S’éveiller au vivant, ensemble, avec douceur, en réfléchissant autant qu’en accomplissant, l’association Le Champ des possibles le propose à ses adhérents depuis 2013.

Depuis, le Champ des possibles s’est installé aux Bruyères !
Hortus Focus : quelle est la mission du Champ des possibles ?
Karen : C’est de faire la promotion de l’agriculture et de l’agroécologie en ville et d’entraîner les citoyens à réfléchir sur leur alimentation. D’où ça vient, comment on se saisit de ce sujet-là, parce que ça nous concerne directement ; c’est notre corps, c’est notre vie. Et à partir de là, comment on remet les mains dans la terre et les pieds dans la cuisine, tout simplement.
Hortus Focus : Quelle est ta définition de l’agro écologie ?
Karen : L’agroécologie pour moi, qui ne suis pas agronome, c’est une façon de refaire avec la terre. Non seulement de la préserver mais de faire en sorte qu’elle reste un système vivant. Le mot clé pour moi, c’est le vivant. Nous sommes des êtres vivants. La terre est un milieu vivant et si on crée de bonnes relations, ça devrait bien se passer !
Semer des petites graines dans les têtes et avec les mains
Karen : Ici, le jeudi matin, nous sommes là pour recevoir tous ceux qui le veulent, une fois, une fois de temps en temps ou assidûment toutes les semaines. On est là pour jardiner ensemble. Dès qu’il fait beau, nous déjeunons ensemble avec ce que chacun a cuisiné et apporté. Nous réfléchissons ensemble, à égalité car il n’y a pas d’expert. Beaucoup de nos visiteurs arrivent avec des questionnements au sujet de leur orientation professionnelle. Et certains veulent se réorienter dans le vivant.

Nous constatons souvent de grosses prises de conscience des mamans. Elles donnent en toute bonne foi des aliments à leurs enfants depuis des
Certains nous font des retours sur leur formation et s’investissent dans leur quartier.
La pandémie actuelle, l’évidence
Karen : Depuis le Covid, ce que nous énonçons est définitivement admis. Qu’il s’agisse de biodiversité, d’agriculture urbaine, de transition alimentaire, c’est une évidence. En 2013, ça ne l’était pas. Maintenant, c’est bon. Les questions d’alimentation deviennent prépondérantes dans tous les milieux.
Notre espace est gratifiant car chacun se retrouve en puissance de faire. Certains enfants ou ados, la première fois, n’osent même pas toucher une fleur, une feuille, la terre. Tout le monde se pense très connecté, c’est ce qu’on entend partout. En réalité, on est très déconnecté du réel et de la nature. Parfois, nous craignons de proposer des choses trop simples à faire, mais c’est ce que les gens recherchent et c’est bénéfique.
Des jardins partagés
Nous en avons accompagné environ 6 sur les deux dernières années dans des quartiers en pied d’immeuble. Ce peut être aussi des jardins privés dont les propriétaires mettent leur parcelle en partage. Nous les aidons à développer leur démarche collective. Nous réfléchissons à leurs côtés pour savoir ce qu’ils veulent faire de l’espace ; comment s’organiser ensemble au-delà des techniques de culture.
Notre objectif, c’est toujours l’autonomie. La technicité est importante, mais aussi apprendre ensemble. On explique qu’on ne peut pas tout réussir la première saison, qu’on réussira l’année suivante. On les conduit à rentrer dans une pratique réjouissante, vertueuse, avec des déboires, à se construire autour de cette pratique en tant que groupe autant qu’en tant qu’individu.
Il était une fois le Champ des possibles
Karen : J’ai toujours voulu travailler avec des valeurs qui me correspondaient et j’ai commencé en ONG. Mais j’avais envie de me rapprocher de l’agriculture lorsque j’ai entendu parler d’un projet qui se montait. Comme je me posais plein de questions sur mon avenir professionnel, j’ai contacté ces gens et je me suis engouffrée dans ce projet, avec rien. J’ai embarqué plein de gens, beaucoup mieux formés que moi ,et qui avaient envie de nous suivre.
Hortus Focus : comment vous êtes-vous présentés ?

Nous nous sommes invités dans la concertation pour parler d’agriculture en ville, de jardins comestibles, maraîchage en ville. Petit à petit, on s’est musclé en compétences. Nous avons travaillé dans un réseau plus vaste qui existait ici, avec par exemple l’association Bio Normandie et d’autres qui étaient déjà là. Et on a commencé à faire de l’animation sur tout le territoire de la métropole.
Les Bruyères, c’est parti !
Karen : Aux Bruyères, depuis janvier 2021, le Champ des possibles plante des arbres. Nous avons fait un crowdfunding qui a très bien fonctionné pour acheter des arbres dans une pépinière locale, historique et bio : Lécuyer. Ils ont un jardin-forêt de 7000 m2. Nous allons donc créer un verger expérimental sur les Bruyères avec Julien de chez Lécuyer et Joseph Chauffrey, spécialiste rouennais de la permaculture urbaine.
Nous voulons proposer une nouvelle façon d’habiter la ville pour l’ensemble des citoyens.
Hortus Focus : quelle est votre place face à l’agriculture ?

Nous souhaitons expérimenter et observer dans le cadre de ce verger qui a un sol un peu « bof », dans un contexte urbain, la croissance et le développement des arbres et de la production. Ensuite, nous aimerions que les uns et les autres se disent qu’ils peuvent tenter d’implanter ça dans leur petit jardin. Au bout de quelques années, nous saurons ce qui s’acclimate bien, comment faire pousser, quelles variétés sont les plus à l’aise. Ça répond à des enjeux d’avenir !
Le Champ des possibles a un site et une page facebook
POUR ALLER PLUS LOIN
Vivre la nature en ville Charlène Gruet Ergothérapeute spécialisée dans les handicaps sensoriels. Ce livre est une invitation à ralentir, observer et percevoir au mieux le vivant en milieu urbain. Il propose, à l'instar de Jean-Baptiste Morizot, de se reconnecter par le sensible.
Éditions Ulmer – paru le 22 avril 2021
164 p. 15,90 €



Des jardins partagés
Il était une fois le Champ des possibles
Vivre la nature en ville
Charlène Gruet
Ergothérapeute spécialisée dans les handicaps sensoriels.
Ce livre est une invitation à ralentir, observer et percevoir au mieux le vivant en milieu urbain.
Il propose, à l'instar de Jean-Baptiste Morizot, de se reconnecter par le sensible.