettre en route les lampes solaires, ils ne pouvaient les apercevoir qu’à travers les carreaux.
L’eau était tiède quand Marie l’essaya vers cinq heures. Pas froide, pas chaude. Exactement ce qu’il fallait.
« Ton tour », dit-elle en s’ébrouant, les cheveux collés sur le crâne.
Paul se glissa sous le jet. L’eau coulait doucement sur ses épaules brûlées par le soleil. Il pensa qu’ils avaient peut-être de la chance, finalement.
Le lendemain matin, Paul se réveilla le premier. Il fit le tour des piège et constata avec satisfaction : vingt-trois. Dans le deuxième, trente et un. Il sourit pour la première fois depuis leur arrivée. Mais, le problème était loin d’être réglé, il a allait falloir quelques jours encore. Il allait devoir vider toutes les coupelles et autres flaques d’eau.
« Marie », dit-il doucement. « Viens voir. »
« Ça a marché ? »
« Je crois que ça commence bien. »
Ils restèrent toutefois à l’intérieur pendant les trois premiers jours lorsqu’ils n’étaient pas en balade. Ils regrettaient infiniment de ne pouvoir se poser avec un bon bouquin sur les chaises longues qui leur tendaient des bras bien confortables. Des moustiques faisaient entendre leur bzzzz.
Au troisième jour, ils prenaient leur petit-déjeuner dehors, un vrai progrès qui encouragea à installer la douche solaire.
Ils s’allongèrent prudemment, sur les chaises longues équipés d’un bon livre et d’une bombe répulsive, prêts à rentrer au premier bourdonnement. Mais rien ne vint. Le soleil était bon. Paul ferma les yeux.
« J’ai chaud », dit Marie au bout d’une heure.
La douche solaire avait-elle suffisamment chauffé? Il l’avait installé sur une palette en attendant de déterminer exactement l’endroit où ils décideraient de la sceller. Il l’avait branché au tuyau d’arrosage et l’avait laissé au soleil depuis près de 4 heure. Ça valait le coup d’essayer.
Une heure plus tard, les bestioles affamées revenaient mais bien moins nombreuses que les jours précédents.
Le soir tombait quand Marie vit s’allumer les lampes solaires dans le pot où Paul les avaient posées pour qu’elles se chargent. De petites bornes blanches qu’on pouvait planter dans la terre. Elle les répartit tout autour. Paul préparait l’apéritif. La magie commençait à jouer à plein.
Ils mangèrent dehors pour la première fois. Des tomates du jardin du voisin, du pain qu’ils avaient acheté au village. Quelques spirales sous la table et aucun moustique ne vint les déranger.
Marie posa sa main sur celle de Paul.
« Elles est chouette notre maison, non ? », dit-elle.
Paul acquiesça. Il pensait aux pièges qui leur permettaient d’être plus sûrs que jamais de l’investissement qu’ils avaient fait dans cette maison, tant sur le plan affectif que financier.
« Oui », dit-il. « Magnigfique ! »
Une chauve-souris passait au-dessus de leurs têtes, chassant les derniers moustiques de la nuit.
Ils restèrent là jusqu’à tard, dans la lueur des lampes solaires, à écouter le silence troublé par le chant des oiseaux nocturnes.
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