Musée de la Tulipe noire, l’histoire d’une drôle de demoiselle

 

Le musée de la Tulipe noire, à Lisse, aux Pays-Bas, raconte l’histoire de cette fleur (qui n’est jamais noire…) et symbolise le printemps. Vieux outils, vieux meubles, vases à bulbes, objets d’art… Le lieu nous a enchantés. Jusqu’au 29 avril, il présente aussi une quarantaine d’œuvres d’Anton L. Koster, le grand peintre des champs de jacinthes et de tulipes ! Rencontre avec Leo Berbee, guide au musée, ancien patron d’une entreprise de culture et d’exportation de bulbes.

 

Leo Berbee ©Valérie Collet

Hortus Focus : De quand date le musée et que présente-t-il ?

Leo Berbee : Le musée a ouvert il y a 40 ans grâce au directeur d’une grande entreprise de bulbes de notre ville qui, une fois à la retraite, a réalisé ce projet en donnant aussi toute une partie de sa collection. C’est le seul vrai musée de la tulipe en Hollande ; il se trouve au cœur de la région la plus importante pour cette culture. Tout d’abord, il raconte l’histoire de cette fleur depuis son introduction en Hollande jusqu’à aujourd’hui.

Au premier étage, on trouve tous les outils et les vieilles machines qui ont servi à sa culture jusqu’à l’arrivée de la mécanisation dans les années 60. En bas, se trouvent plutôt les objets d’art inspirés par la tulipe et les expositions temporaires.

 

Quelle est l’origine de la tulipe?

Au départ, on la trouve en Asie Centrale, au Tian Shan, au Turkménistan, en Iran, à Samarcande. Puis, la Route de la tulipe suivant plus ou moins la Route de la soie, la fleur arrive peu à peu vers l’Ouest à Constantinople, au XIe siècle. Le sultan, à l’époque, aimait bien les tulipes. Il avait nommé un jardinier à la tête de son grand jardin et aimait y planter les bulbes reçus en cadeau ; en échange de quoi il autorisait les marchands à traverser la ville pour continuer leur route.

Par la suite, la tulipe continua à tenir une grande place dans la vie et le cœur des sultans qui en offraient en cadeaux diplomatiques. C’est ainsi que Ghislain de Busbecq rapporta une corbeille de bulbes à Vienne, qu’il transmit au botaniste français Charles de l’Ecluse. Nommé directeur de l’Hortus Botanicus de Leyde, celui-ci a planté les premières tulipes en Hollande ; c’était à la fin du XVIe siècle. Rapidement, les Hollandais se sont rendu compte qu’ils pouvaient cultiver et gagner beaucoup d’argent avec la tulipe!

 

Musée de la Tulipe noire, l’exportation ©Valérie Collet

Elle est donc devenue très à la mode…

Oui, on peut même parler d’une véritable tulipomanie. En fait, il n’y avait pas beaucoup de bulbes disponibles à cette époque ; le prix s’est donc mis à grimper, entraînant une forte spéculation. En 1637, on payait 6000 florins pour une tulipe, l’équivalent de 600 000 euros, le prix d’une maison !

Comme ce qui s’est passé lors de la crise de 1929, le cours de la tulipe ensuite s’est effondré. À cause d’un virus qui, de façon inattendue, a changé la couleur de la fleur et a provoqué le doute et le rejet des acheteurs. Le premier krach boursier de l’histoire!

 

Les conditions géographiques en Hollande étaient-elles propices à cette culture?

Oui, la terre de notre région, entre Haarlem et Leyde, est très favorable. Au départ, il y avait des dunes ; la présence de sable dans notre sol donne un bon drainage et comme nous sommes près de la mer du Nord, il ne fait pas trop chaud ni trop froid, ce qui est idéal. En plus, il y a eu ici, pendant longtemps, une fabrique de briques qui a aplati le sol sur 2500 hectares. Parfait pour, par la suite, transformer le site en champs horticoles ! D’ailleurs, le musée présente en souvenir une grande pièce de cette briqueterie avec son mobilier en bois : le bureau des ingénieurs.

 

Quand a commencé l’exportation des tulipes ?

Dr. Egbertus van Slogteren ©Valérie Collet

En 1815, les premiers marchands sont partis vendre des bulbes en Amérique. Les États-Unis avaient de grands esthètes comme Rockfeller qui possédaient aussi de grands jardins. Les marchands hollandais partaient donc en bateau 5 ou 6 mois et rendaient visite à ces amateurs. Jusqu’à ce qu’en 1918, les Américains trouvent une maladie dans les bulbes venant de Hollande (les nématodes). Ils ont stoppé net l’exportation, cela a duré un an.

Le professeur Egbertus van Slogteren a finalement sauvé la situation en découvrant un traitement qui a permis au commerce de reprendre. Toute une section du musée est consacrée à l’exportation de la tulipe. On peut y voir les vieilles malles, les caisses de transport, les machines de comptage, les étiquettes et tout le matériel nécessaire à cette activité dans le passé.

 

Aujourd’hui, la Hollande vend ses bulbes dans le monde entier…

Oui et ses plus gros clients sont la Russie et la Chine. Surtout pour les fleurs coupées, car les tulipes, comme les narcisses,  peuvent rester facilement quinze jours sans eau dans un camion ou un avion réfrigéré. La Hollande vend au moins 5 milliards de fleurs par an.

 

Anton Koster, paysage ©Valérie Collet

Et la tulipe noire qui donne son nom au musée ?

En Hollande, il existe des tulipes de toutes les couleurs. Nous avons 3000 variétés, chacune apportant sa nuance, mais on cherche toujours la tulipe noire ! C’est l’idéal dont rêvent tous les hybrideurs pour les orchidées comme pour les tulipes, sans jamais vraiment la trouver. Quelques variétés s’en approchent, mais la vraie tulipe noire, ça n’existe pas !

L’exposition temporaire actuelle présente Anton Koster. Qui était-il ?

Il a été un graveur de talent, surtout dans sa jeunesse. Le musée possède de beaux exemplaires de ses œuvres sur papier. Mais parallèlement, cet artiste qui s’est formé à l’École de La Haye a aussi réalisé de nombreux paysages à l’huile ou au pastel représentant des champs de tulipes ou de jacinthes. Il vivait à Haarlem et tous les printemps, comme les impressionnistes, il installait son chevalet en plein air, au milieu des fleurs. Pendant presque quarante ans, de 1895 à 1935 à peu près, il a été le seul artiste hollandais à avoir cette spécialité!

 

Museum de Zwarte tulp (musée de la Tulipe noire) à Lisse, en Hollande-Méridionale. Pour les renseignements pratiques, cliquez ICI

Exposition Anton L. Koster : jusqu’au 29 avril. À partir du 18 mai se tiendra une exposition de dessins botaniques contemporains.

 

Juste en face du musée, le restaurant De Vier Seizoenen (les Quatre saisons) propose un menu “spécial tulipe” pour goûter la fameuse fleur à bulbe en cocktail, en pétales, en pickle, en ou en dessert (photo). Très beau et excellent!  Tél.: 00 31 252 41 80 23

Enfin, pour l’Office du tourisme des Pays-Bas, cliquez LA 

 

 

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