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Le Champ des possibles : militant du vivant

Champ des possibles
Hortus Focus

S’éveiller au vivant, ensemble, avec douceur, en réfléchissant autant qu’en accomplissant, l’association Le Champ des possibles le propose à ses adhérents depuis 2013.

 

Le Champ des possibles : Karen YvanNous avons rencontré Karen Yvan, cofondatrice et administratrice du Champ des possibles tout près de Rouen, dans un espace étonnant, roots comme elle le décrit elle-même. “Ici, nous sommes sur un espace de 10 ha qui s’appelle le parc de Repainville, un espace géré par la ville de Rouen sur lequel nous sommes implantés depuis 2013. On y trouve un bâtiment léger, c’est très humble ici, c’est très roots, c’est ce qui fait le charme. Dans ce bâtiment léger, nous accueillons des groupes, enfants et adultes. Il y a une grande salle dans laquelle nous faisons de la cuisine et des réunions. La partie jardin est composé d’un terrain et d’une serre partagés. Nous nous retrouvons tous les jeudis matin pour jardiner ensemble, les bénévoles et les adhérents qui en ont envie, et par ailleurs, nous développons un volet d’animation d’ateliers, d’évènements, de formations, de stands,…

Depuis, le Champ des possibles s’est installé aux Bruyères !

Hortus Focus : quelle est la mission du Champ des possibles ?

Karen : C’est de faire la promotion de l’agriculture et de l’agroécologie en ville et d’entraîner les citoyens à réfléchir sur leur alimentation. D’où ça vient, comment on se saisit de ce sujet-là, parce que ça nous concerne directement ; c’est notre corps, c’est notre vie. Et à partir de là, comment on remet les mains dans la terre et les pieds dans la cuisine, tout simplement.

Hortus Focus : Quelle est ta définition de l’agro écologie ?Le champ des possibles

Karen : L’agroécologie pour moi, qui ne suis pas agronome, c’est une façon de refaire avec la terre. Non seulement de la préserver mais de faire en sorte qu’elle reste un système vivant. Le mot clé pour moi, c’est le vivant. Nous sommes des êtres vivants. La terre est un milieu vivant et si on crée de bonnes relations, ça devrait bien se passer !

Semer des petites graines dans les têtes et avec les mains

Karen : Ici, le jeudi matin, nous sommes là pour recevoir tous ceux qui le veulent, une fois, une fois de temps en temps ou assidûment toutes les semaines. On est là pour jardiner ensemble. Dès qu’il fait beau, nous déjeunons ensemble avec ce que chacun a cuisiné et apporté. Nous réfléchissons ensemble, à égalité car il n’y a pas d’expert. Beaucoup de nos visiteurs arrivent avec des questionnements au sujet de leur orientation professionnelle. Et certains veulent se réorienter dans le vivant.

Le champ des possiblesNous n’apportons pas de réponses toutes faites. Nous avons une vision des choses qu’on a envie de transmettre, mais nous invitons les gens à se poser des questions. Vous mangez ça ? D’où et comment ça vient ? Des fraises en décembre ? Les légumes de saison, les connaissez-vous, en avez-vous déjà mangé, cuisiné ? Certains ont des recettes et donc on les partage. Qu’est-ce qui permet de manger moins de viande ? Qu’est-ce que les légumineuses, si on goutait ? L’objectif est de permettre aux gens d’être plus autonomes à la fois dans leur approvisionnement (même au supermarché) et dans leurs savoir-faire.

Nous constatons souvent de grosses prises de conscience des mamans. Elles donnent en toute bonne foi des aliments à leurs enfants depuis desConstruction années et réalisent, après une discussion et un peu de jardinage commun, qu’elle devraient changer. Quant aux enfants, ils sont vraiment heureux de pouvoir préparer un plat pour leurs parents dans la cuisine. Ils sont fiers de faire pousser le persil qui entre dans sa composition. Nous bricolons aussi des bacs en palettes.
Certains nous font des retours sur leur formation et s’investissent dans leur quartier.

La pandémie actuelle, l’évidence

Karen : Depuis le Covid, ce que nous énonçons est définitivement admis. Qu’il s’agisse de biodiversité, d’agriculture urbaine, de transition alimentaire, c’est une évidence. En 2013, ça ne l’était pas. Maintenant, c’est bon. Les questions d’alimentation deviennent prépondérantes dans tous les milieux. 

Notre espace est gratifiant car chacun se retrouve en puissance de faire. Certains enfants ou ados, la première fois, n’osent même pas toucher une fleur, une feuille, la terre. Tout le monde se pense très connecté, c’est ce qu’on entend partout. En réalité, on est très déconnecté du réel et de la nature. Parfois, nous craignons de proposer des choses trop simples à faire, mais c’est ce que les gens recherchent et c’est bénéfique.

Le champ des possiblesDes jardins partagés

Nous en avons accompagné environ 6 sur les deux dernières années dans des quartiers en pied d’immeuble. Ce peut être aussi des jardins privés dont les propriétaires mettent leur parcelle en partage. Nous les aidons à développer leur démarche collective. Nous réfléchissons à leurs côtés pour savoir ce qu’ils veulent faire de l’espace ; comment s’organiser ensemble au-delà des techniques de culture.

Notre objectif, c’est toujours l’autonomie. La technicité est importante, mais aussi apprendre ensemble. On explique qu’on ne peut pas tout réussir la première saison, qu’on réussira l’année suivante. On les conduit à rentrer dans une pratique réjouissante, vertueuse, avec des déboires, à se construire autour de cette pratique en tant que groupe autant qu’en tant qu’individu.

Il était une fois le Champ des possibles

Karen : J’ai toujours voulu travailler avec des valeurs qui me correspondaient et j’ai commencé en ONG. Mais j’avais envie de me rapprocher de l’agriculture lorsque j’ai entendu parler d’un projet qui se montait. Comme je me posais plein de questions sur mon avenir professionnel, j’ai contacté ces gens et je me suis engouffrée dans ce projet, avec rien. J’ai embarqué plein de gens, beaucoup mieux formés que moi ,et qui avaient envie de nous suivre.

Hortus Focus : comment vous êtes-vous présentés ?

Sous la serreKaren : Nous avons commencé avec une approche de type lobbying parce que notre grande idée était d’aller nous installer sur l’ancien Hippodrome des Bruyères. À cette époque la Métropole Rouen-Normandie pensait le transformer en parc urbain. Chacun était invité à dire ce qu’il imaginait en faire, les habitants , les structures, las associations,…

Nous nous sommes invités dans la concertation pour parler d’agriculture en ville, de jardins comestibles, maraîchage en ville. Petit à petit, on s’est musclé en compétences. Nous avons travaillé dans un réseau plus vaste qui existait ici, avec par exemple l’association Bio Normandie et d’autres qui étaient déjà là. Et on a commencé à faire de l’animation sur tout le territoire de la métropole. 

Les Bruyères, c’est parti !

Karen : Aux Bruyères, depuis janvier 2021, le Champ des possibles plante des arbres. Nous avons fait un crowdfunding qui a très bien fonctionné pour acheter des arbres dans une pépinière locale, historique et bio : Lécuyer. Ils ont un jardin-forêt de 7000 m2. Nous allons donc créer un verger expérimental sur les Bruyères avec Julien de chez Lécuyer et Joseph Chauffrey, spécialiste rouennais de la permaculture urbaine.

Nous voulons proposer une nouvelle façon d’habiter la ville pour l’ensemble des citoyens.

Hortus Focus : quelle est votre place face à l’agriculture ?

PlantationKaren : Nous n’avons ni l’envie, ni la prétention de remplacer l’agriculture qui nourrit la population mais de faire pousser de la nourriture en ville. Donner à voir, à comprendre, créer ou conforter le lien au vivant. Dans ce verger expérimental, on va trouver des goyaviers, des amélanchiers, des kiwis,… des arbres peu courant en Normandie.

Nous souhaitons expérimenter et observer dans le cadre de ce verger qui a un sol un peu « bof », dans un contexte urbain, la croissance et le développement des arbres et de la production. Ensuite, nous aimerions que les uns et les autres se disent qu’ils peuvent tenter d’implanter ça dans leur petit jardin. Au bout de quelques années, nous saurons ce qui s’acclimate bien, comment faire pousser, quelles variétés sont les plus à l’aise. Ça répond à des enjeux d’avenir !

Le Champ des possibles a un site et une page facebook

 

POUR ALLER PLUS LOIN

Vivre la Nature en villeVivre la nature en ville
Charlène Gruet
Ergothérapeute spécialisée dans les handicaps sensoriels. 
Ce livre est une invitation à ralentir, observer et percevoir au mieux le vivant en milieu urbain.
Il propose, à l'instar de Jean-Baptiste Morizot, de se reconnecter par le sensible.

Éditions Ulmer – paru le 22 avril 2021
164 p. 15,90 €

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