Lois Weinberger, quand les plantes parlent politique…

 

Lois Weinberger ©Weinberger

Né en 1947 dans une famille de paysans, en Autriche, l’artiste Lois Weinberger mêle dans son travail agriculture, botanique, réflexion sociétale et engagement politique.

Reconnu internationalement (il a participé à la Biennale de Venise en 2009)  ce “pur et dur” de l’art contemporain glorifie les laissés-pour-compte du monde végétal (“les mauvaises herbes” ou herbes indésirables éradiquées par l’homme),   imposant la notion de biodiversité face à la hiérarchisation et à la sélection des espèces.

Ses œuvres, actions et installations sont métaphoriques, poétiques, subtilement ironiques… Par extension, elles font aussi allusion à l’homme et à son histoire récente : la Shoah et son suprématisme racial, le rejet par nos sociétés des réfugiés et migrants… Dans le cadre de son exposition au FRAC, à Besançon, nous lui avons demandé d’en expliquer certaines.

 

 

Fête des arbres ©Weinberger

Fête des arbres

“Sur ces photos figure un travail vraiment ancien (il date de 1977) inspiré par une rivière qui coule dans le Tyrol. Quand elle était en crue, elle laissait toujours des sacs en plastique accrochés aux branches. Cela m’a inspiré pour ce travail que j’ai réalisé beaucoup plus haut dans les montagnes. J’ai décoré les arbres avec des plastiques, ce qui était une façon de les célébrer.

À ce moment-là, j’aidais mes parents cultivateurs. Mon souci n’était pas la protection de l’environnement, mais j’ai constaté plus tard que mon œuvre rejoignait ces préoccupations sans que ce soit une volonté affirmée (je détruis la nature comme nous tous, je ne fais pas exception !) Cette œuvre se situe dans le verger de la ferme de mes parents, une ferme d’abbaye dans le Tyrol, occupée par ma famille depuis 600 ans. Mes voisins agriculteurs n’ont pas été très convaincus par elle !”

 

 

Conquête de terrain subversive ©Valérie Collet

 

Conquête de terrain subversive

“Graphiquement, cette peinture est inspirée par les chemins que font les coléoptères xylophages dans l’écorce des arbres. Mais elle n’a pas ce sens. Ce qui m’a intéressé, c’est de les rapprocher du fonctionnement des plantes, de rapprocher les mondes végétal et animal. Quand vous regardez le dessin, vous avez une ligne principale, des branches et des sortes de bourgeons, comme pour une plante. Je dis ça, mais ça peut être complètement autre chose ! L’œuvre est ouverte.”

 

 

 

Chicorée sauvage ©Valérie Collet

 

Chicorée sauvage (cabinet métallique contenant des sachets de graines de « mauvaises herbes »)

“Comme le montre ce meuble fermé par des cadenas, je travaille beaucoup par associations. Pour m’exprimer, j’utilise la peinture, la vidéo, la photo, les jardins, les interventions dans l’espace public. J’utilise aussi les mots, les plantes, la terre, les graines…”

 

 

 

Ce qui est au-delà des plantes ©Weinberger

 

 

Ce qui est au-delà des plantes

“J’ai réalisé cette œuvre pour la Documenta X de Cassel, en 1997. Aux plantes endémiques qui étaient déjà sur cette voie ferrée, j’ai ajouté des plantes « problématiques », venant des pays “à problème” du sud et du sud-est de l’Europe. C’est une sorte de métaphore de la migration, pour montrer que ce n’est pas toujours l’Est qui regarde l’Ouest. Dans le même esprit, en 1993 à Salsbourg, j’ai ouvert l’asphalte pour laisser pousser les plantes. Il y a un sens politique et métaphorique à ces plantes rudérales, qui poussent sur des décombres ou dans des interstices, qu’on appelle mauvaises herbes et qu’on arrache.”

 

 

Sans titre ©Valérie Collet

 

Sans titre (2010)

“Le 1er mai, en Allemagne, on dresse l’arbre de mai, une coutume catholique qui existe dans tous les villages et qui, sous les nazis, était particulièrement récurrente… Je le tourne en dérision, évidemment, et l’ai couronné d’un seau en plastique. On peut le voir aussi comme un arbre chamanique ou encore une évocation des cibles à tirer dans les fêtes foraines.”

 

 

Champ de décombres (détail) ©Valérie Collet

 

Champ de décombres (ensemble de vitrines et d’objets trouvés dans le sol de la ferme familiale)

“J’ai exposé cette installation l’an dernier à la Documenta d’Athènes. En faisant des travaux dans la ferme familiale, je me suis rendu compte que son sous-sol était plein d’objets. Donc, un beau jour je me suis dit que j’allais ouvrir le plancher et sortir tout ce qu’il y avait en dessous. J’ai passé tout ça au tamis pendant 6 ans.

Pour moi, c’est important d’exhumer les choses enfouies. Le jardin, c’est ce qui est en dessous, dans le sol : les racines, les graines, le lieu du possible où tout peut advenir. Sa valeur réside aussi dans sa prédisposition à faire émerger un sens.

Beaucoup d’objets, ici, sont liés à la religion parce que cette ferme était celle d’un très grand monastère et elle logeait de nombreux pèlerins. On trouve des monnaies, des petites Vierges, des objets qui protègent du malheur, des éléments de la nature, une momie de chat dont on a cassé le cou pour faire un sacrifice lors de la construction de la maison. Ce mélange de rites païens et religieux, dans le monde rural, m’a intéressé, car il se perd aujourd’hui. Quand quelqu’un mourait, par exemple, on gardait une chaussure qu’on mettait au sous-sol ou dans les greniers en mémoire de la personne disparue; pas deux par peur qu’elle revienne !”

 

 

Voodoo fait maison V ©Valérie Collet

Voodoo fait maison

“Plusieurs œuvres sont sur ce thème. D’une part des photos d’un happening avec une vessede-loup dont les spores laissent échapper leur poussière devant le visage d’un homme. Dans Voodoo fait maison V, on voit le saint esprit que les paysans suspendaient au-dessus de leurs lits : une pomme de terre avec des plumes de poule attachées avec un crin de cheval. On disait que tant que le crin, le lit et le sol bougeaient, les paysans étaient bien vivants et leur descendance était assurée…”

 

Wild cube ©Weinberger

 

 

 

Wild cube 

“C’est un espace de protection de la nature, une maison sans frontière. Je n’y ai rien semé ; elle laisse pousser ce qui veut pousser, car pour moi, il n’y a pas de mauvaise herbe, pas d’herbe indésirable. 

Je viens de faire un Cube sauvage pour Besançon; il en existe deux autres à Innsbruck et à Vienne et dans certaines, des arbres ont poussé. “

 

 

Exposition « Lois Weinberger, l’envers du paysage », au FRAC (Fond Régional d’Art Contemporain) de Franche-Comté, à Besançon. Jusqu’au 30 septembre. Pour les renseignements pratiques, cliquez ICI

 

 

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