Château-roseraie du Mesnil Geoffroy, la douceur de vivre…

 

Le château de Mesnil Geoffroy et son parc, en Normandie, forment un bel ensemble classé Monument Historique. Le labyrinthe, le potager, la roseraie (la plus importante, privée, de Normandie) et bientôt le jardin exotique ont été primés à de nombreuses reprises et se visitent (jusqu’au 30 septembre). De même les intérieurs restaurés qui nous content de façon vivante l’histoire du thé, du café, du chocolat ou du parfum au XVIIIe siècle.

Maîtres des lieux ? Un délicieux couple de retraités à la passion tenace : le Prince et la Princesse Kayali. Nous les avons interrogés, l’un après l’autre !

 

Hortus Focus : Racontez-nous votre histoire avec ce lieu…

Princesse Kayali : Nous habitons ici depuis 26 ans. Nous avions des propriétés de famille, mon mari et moi, dans différentes régions, notamment en Touraine où se trouvait notre château à tous les deux, près de Valençay. Mon mari est médecin et je travaillais dans l’industrie pharmaceutique. Nous vivions à Paris et, au moment de notre retraite, nous envisagions avec plaisir de nous retirer à la campagne.

Mais nos enfants nous ont rapidement mis en garde qu’on ne tiendrait pas le coup en Touraine parce que l’hiver, il n’y a rien ! Donc nous avons pris la grande décision, ça n’a pas été facile : nous avons vendu notre château et nous en avons cherché un autre. Nous sommes des passionnés d’architecture, d’histoire et du XVIIIe siècle en particulier. Nos critères pour notre recherche étaient : château classé, XVIIIe siècle, 200 kilomètres de Paris. Quand nous sommes arrivés ici, nous nous sommes dit : c’est celui-là, c’est tout ! Un coup de cœur immédiat. 

Avez-vous fait beaucoup de travaux ?

Quand nous avons repris le château, il n’était pas du tout dans cet état. Il avait été habité en continu mais sans budget donc il était assez abîmé, attaqué par la mérule. Nous avons dû tout démonter (les boiseries, les parquets…) tout sortir, tout traiter. Ça a été un travail monstre et qui n’est pas terminé !

Chateau de Mesnil Geoffroy ©Valérie Collet

Et le parc ?

Il était complètement en friche mais tout était là, c’est ça qui nous a passionné. Par exemple, il y avait un labyrinthe du XVIIe siècle où on ne pouvait pas entrer tant il y avait de ronces mais avec des végétaux vieux de 200 ans. Le jardin du Mesnil est un jardin à la française, dessiné par Colinet, premier jardinier et neveu de Le Nôtre. Nous avions les plans du XVIIe siècle, nous l’avons donc refait exactement tel qu’il était avec le labyrinthe. Puis nous avons créé la roseraie, le bébé de mon mari qui est collectionneur. En tout, nous avons 2700 rosiers parfumés. Notre jardinier rosiériste s’en occupe ; il y a quelques années, il a eu le prix du meilleur jardinier de France.

Le potager ©Valérie Collet

Depuis trois ans, nous avons aussi un potager qui, en décembre 2017, a été élu par la SNHF, comme le plus beau potager de France. C’est un potager « romantique », tout en courbes avec des légumes anciens et des fleurs suivant les principes de la permaculture.

Dans le jardin, nous avons aussi plusieurs statues. Après recherches, nous nous sommes rendus compte que l’une d’elle, en terre cuite, a été faite par Etienne Le Hongre, sculpteur de la Seine pour une des fontaines de Versailles.

Enfin nous avons des oiseaux exotiques en volière, à l’extérieur, dont les espèces sont XVIIIe, elles aussi. Le jardinier qui s’occupe du potager vient de créer un jardin exotique, autour. Il a aussi créé une basse-cour avec des espèces de poules et de canards normands en voie de disparition.

 

Votre château se visite…

Oui avec comme thème conducteur la vie quotidienne au XVIIIe siècle. Dans une pièce, je présente une exposition sur le thé, le café et le chocolat. Trois tables sont dressées avec de la vaisselle ancienne ; à travers certains accessoires, elles montrent des choses étonnantes.

La salle à manger ©Valérie Collet

A l’époque, le chocolat se préparait avec du cacao pur (100%), de la vanille, du clou de girofle, de la muscade, du poivre, du gingembre et parfois de l’ambre gris. On mélangeait le tout avec de l’eau et du lait au moyen d’un moussoir. On en buvait huit à neuf fois par jour car il était considéré comme un médicament qui facilitait la digestion. Pris en excès, en revanche, si on en croit Madame de Sévigné, on pensait qu’il pouvait engendrer, pour une femme blanche, la naissance de bébés noirs !

Une autre pièce est consacrée au parfum. En partenariat avec Nicolas de Barry qui est artisan parfumeur et historien, je fais sentir aux visiteurs des parfums historiques reconstitués avec des substances naturelles : le parfum de Sissi, de madame de Pompadour, de Louis XV ou encore de Casanova ! (Nous les vendons aussi à la boutique.)

Prince Kayali, comment avez-vous constitué votre collection de roses ?

Prince Kayali : L’idée était d’avoir des rosiers parfumés. On en a acheté, on en a découvert… Dès le départ, nous avons eu le partenariat de Meilland. Et aussi d’André Eve et de Louis Lens qui est venu le jour de l’inauguration et n’a pas reconnu ses rosiers tant ils avaient prospéré chez nous ! Et puis, nous faisons des échanges entre collectionneurs. Ma passion pour les roses est très ancienne. J’ai eu ma première roseraie à douze ans, dans le château de ma famille, en Bourgogne : un petit massif de cinq mètres de long sur 2 mètres de large, avec deux variétés.

La rose parfumée a-t-elle beaucoup évolué?

Au départ, il y avait deux types de rosiers parfumés complètement différents : les chinois et les européens qui sont beaucoup plus forts, notamment les rosiers de Damas. A la fin du XVIIIe siècle, les premiers rosiers chinois qui sont arrivés étaient remontants ; ils se sont croisés de façon aléatoire avec des rosiers non remontants de la région, donnant, au fil du temps, tous les rosiers qu’on trouve aujourd’hui dans les jardins. Cela a donné des parfums extrêmement variés.

Vos roses favorites ?

Prince Kayali : En ce moment, j’aime bien les rosiers galliques parfumés.

Princesse Kayali : aujourd’hui, j’aime bien la rose ‘Victoria’ ; hier c’était plus ‘Héritage’, une rose pâle, très différente. En fait, je change tout le temps !

 

Château-roseraie du Mesnil Geoffroy, à Ermenouville (entre Dieppe et Etretat), ouvert à la visite jusqu’au 30 septembre. Pour les renseignements pratiques, cliquez ICI

Pour prolonger l’esprit gourmand et raffiné du lieu, vous pourrez vous restaurer  à  l’Auberge du Dun  (guide Michelin et 2 toques au Gault et Millau). A un quart d’heure en voiture et franchement délicieux! 

Pour tous renseignements sur la Seine Maritime, s’adresser à Seine-Maritime Attractivité

 

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