L’exposition Jardins au Grand Palais, il faut y courir !

 

Croisant l’histoire, l’art et la science, cette grande promenade dans le monde des plantes et des jardins séduit par son approche originale. Pendant quelques jours encore, de très  jolies surprises vous y attendent.

Le jardin a rarement eu sa place dans une exposition et pour cause ! Comment enfermer entre quatre murs ce qui par définition émane de la nature, est changeant, éphémère et se découvre en général in situ ? Le Grand Palais a relevé le défi avec brio, nous offrant cette passionnante exposition.

Quand on y réfléchit, le musée et le jardin ne sont pas si différents : ce sont, tous deux, des lieux de savoir et de plaisir ! Comme dans un jardin, on déambule, ici, très librement, sans chronologie ni discours, avec pour seul guide quelques repères thématiques. Le parcours prend parfois des allures de cabinet de curiosités; les peintures anciennes et les œuvres contemporaines y font bon ménage avec les herbiers, les vieux outils, les plans de paysagistes, les bijoux ou encore les objets à usage scientifique.

Ci-dessous, quelques oeuvres particulièrement belles ou étonnantes.

 

Fresque de la maison du Bracelet d’Or, à Pompéi , 30-35 après J.C.

Cette fresque retrouvée lors de fouilles en 1979 et magnifiquement préservée est une des plus anciennes représentations de jardin dans la peinture. Haute de 2 mètres et large de 3,50 mètres, elle ornait le salon d’une villa aristocratique et représente un jardin idéal, une sorte d’éternel printemps qui permettait de fuir la réalité… La nature y est « à la sauvage » ou organisée grâce au travail méticuleux des maîtres de l’opera toparia (art topiaire) dont on trouve trace (déjà!) dans l’œuvre de Pline. On y reconnaît différentes espèces d’oiseaux (rossignols, hérons…) et chaque plante se réfère symboliquement au culte d’un dieu ou d’une déesse : Déméter (déesse des moissons) pour le coquelicot, Apollon pour le laurier, Vénus pour la rose et l’oléandre, Cybèle pour le pin. Au milieu de la végétation, des tablettes en marbre sculptées de Ménades allongées, font référence au culte de Dionysos, le dieu du vin et de la vigne.

 

Citron de la Reine et courge bosselée, cire et cire associée au bois, XIXe et XVIIIe siècles.

Ces étranges fruit et légume font partie d’une collection de 183 modèles en cire conservés par le musée d’Histoire Naturelle de Florence. Les plus anciens parmi eux, réalisés au XVIIe siècle, sont des cadeaux envoyés à Cosme III de Médicis par le naturaliste hollandais Georg Everhard Rumph. Quant aux autres, fabriqués à Florence même, ils avaient plutôt un rôle pédagogique, visant à donner une éducation naturaliste au plus grand nombre. En Italie, dès le XIVe siècle, on a fabriqué des statues et des ex-voto en cire pour la dévotion religieuse puis cette technique fut utilisée par les scientifiques pour des cires anatomiques ou botaniques. Dans l’exposition, on trouvera nombre d’autres reproductions tout aussi spectaculaires, italiennes ou françaises, telles des Gousses de pois de senteur géantes (en papier mâché) ou encore un gigantesque Modèle de fécondation de la courge (voir photos ci-dessus). D’une précision surréaliste!

 

Échelles doubles ordinaires et brouette à coffre, bois de cormier et cuivre, premier quart du XIXe siècle.

Ces modèles réduits d’instruments agricoles font partie de la collection d’André Thoin, le fils du jardinier en chef du Jardin du Roi, qui fut aussi le premier professeur de culture et de naturalisation des végétaux au Museum national d’Histoire naturelle. Pour ses cours publics prodigués entre 1800 et 1824 (ils eurent beaucoup de succès!), il fit réaliser ces élégantes maquettes. À l’époque, l’échelle double servait à récolter les fruits des arbres des vergers et des quenouilles ainsi qu’à tailler ces dernières. La brouette à coffre, elle, s’utilisait pour les travaux de  terrassement. Non loin, est exposée la superbe collection d’outils anciens de Guillaume Pellerin qui les glana dans le monde entier. Coupe-roses français en argent, planteur d’époque romaine, brouette chinoise et sécateurs en tous genres!

 

Emile Claus, le Vieux jardinier, 1885.

Il aura fallu cet imposant et superbe portrait (il mesure plus de 2 mètres de haut) pour que la plupart d’entre nous découvre son auteur, le peintre luministe belge Emile Claus. Né dans les Flandres en 1849, celui-ci vint à Paris et après avoir découvert l’impressionnisme et fréquenté le Sidaner, participa, en 1904, à la fondation du mouvement belge Vie et Lumière. Son Vieux jardinier déchaussé, tenant sous le bras un délicat bégonia qu’il est parvenu à acclimater, montre un employé intimidé sur le point d’entrer dans la demeure de ses maîtres. On peut aussi y voir un patriarche au regard de prophète. Une figure saisissante qui redonne au travail de la terre sa valeur héroïque et universelle.

 

 

 

 

Kôichi Kurita, Soil Library/Loire, 2017

Ils sont fous ces japonais ? Depuis 1990, l’artiste Kôichi Kurita a entrepris la collection des terres de 3233 communes de son archipel. Celles-ci sont conservées sous forme d’échantillons, constituants comme une immense « bibliothèque » aux mille nuances d’ocres ou de gris. Un travail bientôt achevé et qu’il prolonge aujourd’hui par la collecte des terres des 28 départements bordant le lit de la Loire et ses affluents. Elles sont présentées ici au ras du sol, sur un plateau de 5 mètres sur 5, divisé en 400 contenants carrés. Par ce geste humble et singulier, l’artiste rend hommage à la terre, attirant notre attention sur sa valeur vitale et sa préciosité. « Cette terre que nous foulons chaque jour, sans véritablement en regarder la beauté. Terre primordiale et nourricière depuis quatre milliards d’années où germe et s’enracine la vie minérale, végétale et animale… » témoigne-t-il.

Jusqu’au 24 juillet 2017. Pour les renseignements pratiques, c’est ICI  

 

 

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