Parmi toutes les espèces de riz, il en est un qui était autrefois uniquement destiné à atterrir sur les tables de la famille impériale de Chine. On l’appelait alors le riz noir interdit ou riz de l’Empereur.
Un riz exceptionnel
Pas exceptionnel en goût ou en qualité, mais en quantité. Le riz de l’Empereur (qui fait partie des riz noirs, Oryza sativa) est juste d’un rendement plus faible que les autres. Il était interdit aux Chinois lambda d’en consommer. Caprice d’empereurs sans aucune autre explication. Il est comme ses copains de la même catégorie : les grains sont noirs et passent au violet foncé une fois cuits. Le riz noir a un léger goût de noisette. Et selon la tradition, ce sont de tous les riz ceux qui permettent d’offrir une plus longue vie, car ils ont une très forte teneur en antioxydants et sont riches en vitamine E. Il faut aussi ajouter qu’on leur prêtait aussi à l’époque des vertus aphrodisiaques.
De la Chine à l’Italie
Ce riz interdit est aujourd’hui cultivé en Italie, dans la vallée du Po. On le trouve sous le nom de Riso Venere ou riz de Vénus. Sachez que ce riz n’aime pas la cuisson au rice-cooker. Mieux vaut le faire cuire dans l’eau. Selon les marques, la cuisson prend entre 18 et… 45 min.

Non, l’Empereur ne mangeait pas que du riz noir interdit !
Ce riz noir était toujours régulièrement servi à la table des empereurs mandchous qui ont régné sur le pays de 1644 à 1911 (le trône était alors occupé par un gamin de 6 ans, Puyi pensez à revoir “Le dernier empereur”, de Bernado Bertolucci !!). Mais le riz n’était qu’une base et encore. Pour son 66ème anniversaire, voici ce que fait servir à ses invités l’Empereur Kangxi (1654-1722). Vous êtes prêts ? Accrochez vos bretelles...
Tartes aux œufs, saumon rôti, filet de bœuf à la sauce d’huître, cochons de lait entiers, bosse de chameau à la vapeur avec poisson à la caillette, langue de carpe avec patte d’ours, soupe aux nids d’hirondelles, œufs de crevettes et soupe de moules, ailerons de requin et ragoût de crabe, nouilles barbe de dragon, bouillie aux graines de lotus, kebabs de gambas, champignons shiitake aux pignons de pin, caille, pie, faisan, perdrix, oie, pintade, paon, cygne, grue, conque sautée, abalone aux fleurs d’osmanthe, sanglier, tendon de chevreuil aux oreilles d’argent, encornet et colvert, corail, racines de lotus, mousse, pousses de bambou et concombre de mer… et sans doute, un peu de riz 😛

Du riz pour le reste du monde !
Hier comme aujourd’hui, le riz est principalement dans le sud de la Chine. Dans le passé, il était acheminé vers le nord via un immense canal de 2000 kilomètres qui ralliait Ningbo à Pékin et faisait voyager également d’autres marchandises, évidemment. Pour éviter les insectes et les maladies, les riziculteurs laissaient des poissons nager dans les rizières. En 1911, lors de la chute de Puyi, 80% des Chinois étaient agriculteurs et le riz constituait leur aliment de base.

