L’hydrologie régénérative, vous en avez sans doute entendu parler ici ou là. Nous faisons le point pour vous permettre de mieux comprendre.
Qu’est-ce que l’hydrologie régénérative ?
L’Hydrologie Régénérative est présentée comme la science de la régénération des cycles de l’eau douce par l’aménagement du territoire (Définition proposée lors des Rencontres de l’Hydrologie Régénérative à Annecy, le 20 octobre 2022).
Très récente, transverse, elle englobe plusieurs sciences, dont l’hydrologie, l’hydrogéologie, la pédologie (formation et évolution des sols), l’agronomie, la météorologie, la climatologie, la topographie, l’agriculture, l’agroécologie, l’agroforesterie, la planification agricole, l’écologie, la biologie, la cartographie, l’aménagement du territoire, le paysagisme, l’urbanisme…
Elle repose sur deux grands principes :
- Ralentir les eaux de pluie et de ruissellement pour les aider à mieux s’infiltrer, mieux se répartir et bien se stocker dans les sols.
- Densifier la végétation dans toute sa biodiversité pour favoriser le recyclage de la pluie et rendre les écosystèmes assez résistants aux aléas climatiques.
Le triptyque gagnant : eau, sol, arbre.
Les aménagements permettent aux eaux de pluie et de ruissellement de mieux se répartir, puis de s’infiltrer lentement d’amont en aval du bassin versant et ensuite de les stocker temporairement.
Recréer des paysages type bocagers semble une lapalissade, et pourtant ! Ils sont indispensables pour répartir, créer des points humides, réhydrater les points secs, et stimuler la végétation grâce à un sol rendu vivant, donc capable d’absorber et d’infiltrer l’eau de pluie. Nous avons détruit des espaces dont le fonctionnement était sinon parfait, au moins efficace.
Les scientifiques et les paysagistes savent qu’il est nécessaire de créer un paysage agroforestier. Les arbres ont le pouvoir de stimuler le recyclage de l’eau de pluie en plus de leurs capacités à structurer les sols et à guider l’eau vers les nappes. Et, contrairement aux idées reçues, la pluie continentale ne vient pas majoritairement des océans (eau « bleue »), mais de l’évapotranspiration issue du sol et de la végétation (eau « verte »).
Les travaux d’un agriculteur australien, Percival Alfred Yeomans, en attestent. Il a mis en place la technique du Keyline Design dans les années 1950, pour concevoir des agrosystèmes résilients face aux sécheresses et inondations. Résilient signifie que ces systèmes ont la capacité de faire face aux aléas du climat, même difficiles, et de se régénérer naturellement derrière.

Qu’est-ce que l’hydrologie ?
Avant de décrire l’hydrologie régénérative, il faut, avant tout, bien comprendre son domaine d’intervention et de compétences, car il s’agit bel et bien, d’une branche de l’hydrologie • du grec hýdōr, « eau » et lógos « étude » •
L’hydrologie est la science qui étudie le cycle de l’eau, c’est-à-dire les échanges entre la mer, l’atmosphère (océanographie, climatologie…), la surface terrestre (limnologie) et le sous-sol (hydrogéologie), sur la Terre (et désormais sur d’autres planètes).
On distingue 3 domaines :
L’hydrologie de surface étudie le ruissellement, les phénomènes d’érosion, les écoulements des cours d’eau et les inondations. Cela concerne les échanges entre l’atmosphère et la surface terrestre, les précipitations, la transpiration des végétaux et l’évaporation directe des sols.
L’hydrologie de subsurface s’intéresse aux processus d’infiltration. Il s’agite des flux d’eau entre la surface du sol et la partie du sous-sol située au-dessus de la nappe phréatique. On l’appelle la « zone vadose ». Elle a une importance fondamentale, car elle constitue l’interface entre les eaux de surfaces et de profondeur.
Enfin, l’hydrogéologie ou hydrologie souterraine porte sur les ressources du sous-sol, leur captage, leur protection et leur renouvellement.
Qu’est-ce que le Keyline Design® ?
La keyline, ou ligne clé, désigne une caractéristique topographique liée à l’écoulement naturel de l’eau.
La conception en keylines est un système de principes et de techniques qui optimise l’utilisation des ressources d’une parcelle. Cela concerne non seulement l’eau, mais aussi la lumière, l’exposition, le vent, la flore et la faune.
À chaque parcelle agricole sont associées des particularités climatiques et topographiques. Le design tient compte de ces éléments singuliers pour installer les cultures tout en contribuant à la bonne santé des écosystèmes.
Alain Malard, de Permavinea à Toulouse, considère les keylines comme une étape fondamentale pour établir une parcelle de vigne en permaculture. Il écrit :
“Dans le cadre de l’évolution du climat, la majorité des régions viticoles subissent des périodes de contraintes hydriques voire de stress hydrique et des vagues de chaleur qui sont imprévisibles. À cela s’ajoute une variation interannuelle du climat (pluies, températures, évapotranspiration) qui rend la gestion des cultures pérennes de plus en plus difficile. Dans les régions méditerranéennes du sud de la France, les orages plus fréquents en automne et la plus faible pluviométrie en hiver réduisent le remplissage de la réserve utile de sols en prédébourrement (Laget et al. 2008). Une des questions prioritaires pour l’avenir et la durabilité des systèmes de culture est comment retenir et stocker l’eau de pluie.”
Les keylines, utilisées en hydrologie régénérative, dessinent le parcours de l’eau
Chaque bassin versant se caractérise par des paramètres géométriques liés à la surface et à la pente.
À ces paramètres s’ajoute la pédologie, c’est-à-dire l’étude de la nature des sols et leur capacité d’infiltration des eaux. On compte aussi les zones urbanisées et leur densité, les zones agricoles et leur niveau d’imperméabilisation des sols. Il faut aussi considérer la végétation et la biodiversité (ou non).
On distingue trois sortes de continuité :
- la continuité longitudinale, de l’amont vers l’aval suivie par les cours d’eau,
- une continuité latérale, des crêtes vers le fond des vallées ;
- la continuité verticale, des eaux superficielles vers les eaux souterraines et inversement.
3 types de bassins versants
- topographique, c’est-à-dire déterminé par le relief et les lignes de partage des eaux et des ruissellements ;
- hydrogéologique, il inclut les eaux souterraines ;
- hydraulique, il prend en compte les routes, les canalisations et les transferts d’écoulement liés à l’action humaine.
6 bassins versants en France
On a réparti les bassins versants en correspondance avec les cinq grands fleuves français, auxquels a été ajoutée la Somme.
- Rhône-Méditerranée-Corse ; Seine-Normandie ;
- Adour-Garonne ; Artois-Picardie.
- Rhin-Meuse ; Loire-Bretagne ;
Lorsqu’on a pris connaissance de l’ensemble de ces éléments, le Keylines design permet de cultiver en suivant les courbes de niveau. L’eau suit son cheminement naturel et vient irriguer les cultures sans perturber son parcours.
La discipline se présente comme une nouveauté. Les structures hydrologiques sur lesquelles elle s’appuie, sont cependant pensées depuis des millénaires. Il ne s’agit donc pas d’une révélation, mais de la remise en route de techniques éprouvées. Parmi ses promotrices et promoteurs, on trouve Charlène Descollonges, hydrologue, Simon Ricard, ingénieur, Alain Malard, précité.
Pour aller plus loin :

Agir pour l’eau
de Charlène Descollonges
Éditions Tana
128 p. • 14,90 €
Charlène Descollonges est ingénieure hydrologue, spécialisée dans la gestion de la ressource en eau et des milieux aquatiques. Elle a cofondé l’association Pour une hydrologie régénérative. L’intention de « Pour une Hydrologie Régénérative » est de diffuser la vision, les inspirations, le connaissances et les moyens d’une régénération massive du cycle de l’eau, comme essentielle et structurante pour des territoires et nations résilientes face à nombre de problématiques liées à l’eau ainsi qu’aux évolutions climatiques et leurs conséquences sur les sociétés et les écosystèmes.
Après L’Eau, parue dans la collection Fake or not ? Elle propose d’agir pour l’eau, avec un sous-titre qui annonce bien le contenu du livre : le mode d’emploi citoyen.
Elle convie chacun à l’action concrètement et au quotidien. Chaque mesure est assortie de son impact sur l’eau, du coût financier ou en termes d’engagement et de son niveau de difficulté. Les jardiniers y trouveront un chapitre qui aborde l’irrigation, le rôle d’un puits ou d’une mare, mais encore la tonte.





