Cultiver et travailler l’osier, à Vallabrègues…

Le village de Vallabrègues en terre d’Argence, dans le Gard, comptait près de 600 vanniers en 1900. Daniel Benibghi est aujourd’hui le dernier à y avoir son atelier et son oseraie. Son habileté est sans limites et il a fabriqué des objets pour les plus grands noms de la mode. Nous nous sommes rendus sur cette jolie terre, aux portes de la Provence, et l’avons rencontré.

 

osier - Daniel BenibghiDepuis quand êtes-vous vannier, c’est une tradition familiale ?

Daniel Benibghi : Je fais ce métier depuis 30 ans. Je l’ai pratiqué 15 ans dans mon département d’origine, l’Isère, et 15 ans à Vallabrègues. En fait, j’y suis arrivé par accident. Avant, j’étais dans l’industrie, mais comme ça ne me convenait pas vraiment, j’ai cherché autre chose ce qui m’a amené à être vannier.

Vous cultivez aussi votre osier…

Oui. C’est la meilleure solution pour qu’il soit de qualité. Mon oseraie se trouve sur l’emplacement d’un lotissement, sur un ancien bras du Rhône nommé “la brassière du Rhône”. En 2003, à cause des inondations, certains terrains n’ont plus été constructibles. On m’a alors cédé une parcelle. La terre est très riche en limon et l’eau se trouve 2,50 mètres en dessous, les conditions idéales pour cette culture. Au total, j’ai 1000 m2 qui me donnent une tonne d’osier.

Quelles sont les différentes variétés ?

En fait, l’osier c’est du saule. La première variété, c’est Salix fragilis, un osier assez grand, avec de grosses feuilles et qui est assez souple. Une fois épluché, il fera de l’osier blanc. Ensuite, on a Salix purpurea x daphnoides, un osier qui pousse long et très fin. On l’utilise en osier brut, car quand il est sec il a une jolie couleur noir verdâtre. Le troisième, S. purpurea var. helix, peut pousser assez long, avec une tige régulière. C’est important pour le travailler. Son écorce devient vert clair ; elle est très, très belle.

 

Purpurea elix

Salix purpurea helix ©Valérie Collet

Comment se cultive-t-il ?

On prépare le terrain en le labourant à la machine. Puis, pendant l’hiver, on tire des cordeaux espacés de 80 cm le long desquels on plante des boutures à 20 cm les unes des autres. Elles sont faites à partir de morceaux de branches qu’on enterre complètement. La récolte se fait après la première gelée, chez nous en janvier. On constitue des bottes de branches de différentes longueurs, de 1 m à 2,60  m ou plus.

Ensuite, soit je les garde comme osier brut, avec leur écorce, pour certaines variétés foncées. Soit je les mets dans un bassin, les pieds dans l’eau. L’osier va alors monter en sève jusqu’au mois de mai. À ce moment-là, la peau se décolle plus facilement donc je l’épluche, ce qui me donne l’osier blanc. Je le rince et je le fais sécher une après-midi au soleil ou, si je peux, plus longtemps au grenier où il murit et améliore sa qualité.

Quels sont les principaux ennemis de l’osier ?

Il peut souffrir du mildiou. Il peut aussi être attaqué par des insectes comme les chrysomèles, les mêmes que celles du peuplier. Mais moi j’ai un peu de chance ici, je ne suis pas trop agressé. Je ne mets jamais de produit phytosanitaire. Si je vois des chrysomèles au printemps, je passe avec mon petit panier et je les ramasse. Puis je les détruis, mais sans produit.

 

Osier - vanneries, l'Oseraie

Vanneries, l’Oseraie ©Valérie Collet

Comment travaillez-vous ce matériau ? Avez-vous des outils spéciaux?

Comme avant j’étais métallier, j’ai la chance de pouvoir fabriquer certains de mes outils. Mais d’autres sont plus anciens. J’ai la batte d’un vannier vallabréguant qui a au moins 200 ans. L’épluchoir, lui, a plus évolué en un sécateur moderne. J’ai un poinçon emprunté au métier du cuir, des gabarits. En tout, j’ai à peu près une dizaine d’outils.

Quels types d’objets faites-vous ?

En fait, je fais tout ! Comme tous les vanniers, je peux faire des paniers ordinaires qui servent pour ramasser des fruits, des champignons, des paniers pour transporter le linge, des hottes, etc. Mais je peux aussi aller au-delà. Si on me demande un canapé, je fais un canapé. Si on me demande une tête de taureau, je fais une tête de taureau. Une cigale, je fais une cigale. Une gondole de Venise je fais une gondole de Venise ! J’ai réalisé toutes sortes d’objets comme une brouette, des chars pour fêtes locales, un flamand rose, la croix de Camargue, des croix chrétiennes, des étoiles de David…

 

Quel est celui dont vous êtes le plus fier ?

Tarasque

Tarasque réalisée pour Christian Lacroix ©DR

C’est une tarasque, le dragon de Tarascon dessiné et revisité par Christian Lacroix. Il l’avait baptisé « dragosier ». Il fait 3 m de long et a été assez difficile à réaliser. J’ai aussi fabriqué une banquette de voiture, une cellule de camping-car. J’ai fait une anse de sac en forme de tête africaine pour Schiaparelli. À l’occasion je me fais aussi modiste pour mules… Un de ces animaux ayant attrapé une insolation, on m’a demandé, un jour, de fabriquer des chapeaux de soleil pour plusieurs d’entre elles ! Si vous allez au château de Tarascon, vous verrez pas mal de mes œuvres dans une salle .

 

Comme on le voit au musée de la Vannerie, à Vallabrègues, les artisans de l’osier étaient près de 600, en 1900, dans ce village. Combien êtes-vous aujourd’hui ?

Je suis le seul vannier et peut-être le dernier. Car je ne sais pas si derrière moi il y en aura un. Je ne forme personne, je n’en ai pas les moyens. L’École Nationale d’osiériculture et de vannerie de Haute-Marne se charge de cela. En fait, on a rarement la vocation quand on a 13-14 ans. C’est un métier qu’on découvre souvent plus tard, lors d’une Fête de la vannerie ou autre. Mais nombreux sont ceux qui font la formation et le stage puis abandonnent finalement. Car c’est difficile de vivre de ce métier. Ceux qui gagnent le moins se feront 300 € par mois, et dans le meilleur des cas, on atteint difficilement les 1000 euros. Il faut être très performant et ne refuser aucune commande. Mon professeur disait « C’est pas parce que vous ne l’avez pas fait avec moi, dans l’atelier, que vous ne savez pas le faire ! »

osier - coulobre

 

L’Oseraie, 6 rue Carnot, 30300 Vallabrègues. Tél : 04 66 59 18 70. Pour tous les renseignements, c’est ICI.

À découvrir aussi : le charmant petit musée de la Vannerie et de l’artisanat de Vallabrègues (en photo: la fameuse coulobre). Pour tout renseignement, cliquez ICI

Pour en savoir plus sur la Terre d’Argence, cliquez

 

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