Comment parler des émotions liées au Parc, au jardin, à la nature ?
Voici la question que m’a soumis Hortus Focus, et voici ma tentative d’y répondre.

rose-nostalgie-mtigrek1


 

 

 
Le Rosier « Nostalgie » demande une grande exposition au soleil, à la lumière, à la vie. Il se contente d’un sol ordinaire, sans trop de larmes, à peine humide. Equipé de quelques épines pour protéger ses fondements, ce rosier au nom prometteur de souvenirs parfumés, s’épanouit en juin, quand les jardins proposent d’accueillir les visiteurs prêts à s’allonger, à s’étirer, à respirer. Il restera jusqu’aux gelées, paraît-il, à condition d’ôter les fleurs fanées, épuisées, recroquevillées, de ne garder que la promesse d’un avenir.

Ce rosier pourrait être le symbole du jardin et des émotions qui le traversent.  Ajoutons qu’on le qualifie de « buissonnant », aux fleurs presque dessinées, bordées de rouge, comme une écharpe qui donne de la contenance. On pourrait presque sentir le cœur battre.

La nostalgie

rose-nostalgie-mtigrek2


 

 

 

Si la nostalgie est souvent la première émotion associée au jardin, elle est suivie de très près par la sérénité, portée entre autres par l’Iris, la fleur de la méditation pour certains, bleue ou lavande, selon les goûts … Une fleur dont les pétales tombent sans bruit, recouvrant délicatement la tige. Un coiffeur pourrait dire qu’elle frise ! Comme les cheveux quand l’air est humide, lâchant prise de façon exemplaire !

Chaque pétale semble s’arrêter de bouger au moment précis où on le regarde, dans la position qui tombe à ce moment là, comme si l’iris jouait à 1, 2, 3 Soleil en permanence, d’humeur légère.

Les récentes techniques de neurosciences ont favorisé l’étude des émotions et du comportement social humain, dont l’enjeu est de comprendre comment les facteurs biologiques interagissent avec l’environnement.

La biologie nous indique que nous reprenons notre rythme respiratoire naturel, dès l’instant où nous sommes au cœur de la nature, contrairement au rythme régulier mais accéléré et mécanique de la ville, imposant un tempo qui demande d’avoir les émotions bien accrochées ! Il ne faut pas trop de vague à l’âme pour suivre sans verdure, ni de langueur, plutôt de la frénésie et de l’enthousiasme survitaminés : l’apanage d’un ADN de jeunes pousses qui résistent à tout.

Prenons soin de nous

rose-nostalgie-mtigrek3


 

 

 

Les neurosciences l’affirment : le temps passé en plein air participe à notre développement cognitif, physique mais aussi émotionnel, nous aide à améliorer notre sommeil et à augmenter notre bonne humeur. Nombre de soins affichent des vertus multiples grâce aux plantes, des facultés médicinales, la capacité simple de lutter contre les émotions les plus dérangeantes, contre les petits maux de tous les jours et les états d’âmes d’une vie ; le Jardin d’Eden est peut être tout simplement celui du coin de la rue, juste pour reprendre son souffle naturel, les battements de son cœur.

rose-nostalgie-mtigrek4


 

 

 
D’après Melissa Lem, membre de l’association canadienne des médecins pour l’environnement, les bienfaits seraient plus avérés encore chez les enfants : dans des traitements contre l’hyperactivité, le déficit de l’attention, les dépressions cette fois à tous les âges, Dame Nature reste la meilleure infirmière.

«Les émotions sont des actions. Certaines se traduisent par des mouvements des muscles du visage, comme des expressions faciales de joie, de colère, etc…, ou du corps, la fuite ou la posture agressive. D’autres se traduisent par des actions internes, comme celles des hormones, du cœur ou des poumons. Les émotions sont donc d’une certaine façon « publiques », on peut les mesurer, les étudier. Les sentiments, par contre, sont privés, subjectifs. Ils sont ressentis par l’individu et lui seul. Il ne s’agit pas de comportements mais de pensées », écrivait Antonio Damasio, professeur de neurobiologie portugais.

rose-nostalgie-mtigrek5

Quelle expression avez-vous sur le visage en sentant une fleur ? En marchant pieds nus sur l’herbe ? En rentrant d’une journée en forêt ?

Pour Joseph Ledoux, professeur au Centre des sciences neuronales de l’Université de New York, auteur de Neurobiologie de la personnalité, « Chaque émotion correspond à une unité cérébrale fonctionnelle distincte, résultat d’une longue sélection au cours de l’évolution. Deux émotions simples – la peur et le plaisir – ont fait l‘objet de nombreuses études car elles sont partagées à la fois par l’homme et de nombreuses espèces animales.»

Nous restons des animaux doués d’instinct, d’équilibre émotionnel, de besoin de ressources naturelles à plusieurs niveaux, mais nous avons une faculté particulière : nous pouvons observer les émotions qui nous animent. Notamment dans un jardin.

sylvie-hazebroucq

©loeilduplafond

Sylvie Hazebroucq 

> Le site de Sylvie : ici

Photo de Une : Rose nostalgie de ©mtigrek

Une réponse

  1. Catherine D

    Magnifique article…
    La nature et mon jardin m’ont sauvé la vie. On n’y est jamais seul ni totalement sans ressources. Il faut voir les images de villes ravagées en Syrie ou ailleurs pour en avoir la certitude.
    Bon dimanche au grand air !

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.