Vers la boutique d’Hortus Focus

Le Domaine Royal de Randan, dans le Puy-de-Dôme

Domaine royal de Randan
Didier Hirsch
TerraFocus
TerraFocus
Le Domaine Royal de Randan, dans le Puy-de-Dôme
/

L’année 2021 marque le bicentenaire de l’achat du château de Randan par la famille d’Orléans. Retour sur l’histoire du dernier Domaine royal français, de son riche et immense parc, avec Lionel Sauzade, son administrateur.

L’acquisition de Randan par la famille d’Orléans

En 1821, Louis-Philippe (dernier roi des Français du 9 août 1830 au 24 février 1848) et sa sœur cadette Adélaïde d’Orléans achètent le vieux château de Randan pour le réhabiliter en résidence de vacances. 

Le château aurait été construit à partir de 1202 sur l’emplacement d’un ancien monastère datant lui du VIe. Un document de 1204 mentionne l’existence d’un Beaudoin de Randan dont on ignore quasi tout. On sait aussi qu’il a été réhabilité sous François 1er des années après des destructions liées un tremblement de terre en 1490. 

Marie-Catherine de Senecey
Marie-Catherine de Senecey

Il est fortement modifié au XVIIe siècle par Marie-Catherine de Senecey qui fut la gouvernante des enfants de Louis XIV. Pour la remercier, le Roi Soleil crée pour elle le duché de Randan en mars 1661.

D’héritage en succession, Randan est délaissé. En 1793, le château est pillé, la chapelle détruite et les archives brûlées. Vingt ans plus tard, il revient aux deux enfants du duc de Praslin. En 1821, Adélaïde d’Orléans dont la fortune est considérable achète le Domaine avec son frère.

Le grand réaménagement

La famille d’Orléans achète donc le château et les 40 hectares qui l’entourent. Les terres sont affermées, cultivées en vergers, vignobles et polyculture. Adélaïde et Louis-Philippe se lancent dans la reprise progressive de ces terrains pour créer un parc paysager. 

La réhabilitation est confiée à Pierre Fontaine, architecte néo-classique et l’un des représentants principaux du style Empire. Il est également chargé de concevoir le parc.

Pierre-François-Léonard_Fontaine - Julien Léopold Boilly - cc bysa

Les travaux sont titanesques, à la hauteur de la fortune des Orléans… Des milliers d’arbres sont plantés. Un réseau d’allées cavalières ou piétonnes est créé ainsi que 5 étangs. Le château est totalement réaménagé. Progressivement, les Orléans achètent d’autres parcelles de terrain alentour pour étendre encore le parc qui finit par atteindre une surface de 110 hectares. Le lien est fait entre le Domaine et les 8000 hectares de bois que possèdent déjà les Orléans à Randan ! Un gigantesque terrain de promenade où l’on passe du parc d’agrément au massif forestier… 

Le parc aujourd’hui

Il occupe la même surface moins 10 hectares qui appartiennent aujourd’hui à la commune de Randan. Ils ont été utilisés au début du XXI siècle pour la construction d’un morceau de voie ferrée qui relie Vichy à Clermont-Ferrand. 

L’état du parc n’est en revanche plus de même. Le plan, la structure existent toujours. Les allées cavalières ont été réouvertes. Mais ce parc a longtemps été abandonné, notamment à la suite de la destruction du château par un incendie en 1925. Cet incendie marque le début du déclin de la propriété. Depuis son rachat par le conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes, le parc est progressivement réhabilité. Mais certains éléments n’existent plus qu’à l’état archéologique malheureusement.

Le temps de la splendeur

C’est vraiment un parc assez typique du XIXe. Sur les 40 hectares primitifs, des vergers, une vigne sont conservés. Un grand potager (qu’on appelait alors « jardin de rapport ») dont il subsiste la trace aujourd’hui non loin du château. À l’époque, 150 orangers ornaient les terrasses et les abords du château du mois de mai à octobre. L’hiver, ils sont mis à l’abri dans une orangerie longue de 60 m. Il existait aussi des serres chaudes qui vont être prochainement restaurées. Ces serres sont historiquement très importantes, car elles sont la réplique de celles du Potager du Roi à Versailles qui, elles, ont disparu. 

Il existait aussi une Vacherie destinée à la production de laitages et un Salon de la laiterie où on venait pour déguster des fromages blancs, des yaourts. 

Domaine royal de Randan
©Didier Hirsch

Des milliers d’arbres plantés

Adélaïde et Louis-Philippe d’Orléans ont fait planter des milliers et des milliers d’arbres pour faire naître le parc. Il ne s’agit pas de faire de Randan un arboretum, mais de planter des essences indigènes et notamment beaucoup de chênes (Quercus). Ponctuellement, ici ou là, sont plantés des sujets un peu plus originaux. La seconde moitié du XVIIIe, on voit apparaître des plantations classiques des grands parcs paysagers de cette époque comme des Ginkgo biloba. 

Les floraisons restent anecdotiques

Les fleurs ne sont pas dans l’esprit d’un grand parc paysager. Elles n’en sont pas pour autant totalement absentes. Les terrasses sud du château étaient fleuries, il existait aussi des pelouses entourées de mixed-borders. Le plus impressionnant sans doute devait être le jardin italien dont la caractéristique principale était d’être entièrement planté de « roses du Bengale ». Dans une lettre, la reine Marie-Amélie de Bourbon écrit qu’au printemps, “tout le château embaume la rose”. On sait aussi qu’au niveau le plus bas des terrasses existait un jardin fleuri autour du grand bassin. Tous ces fleurissements étaient présents jusqu’en 1925, l’année du grand incendie qui a frappé Randan. Puis faute d’entretien, elles ont périclité puis disparu.

Les dégâts liés aux changements climatiques 

C’est la préoccupation majeure sur le domaine actuellement. On n’est pas en train de formuler des hypothèses, de prévoir les effets de ces changements. On est même en plein dedans avec des problèmes qui s’aggravent d’année en année, voire se cumulent.

Le domaine de Randan est implanté sur des collines proches de la plaine de la Limagne. Or, les études plus récentes concernant ce secteur de la Limagne mettent en avant une augmentation de la température supérieure au reste de l’Auvergne.

Sur le parc, nous avons depuis 4 ans des hivers extrêmement secs, et donc d’importants déficits pluviométriques qui entraînent des dépérissements d’arbres. C’est très inquiétant. Ce sont des dizaines, des centaines d’arbres qui souffrent, pas un par-ci, par-là. Chaque année, nous devons abattre des arbres. Je ne dis pas que toute la mortalité est due à ces déficits pluviométriques. 

Une part de ces morts est évidemment liée à la sénescence du parc qui a été abandonné en 1925. Un siècle, c’est long ! Certains arbres sont arrivés à maturité et meurent, c’est ainsi. 

Cependant, de nombreuses morts d’arbres sont dues à la sécheresse. Il y avait de très beaux hêtres dans le parc ; aujourd’hui, on n’imagine même pas en replanter, ils ne tiendraient pas. Le grand séquoia, classé Arbre remarquable, a commencé à décliner avec la sécheresse de 2003. Il n’était pourtant pas si vieux que cela, 150 ans environ. Les séquoias peuvent vivre beaucoup plus longtemps. 

Autrefois, dans le parc, se dressaient beaucoup de résineux, ils ont disparu au profit des feuillus, faute d’entretien. Il reste quelques pins laricio et des épicéas. Mais le scolyte est en train de ravager les épicéas. Nous avons aussi remarqué, à notre grand étonnement, que le scolyte s’attaque aussi aux pins… Leurs ravages s’ajoutent à ceux de la graphiose qui a fait mourir tous les alignements d’ormes. Il reste trois miraculés dans le parc sur des dizaines. Des parcelles entières de frêne sont en cours de disparition dans les parties les plus basses du parc. Sans oublier les érables qui ont été atteint pas la suie… Les érableraies sont en train de disparaître à une vitesse affolante. 

Priorité au château… pour le moment

Le conseil régional a donné la priorité à la sauvegarde des bâtiments du domaine. L’ensemble est classé Monument historique : les vestiges du château, des cuisines, l’orangerie, les serres, la chapelle, les petits et les grands communs. On commence à sortir de ces urgences-là… Mais, évidemment, pendant ce temps, le parc a continué de se dégrader sans que l’on puisse vraiment intervenir, les moyens sont limités.

Domaine royal de Randan
Terrasse de la Chapelle ©Didier Hirsch

L’avenir du parc

Il va falloir envisager un vrai plan de gestion de ce parc avec une question qui ne se pose  pas évidemment que pour Randan : que planter pour l’avenir ? Et, à l’échelle de 100 hectares, rien ne peut se faire d’un coup de baguette magique ! Je ne suis pas un super spécialiste des arbres, mais il paraît évident que dans un siècle, la végétation aura changé du tout au tout ici. Ce parc de zone tempérée sera peut-être un espace méditerranéen. Donc, il faut prendre le temps d’étudier tous les aspects du problème, de réfléchir, faire des études sol, de la prospective avant de décider de plante telle ou telle espèce. On ne va pas replanter des ormes et des platanes…… 

Domaine royal de Randan
©Didier Hirsch

Il faut aussi prendre en compte les coups de vent qui ont gagné en vitesse et en fréquence depuis une vingtaine d’années. Les orages très localisés, les mini tornades font énormément de dégâts. En 2018, nous avons également subi un épisode de neige précoce en début d’automne. La neige lourde a cassé énormément de vieilles branches et endommagé beaucoup de jeunes sujets.

Randan n’a jamais été confronté à autant de phénomènes climatiques. Les archives du Domaine mentionnent évidemment des épisodes climatiques calamiteux, mais leur fréquence n’était pas là même

Un parc ouvert seulement en partie à la visite

En 2000, avant l’ouverture du parc de Randan au public, une grosse étude phytosanitaire a été réalisée sur l’ensemble du domaine. Nous sommes beaucoup intervenus sur le parc pour réaliser plusieurs campagnes de sécurisation puisqu’on accueillons du public. Pendant 20 ans, nous avons travaillé à réouvrir les allées cavalières et piétonnes, à les sécuriser. Malheureusement, une grande partie de ce travail doit être recommencé aujourd’hui en raison des dégâts provoqués par une succession d’évènements climatiques dramatiques. Notre patrimoine arboré a été beaucoup abimé.

Voilà quinze ans, nous étions parvenus à sécuriser et ouvrir 40 hectares. Nous avions mis en place un sentier de découverte long de 3 km, installé des panneaux didactiques d’identification des arbres. On organisait même des sorties autour de l’histoire du parc, sur l’environnement. La fréquence des évènements climatiques est telle qu’on arrive plus à suivre l’entretien de ces 40 hectares. Une partie du parc est donc fermée au public. 

Il faudrait quasiment pouvoir faire travailler des élagueurs et des bûcherons à plein temps, mais les budgets ne sont pas extensibles. Cette année, avant l’ouverture, nous avons sécurisé une nouvelle fois la partie ouverte au public. Les arbres morts ont été abattus, d’autres ont été élagués. Quelques semaines plus tard, nous avons dû faire des interventions d’urgence sur des arbres qui ont eu des feuilles et se sont mis d’un seul coup à sécher, c’est fou.

Il faut rester optimiste !

Malgré tous ces problèmes, le parc de Randan ne s’est pas transformé en grand désert. Il conserve une part de sa splendeur et de sa beauté.

Et puis, faisons un retour en arrière : quand Adélaïde et Louis-Philippe d’Orléans ont acheté Randan en 1821, le parc n’existait pas. Les arbres sont venus après, autour des nouveaux bâtiments. Des jardins ont été créés autour du château. Il a fallu du temps pour que les arbres grandissent et acquièrent leur splendeur. Il faut se dire qu’on est reparti en 1821, faire comme si Randan était un parc ou une forêt à planter. Donc, nous faisons des essais, nous plantons des essences que nous observons en attendant une vraie étude et l’élaboration d’un plan de gestion. 

Qui était Adélaïde d’Orléans ?

  • 23 août 1777, à Paris, au Palais Royal. Elle a une sœur jumelle qui disparaît en 1782.
  • Elle est la fille du duc Louis-Philippe II d’Orléans (guillotiné en 1793, quelques après avoir voté la mort de son cousin Louis XVI) et la duchesse Marie-Adélaïde de Bourbon. Sœur cadette de Louis-Philippe, futur roi des Français entre 1830 et 1848, le dernier roi d’ailleurs, et d’Antoine, duc de.Montpensier. Après elle, naît Louis-Charles (1779).
  • Après la mort de son père sur l’échafaud, Adélaïde prend les chemins de l’exil d’abord en Suisse, puis en Bavière et enfin à Barcelone où elle rejoint sa mère. Elle revient en France en 1814.
  • De juillet 1830 à sa mort en 1847, elle est considérée comme « l’égérie », la plus proche conseillère de son frère le roi. C’est elle qui gère notamment les relations entre la France et l’Angleterre. 
  • Elle meurt le 31 décembre 1847 au Palais des Tuileries. 
Adelaide d'Orléans
Copie d'un portrait de François Gérard. La peinture originale, présente au Palais des Tuileries, a été détruite pendant la Révolution de 1848

Nous remercions Lionel Sauzade, chargé de mission au Conseil Régional d’Auvergne et administrateur du Domaine Royal de Randan pour son accueil et sa disponibilité. 

Domaine de Randan, rue Adélaïde d’Orléans, 63 310 Randan. Plus d’informations ICI ! 

Chaque année, le Domaine est le cadre de la Fête des plantes “Randanplants”.

Domaine royal de Randan
©Didier Hirsch
close

Inscrivez-vous
pour recevoir [Brin d'info]

dans votre boîte de réception,
chaque semaine.

Nous n’envoyons pas de messages indésirables ! Lisez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Domaine royal de Randan
Share via
Copy link
Powered by Social Snap