Il y a des jardins dont le nom seul suffit à les élever hors de terre quand il n’en reste plus rien. Ainsi en est-il de ce petit bout de terre presque plat, cerné de murs de pierres plates, sur la côte de la Cornouailles, au Royaume-Uni, logé quelque part entre les ruines du château où le roi Arthur aurait vu le jour face à l’Atlantique…

©Éric Lenoir

Dans les châteaux du Moyen-âge, on aménageait de petits clos entre les bâtiments et les chambres. Il en va ainsi pour celui de Tintagel, où le roi Marc bénéficiait d’un petit verger charmant, garni d’une fontaine se prolongeant en un petit canal, où aimait à flâner sa belle épouse Yseult, ou Iseult, Yseut, Yseult, Isolde, ou encore Ysolde. Bien qu’elle eût un prénom impossible à orthographier fermement, la jeune femme était fort belle, déterminée, indocile, et appréciait ce jardin si paisible à l’abri des embruns et des frimas de ce sommet de falaise surplombant une mer plus indocile qu’elle.

Philtre d’amour et rencontres vespérales

Le mythe, dans ses diverses versions, ne raconte pas si elle aimait tant ce lieu avant d’avoir partagé par erreur un puissant philtre d’amour avec le valeureux Tristan – assassin de son oncle le géant Morholt – mais il relate leur idylle tragique notamment au travers de leurs rencontres vespérales et licencieuses entre ses murs, sous les branches d’arbres déjà mûrs. Tristan aimait Yseult,  Iseult, Yseut, Yseult, Isolde, Ysolde, qui aimait Tristan, éperdument, le philtre ayant effacé la rancœur liée au meurtre de son oncle, et les velléités de vengeance qui l’avaient au départ animée. L’époux d’Yseult (etc.) étant l’oncle de Tristan, les nuisances familiales étaient d’une violence comparable. Car le malheureux Marc avait lui aussi bu le philtre d’amour, et s’en trouvait dévoré de passion pour sa compagne d’une infidèle chasteté.

©Éric Lenoir

Jalousie…

Ce jardin servit donc de sanctuaire aux deux amoureux, qui continuèrent de vivre avec la même force leur passion au-delà de la durée de l’effet du breuvage magique. Marc, fou de jalousie, voulut les surprendre en se cachant, l’arc à la main, dans le pin dont la frondaison couvrait la fontaine du fameux jardin, siège des habituelles retrouvailles des amants. Son reflet sur le petit bassin trahit sa présence, et les affranchit pour un temps de toute séparation.

Le jardin resta, de leur union, le sanctuaire le plus doux, le havre de paix que leur cœur ne savait trouver ailleurs. Cet ailleurs qui leur fut fatal, après le bannissement de Tristan par le roi loin de son Yseult (Tristan se maria avec une autre Yseult, mais ne compliquons pas l’affaire), puisque c’est une fois loin de leur clos fleuri sous les arbres, où tintait une fontaine, qu’ils moururent du désespoir de n’être plus jamais réunis.

Jusqu’à la fin des temps…

©Éric Lenoir

La légende dit que sur leur tombe aurait poussé, pour elle, une ronce, un chèvrefeuille ou un rosier, et pour Tristan une vigne, et que les deux continuèrent de s’enlacer même par-delà la mort, jusqu’à la fin des temps.

Difficile de ne pas penser à eux, face à l’Atlantique que jadis les façades du château cachaient au regard lorsqu’on se trouvait  dans ce même jardin. Difficile de ne pas estimer chaque pierre au regard de cette romance, d’interpréter chaque fleur ornant un interstice comme un témoignage des amoureux maudits et de l’intensité de leur relation. Là, sous l’œil du roi Arthur et des choucas arrogants, on en vient à rêver d’arpenter ailleurs aussi le berceau d’une telle passion, de créer un jardin aux vertus aussi romanesques, ou d’être transporté dans un Moyen-âge – rêvé dans sa dimension la plus épique – en un battement de cils sur la côte déchirée de Cornouailles, dont le vent puissant souffle depuis l’océan des histoires fantastiques sur les ruines d’un château évanoui et quelques herbes folles entourées de pierres plates.

 

Le château de Tintagel se trouve en Cornouailles, au Royaume-Uni. Il est aujourd’hui géré par l’English Heritage.

 

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