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Sans transition… passons à autre chose !

Transition écologique

La transition, sujet récurrent dans les discours politiques, les pages des journaux, le discours ambiant. Le climat se dérègle, on nous annonce le temps d’Alger à Lyon pour 2050. Partout sur la planète, le niveau de la mer a augmenté plus rapidement ces 100 dernières années que pendant les 6 000 années précédentes, ce qui ne manquera pas d’avoir des répercussions sur toutes les zones côtières du monde. [Copernicus Marine Service (CMEMS) rapport publié le 7 juin]. Partout en France les arbres crient – des chercheurs l’ont prouvé – leur soif avant de mourir.

Si certains peinent à prendre en compte les éléments alarmants qui se succèdent, d’autres cherchent à entrer dans une vie plus “vertueuse” au sens de son empreinte sur le vivant. Et parmi ceux-là, certains souhaitent être accompagnés dans cette transition.

À Lyon, nous avons rencontré Martin Durigneux.

Martin préside depuis plusieurs années une association, Anciela, une association indépendante qui suscite, encourage et accompagne les engagements et les initiatives citoyennes en faveur d’une société écologique et solidaire, à Lyon et ses alentours. 

Plus écolo, plus solidaire, plus humain

L’institut des Transitions a été créé à partir de l’expérience de cette association dans laquelle nous accompagnons des personnes qui décident de monter des projets associatifs ou entrepreneuriaux en faveur de la transition écologique et solidaire.

Dans ce cadre-là, nous croisions des personnes énergiques dotées d’une forte envie d’agir et d’évoluer dans leur vie professionnelle. Ils cherchaient un lieu qui les accompagne dans la mise en œuvre de leurs compétences au service de la transition. C’est dans cet esprit que nous avons créé cet institut avec un premier programme qui s’appelle Nouvelle voie.

Nouvelle voie accompagne des personnes qui ont entre 28 et 56 ans, pour la plus âgée en ce moment. Elles s’interrogent sur la manière de mettre leurs compétences au service d’une société plus écologique, plus solidaire, plus humaine.

Martin Durigneux - Institut des transitions
Martin Durigneux ©Dimitri Kalioris
Transition
©invincible_bulldog

L’autonomie comme objectif

Nos stagiaires se conduisent d’une certaine façon eux-mêmes. Notre mot d’ordre c’est de former les artisans de la transition. Ces personnes vont fabriquer leur métier. Elles vont inventer leur place dans des associations, des entreprises ou des institutions où aujourd’hui la transition est en train de bouillonner. Il existe des structures particulièrement porteuses de transition écologique et solidaire qui cherchent des personnes capables de bidouiller, de bricoler et ensuite de fabriquer de nouveaux métiers, des nouvelles pratiques. Car ils sont ceux qui fabriqueront la société écologique et solidaire de demain.

Chacun, à travers un mémoire de recherche, à travers des missions de terrain, se forge son expérience, son expertise, ses savoir-faire pour être vraiment utile à différents endroits.

transition

Des projets très divers

Les projets sont aussi différents que l’impose la transition globale, dans tous les domaines. Des passionnés des semences traditionnelles côtoient et échangent avec des passionnés de logistique en circuit court ou de réemploi de matériaux de secondes mains. La transition se conduira tant dans le vivant, le végétal et l’alimentation que dans l’énergie, le transport, l’architecture, la mode… et les modes de vie !

Quelques exemples de recherche de transition

Boris, est un ancien marketeur. Il s’est plongé dans les semences paysannes traditionnelles pour voir on peut mettre en lumière cet enjeu décisif pour notre alimentation que sont les semences anciennes et traditionnelles. Parmi les pistes : nos lieux de consommation ou nos médiathèques. Lorsqu’il est arrivé, nous n’avions aucun préjugé sur ce vers quoi le mènerait précisément l’accompagnement. C’est en avançant dans le projet que l’avenir se dessine et c’est à lui de choisir la direction. Il pourra investir un réseau de médiathèques pour construire des grainothèques. Mais il sera susceptible de pousser son projet vers l’accompagnement de supermarchés bio, éthiques et écolos pour l’amener à choisir des variétés traditionnelles et à les mettre en lumière dans leurs étals. Enfin, il peut aussi orienter sa recherche vers l’accompagnement d’agriculteurs sur l’enjeu des semences traditionnelles et anciennes dans leurs productions.

Sur la logistique, c’est Nicolas qui est un ancien de Danone et qui travaille aujourd’hui sur les logiques de circuits courts pour tricoter efficacité, convivialité et humanité.

O déchets en transition
©Irina_Strelnikova

Et, on peut aussi citer sur les enjeux de zéro déchet et de réemploi, les enjeux de consigne avec Isabelle et Laurence. L’une est une ingénieure des Ponts et Chaussées et l’autre était ancienne directrice RSE d’un groupe agroalimentaire. Elles conçoivent un système de consigne des emballages agroalimentaires à destination des professionnels de la restauration.

L’enseignement à l’Institut des Transitions

transitionIl se déroule de septembre à septembre avec une concentration des temps de formation en début d’année et des temps de missions en fin d’année.
Pour le mémoire, nous nous installons dans une perspective de progression.
Et en fin de cycle, nous développons un accompagnement au tremplin vers une nouvelle vie professionnelle . Pour certains, ils ont trouvé alors que le programme n’est pas terminé alors que pour d’autres, il faudra peut-être un peu plus de temps.

Chacun doit néanmoins se fabriquer ses opportunités. Notre rôle est de les accompagner, les outiller, les aiguiller et les orienter. Nous les mettons en lien avec tout l’écosystème avec lequel on collabore sur Lyon et ses alentours.

Une centaine de partenaires, des entreprises, des associations ou des institutions publiques comme la Métropole font partie de nos partenaires habituels et traditionnels. L’écosystème dans ce domaine est particulièrement fourmillant à Lyon.

En pratique, notre programme Nouvelle voie repose sur trois piliers.

Le premier pilier correspond aux cours.

transition200 heures de formation sont prévues pour ouvrir les possibles, apporter des contenus scientifiques et théoriques qui nourrissent les apprenants en transition.

Ils découvrent l’ampleur des enjeux de transition, bien plus vastes et importants que ce qu’ils imaginaient à l’origine.

Lorsqu’ils commencent, ils ont plein d’idées un peu sur tous les sujets. Notre rôle est de leur fournir une architecture solide et des connaissances. Nous les aidons à hiérarchiser les priorités en termes d’impact écologique et social.

120 heures dédiées à la compréhension des fondamentaux de la transition

  • Histoire économique et sociale
  • Économie Sociale et Solidaire
  • Économie de la transition
  • Philosophie de la transition
  • Grands enjeux écologiques
  • Grands enjeux de la solidarité
  • Alternatives écologiques et sociales
  • Politiques publiques de transition…

Le deuxième pilier, c’est l’expérimentation.

transitionLes stagiaires exercent des missions de terrain auprès de plusieurs associations, entreprises ou institutions publiques. Ils sont là pour les aider à avancer sur des défis qu’elles rencontrent en lien avec la transition écologique et solidaire. Ça leur permet de réaliser où sont les freins, quels sont les leviers d’action ou de sensibilisation et comment être efficace.

80 heures dédiées à des compétences transversales utiles sur le terrain 

  • Provoquer et accompagner le changement
  • Animer des temps d’échange participatifs
  • Mobiliser et animer une équipe
  • Communiquer autour d’un projet ou d’une idée
  • Agir avec les institutions publiques
  • Prendre la parole en public
  • Dialoguer avec les médias
  • Monter un projet de transition
  • Diagnostiquer les impacts écologiques d’une organisation

Le mémoire de recherche est le troisième pilier.

transitionC’est au cœur de Nouvelle voie. Ils travaillent sur le sujet qui leur tient à cœur et qui est l’objet de leur projet de transition. C’est une recherche à la fois personnelle, professionnelle et technique qui a 3 vocations fondamentales :

  • Creuser en soi-même en se confrontant à un exercice individuel, inscrit dans la durée, qui amène à se construire un avis, une vision, des idées personnelles et à les formuler pour les partager.
  • Partir à la rencontre du terrain, des acteurs locaux et ainsi mieux les connaître et les comprendre, et créer un lien fertile avec chacun d’eux pour ouvrir de potentielles opportunités professionnelles.
  • Se créer de nouveaux savoirs et de nouvelles compétences utiles dans son évolution, et pouvoir les partager avec la société à travers différents médias et différentes actions.

Je les accompagne aux côtés des experts du sujet sur lequel ils planchent.

En parallèle, un séminaire de recherche est organisé avec d’autres camarades de leur promotion qui travaillent sur des sujets assez proches.

Les différents séminaires sont cette année :

  • Zéro déchet, réemploi, écoconception
  • Agriculture, alimentation nature en ville
  • Amener les évolutions d’organisations et de personnes

30 heures dédiées au parcours d’évolution professionnelle

  • Connaissance de soi
  • Confiance en soi et légitimité à agir
  • Définition de ses choix d’orientation et d’action Capacité d’évolution face aux situations d’échec
  • Définition de son projet professionnel
  • Construction de son réseau professionnel…

Une dynamique renouvelée par la pandémie

La pandémie a fait réfléchir récemment, mais le mouvement est plus ancien. On ne peut pas parler seulement d’un engouement d’opportunité.

Ce qui est notable, c’est que chaque mouvement de la société nous est perceptible. Le confinement a généré une vague très forte autour des enjeux d’alimentation et de nature en ville. Auparavant, les projets portaient majoritairement sur le zéro déchet et le réemploi. Encore avant, suite à la prise de parole de Greta Thunberg, le climat et les enjeux d’adaptation au changement climatique ont été au cœur des préoccupations. En ce moment, on voit une vague certainement liée au #meetoo, plutôt dans le champ solidaire, autour des enjeux d’égalité femmes/hommes et les discriminations de genre sur lesquels on voit des initiatives naitre et grandir.

Vague de transition

Chaque semaine, 10 nouvelles demandes d’accompagnement

10 nouvelles initiatives sont en train de se monter de l’épicerie zéro déchet à la recyclerie BTP ou le jardin participatif. La permaculture et beaucoup d’autres initiatives très très chouettes sont en train de naitre.

À mon avis, sur Lyon, il y a un écosystème qui est particulièrement fertile et dynamique. J’espère qu’il est aussi fertile et fort dans les autres villes parce que la transition écologique ne va pas se gagner sur Lyon et ses alentours, mais à travers le monde. Et nous, on est toujours très heureux de pouvoir partager ce qu’on vit sur Lyon et de parler à d’autres militants qui agissent ailleurs. Il y en a des actions formidables à Agen, il y en a à Nantes, à Paris évidemment, à Marseille.

Et nous, on s’inspire aussi de tout ce qui se fait différemment, dans des contextes différents parce que les contextes lyonnais, marseillais ou nantais ne sont pas vraiment les mêmes.

Une tendance profonde

Transition en ville
©Isabelle Vauconsant

C’est à mon avis une tendance qui est très profonde, indépendamment de la période du confinement. Bien sûr, cela a sans doute permis une éclosion d’un certain nombre d’envies et de projets plus ou moins désorganisés.

En revanche, il y a une tendance forte de longue date qui autrefois était sur le retour à la nature. Aujourd’hui, l’enjeu de la nature dans les territoires urbains est au centre des réflexions, d’autant que ces territoires urbains se densifient. En tout cas pour Lyon, car moi je suis originaire d’Angers.

J’ai découvert Lyon, il y a plusieurs années. En arrivant, j’ai pensé, c’est terrible tout est minéral avec quatre fleurs qui me semblent assez éloignées de la réalité.
J’avais bossé sur le plan de biodiversité d’Angers en tant que stagiaire. À Angers, il y a des carrefours qui ressemblent à des forêts.
À Lyon, on a des parcs aux extrémités de la ville. Et ils ressemblent à des forêts. Mais je crois que dans de grandes villes comme Lyon, il est fondamental de réintégrer la vie végétale et animale. C’est une demande qui s’exprime de plus en plus clairement.

On a, dans notre écosystème de la transition, des personnes que nous avons accompagnées. Et désormais, ils accueillent nos stagiaires.

  • des jardiniers en permaculture,
  • des jardiniers participatifs qui jardinent avec les habitants,
  • les jardins partagés,
  • une bergerie urbaine qui pratique l’écopastoralisme

et plein d’autres petites initiatives dont les métiers sont en train de s’inventer. C’est grisant !

Notre rêve à Anciela et à l’Institut des transitions, c’est d’avoir des fleuristes qui se transforment progressivement en pépinières urbaines.

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