Le 10 years challenge, vous connaissez sûrement, non ? Si vous fréquentez les réseaux sociaux, vous pouvez difficilement être passé à côté de ce « jeu » consistant à proposer deux photos de soi à 10 ans d’intervalle.

Outre les dangers de récupération d’informations biométriques et de mise à jour des logiciels de reconnaissance faciale(1), ce jeu est, comme tout ce qui ne sert à rien sur les réseaux sociaux, un moyen supplémentaire de créer du contenu, de l’information à destination des annonceurs publicitaires et, par conséquent, contribue au désastre environnemental constitué par le fonctionnement des data centers(2), ces grosses machines très gourmandes en énergie qui mémorisent les données virtuelles et les redistribuent partout sur la planète.

Mais il n’est pas ici question de se mettre à critiquer internet, où vous êtes probablement en train de me lire. Il s’avère que, peut-être à cause de l’absurdité de cette nouvelle folie contagieuse mondiale, les organisations écologistes et autres acteurs ou spectateurs de l’Environnement n’ont pu s’empêcher de réagir vivement, en proposant à cette occasion une virulente série d’images s’attaquant sans concession au réchauffement climatique, à l’urbanisation, à la déforestation avec une efficacité terrifiante. De différentes manières, parfois avec un humour très noir, ils démontrent l’ampleur de l’érosion de la biodiversité, la disparition des banquises, et toute une collection de comparaisons plus ou moins affreuses qu’il est possible de faire sur ces dix dernières années.

La nature et vous

Or, s’il est plus que nécessaire de dénoncer et montrer le cynisme de notre société consumériste et ses effets directs et indirects aujourd’hui très palpables, il est aussi très important de rappeler combien 10 ans, c’est aussi une période de temps durant laquelle la nature peut considérablement se renforcer, si peu qu’on lui en laisse la place et le loisir !

  • En 10 ans, en ne faisant rien, vous pouvez transformer un fond de jardin lointain en un sanctuaire boisé pour la faune.
  • En 10 ans, sans lever le petit doigt, vous pouvez voir une friche industrielle devenir une réserve naturelle ; et en intervenant à peine vous pouvez facilement en faire un parc urbain où l’on cultive fruits et légumes. Demandez aux habitants de Détroit, Illinois, ce qui s’est passé depuis la crise de 2008 sur le territoire de la ville(3).
  • En 10 ans, vous pouvez transformer une parcelle agricole « conventionnelle » (c’est le mot qu’il est d’usage d’employer pour signifier qu’on y emploie des méthodes encore très empruntes de chimie) en une parcelle bio ; vous pouvez cesser de produire des étendues infinies de céréales pour commencer à y implanter des arbres (noyers, châtaigniers, cultures fruitières…), des haies pour aider à la fixation des sols et à la pénétration de l’eau, à lutter contre le vent mauvais et aider à la continuité écologique (4), ou encore cesser d’y déverser des produits chimiques mauvais pour vous, nous, la planète.
    Le plus amusant, c’est que presque toutes les régions françaises subventionnent l’implantation de vergers conservatoires et de haies. 
  • En somme, en 10 ans, vous pouvez réellement agir pour l’environnement sans que cela vous use. 

Vous en doutez encore, de cette capacité de la végétation à reprendre une place importante dans l’espace qu’on occupe, nous, les grands primates motorisés ultraconnectés ? Alors, regardez les quelques exemples concrets qui suivent.

Tout est utile, y compris l’inaction

Le discours majoritaire en écologie consiste à alerter contre les catastrophes écologiques qui se manifestent un peu partout. Un discours qui semble malheureusement n’avoir qu’un effet très faible sur les décideurs et une bonne partie de l’opinion publique, sinon stimuler la peur et l’aquoibonisme qui permet de justifier le maintien de mauvaises pratiques ou politiques.

Mais voyez plutôt ce qui se passe en 10 ans pour une parcelle agricole qu’on laisse livrée à elle-même (au centre de chaque photo).

Cette petite bande de terre est désormais un bosquet riche de plusieurs essences d’arbres, intégrant les fruitiers issus de la parcelle voisine.
Vous vous interrogez sur l’utilité d’une telle évolution, et vous faites bien de le faire. Cette bande de taillis arboré, c’est (dans le désordre, et sans exhaustivité) :

  • Un couloir de circulation pour les animaux nécessitant des arbres pour se déplacer, se percher, nicher ou se nourrir. 
  • Une zone d’ombre en été, où le sol chauffera moins, avec des arbres qui capteront  l’eau de la brume ou de la rosée pour maintenir une hygrométrie meilleure à leurs pieds, condenseront l’eau atmosphérique pour la faire choir à leurs pieds quand il n’y en a pas ailleurs. 
  • Une ressource potentielle de bois, de BRF (bois raméal fragmenté, très prisé dans l’agriculture de transition), de fruits frais ou à coque, peut-être même de champignons.
  • Un puits à Carbone, le CO2 étant utilisé par les arbres pour générer leurs tissus.
  • Un coupe-vent derrière lequel les cultures souffriront moins des hivers rigoureux ou des étés trop secs.
  • Un paysage agrémenté par de beaux volumes, des couleurs, au lieu de plaines désolées.
  • Une intense stimulation de la vie du sol, et de la pénétration de l’eau.
  • La fixation de l’humus, plutôt que son exportation lors des épisodes de pluie. 
  • Un terrain de jeu et d’apprentissage.
  • Un refuge pour le gibier.
  • Une réserve naturelle potentielle.

L’exemple de mes propres terrains

La Louptière et Le Flérial sont deux sites distants de 200m. J’ai laissé le premier libre de toute intervention, tandis que j’ai géré le second à minima pour en faire un jardin paysager et pédagogique expérimental, où j’interviens beaucoup, beaucoup moins qu’on ne le fait habituellement dans un jardin classique.

©E. Lenoir

©E. Lenoir

En 2011, ces deux terrains étaient pour ainsi dire nus, abandonnés à la suite de la fin de leur exploitation agricole. 

©E. Lenoir

Voilà ce qu’est devenue La Louptière en 7 ans. L’intégralité du boisement clair que l’on voit derrière les grands peupliers a précisément cet âge, et rien n’y a été planté par la main de l’homme (ni celle d’une femme d’ailleurs). Là se sont développés à une vitesse incroyable bouleaux et saules, qui désormais font déjà de l’ombre aux premiers jeunes chênes, charmes et autres essences « nobles » qui formeront dans quelques années le couvert dominant.

Il est souvent difficile de faire admettre à ceux qui n’en ont pas l’expérience la folle vitesse à laquelle les végétaux pionniers peuvent s’implanter sur un site qui leur est rendu propice par l’absence de concurrence. Pourtant, les preuves sont là. Et ces centaines de saules sont de surcroît une aubaine pour les butineurs, abeilles en tête, qui y trouvent une manne abondante très tôt à la fin de l’hiver, accélérant de 15 jours la production de miel par rapport aux ruchers situés en plaine agricole. 

©E. Lenoir

Au sol, le Flérial est devenu ceci en 7 ans. Pas partout, certes, puisque j’empêche que cela arrive, mais partout où je laisse les arbres réapparaître ou pousser si je les ai plantés, minuscules de préférence pour améliorer leur reprise sans arrosage ni soins d’aucune sorte.

Le réensauvagement des friches industrielles

Ce genre de phénomène de réensauvagement est aussi observable sur les friches industrielles, tels ces anciens bassins de décantation de sucrerie, où une végétation fournie propice à l’avifaune (les oiseaux) s’est d’ores et déjà développée avant même que le site soit optimisé pour le permettre, et en faciliter l’accès au public pour des visites pédagogiques.

Challenge écologique 2003

2003, encore en exploitation ©Eric Lenoir

Challenge écologique 2009

2009, après la fin de l’exploitation ©E. Lenoir

Challenge écologique 2011

Une idée du site en 2011 ©E. Lenoir

©E. Lenoir

2017

Note : inversement, il y a des secteurs où la disparition de l’agriculture d’élevage pose problème, car elle implique la disparition concomitante des précieuses prairies à la faveur des uniques taillis et bois. En Sologne, par exemple, pour éviter que le milieu se referme en n’étant plus que forestier , on emploie les moutons pour maintenir les landes à bruyère, si utiles pour les abeilles… et les apiculteurs. 

Voilà, donc, ce qui se passe en ne faisant rien. Mais on peut aussi faire quelque chose !

De l’action !

Challenge écologique : Jardins permacoles dans les anciens murs à pêche à Montreuil

Jardins permacoles dans les anciens murs à pêche à Montreuil, 93, partagés par plusieurs associations. ©E. Lenoir

  • En 10 ans, on peut facilement lancer une production locale de fruits sur un terrain vague, créer une association qui va réhabiliter un site meurtri ou mettre en place un programme pédagogique avec des scolaires. 
  • En 10 ans, on peut déjà voir le résultat de son travail de jardinier ou d’écologue. Ainsi, les nombreuses haies plantées en collaboration avec les agriculteurs par les planteurs volontaires (pour ne citer qu’eux) depuis 10 ans sont déjà à un stade suffisant pour servir de corridor écologique, de frein à l’érosion et de coupe-vent, quand bien même elles ne remplissent pas encore toutes les fonctionnalités écologiques de haies matures. Elles sont là, elles existent, et leur présence est bien plus un atout que leur absence ! 
  • En 10 ans, on remplace une partie des protéines de notre alimentation issues des céréales pour les prendre chez des légumineuses.
    On remplace le sucre des betteraves par celui des fruits et par le miel, une partie de l’huile de plantes de plein champ (colza, tournesol…) par celle issue des fruits à coques.
    On remplace la télé par le chant des oiseaux ou des rivières, le souffle du vent dans les branches. 
    On remplace les glissements de terrain par des bois et des haies, la sécheresse par des forêts qui captent l’eau du ciel. 
    On stocke le Carbone là où la nature a prévu de le stocker.
  • Savez-vous combien de variétés de petits fruits peuvent être déjà largement productives au bout de seulement 3 ans ? Des tas ! Groseilles, cassis, framboises, arbouses, amélanches, aronias, goji, et tant d’autres ne demandent qu’à être plantés pour vous nourrir bien moins de 10 ans plus tard. Avez-vous déjà vu la taille d’un noyer de 10 ans issu d’une simple noix ? Avez-vous déjà mangé les pêches d’un pêcher « de vigne » de dix ans issu d’un noyau négligemment jeté dans le jardin ?
  • Le réchauffement climatique guette ? Alors c’est maintenant qu’il faut commencer à planter figuiers, oliviers, grenadiers un peu plus au Nord pour assurer la transition, c’est maintenant qu’il faut penser aux micocouliers à Amiens, aux Feijoas à Angers et aux arbres aux fraises à Auxerre (non, je ne fais pas de fixation sur les villes en « A »). Le 10 years challenge, c’est bien, mais le #10yearsecologicchallenge c’est quand même autrement mieux ! 10 ans à ne pas perdre pour commencer dès maintenant ce qui peut l’être ou protéger ce qui le doit, comme le fait par exemple l’ASPAS en achetant des terres uniquement pour en créer des réserves naturelles sanctuarisées(5) ou des particuliers dans le monde entier qui replantent parfois des territoires immenses juste pour réparer les erreurs de la surexploitation des terres ou initier un changement positif (6) (7).

En 10 ans, on fait énormément, que ce soit en ne faisant rien ou en étant actif, pourvu que ce soit en faveur de la nature, de la transition agronomique ou de la beauté du paysage, l’ensemble étant un facteur phénoménal de lutte contre le réchauffement climatique.

Alors ? Vous êtes motivés pour commencer ? Parce que c’est ça, le secret : il suffit juste, tout simplement, de commencer. Il n’y a pas plus facile, en fait. 

 

  1. Sud Radio : l’inquiétude des experts
  2. Imaginer Demain
  3. Detroit, laboratoire du monde d’après
  4. En faveur des haies
  5. Re-ensauvageons la France
  6. Sebastiao Salgado : le reboisement eu Brésil
  7. En Inde, cet homme plante des arbres depuis ses 16 ans pour sauver son île 

 

"Lien

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