Nils-Udo, roi du Land art, enchante la Seine-Maritime

Pour la 3e fois, l’Abbaye de Jumièges, en Seine-Maritime, accueille dans son vaste parc les œuvres de cinq artistes. Parmi eux, Nils-Udo, célèbre créateur allemand auquel le centre d’art contemporain de la Matmut, tout proche, consacre une magnifique rétrospective. Ses œuvres sont aussi subtiles qu’étonnantes. Nous avons interrogé Jean-Marc Barroso, commissaire artistique.

 

Jean-Marc Barroso ©V.Collet

Hortus Focus : Vous qui connaissez bien Nils-Udo, quel lien entretient-il avec la nature ?

Jean-Marc Barroso : Dans les années 1960-70, Nils-Udo a déclaré « Je vois mourir la nature ». À cette époque, il était encore en Allemagne et était témoin des pluies acides et de la pollution des eaux. Grand amoureux de la nature, je dirais même amant de la nature, il y est entré pour y faire de l’art et celle-ci n’a plus été un modèle, mais un support. C’est la définition même du Land art dont il a été un des pionniers. Sa démarche est moins radicale que celle du Land art nord-américain. Lui est beaucoup plus en harmonie, en osmose avec la nature. Cela a été sa réponse.

Il y a beaucoup de poésie dans son travail…

Il n’a pas crié haut et fort son inquiétude. Il nous a plutôt pris par la main et nous a emmenés regarder les brindilles, les feuilles, les feuillages… C’est une réponse en douceur, qui peut être minimale ou monumentale, mais qui garde toujours des lignes relativement pures, simples, harmonieuses. L’environnement fait toujours partie de son oeuvre. Il ne parle pas d”’installation”, mais de “situation”. Il choisit un lieu et il intervient en tenant compte du ciel, des arbres et du sol. La photographie intervient dans un deuxième temps pour garder une trace de l’œuvre.

NILS-UDO : le nid

Le Nid ©NILS-UDO

Ses œuvres sont-elles toujours monumentales ?

Certaines le sont comme son fameux Nid qui est identitaire de son travail et qui est fait avec des dizaines de troncs d’arbres (il pose nu à l’intérieur de ce nid). Mais, par ailleurs, il joue avec des baies, des pétales, des feuilles. Ici, pour Vallée (photo ci-dessous), avec du gazon et un arbre existant pour nous dire que c’est tout simplement beau. Son geste est éloquent et quasi monumental. Il a travaillé en sculpteur.

 

NILS-UDO : vallée

Vallée de NILS-UDO ©Valérie Collet

Comment est née l’idée de Vallée, présentée à Jumièges cette année ?

Quand il est arrivé, il a arpenté le parc qui est très dessiné et il a voulu le bousculer un peu, faire de la « vraie » nature. Il nous a proposé une petite vallée, une vallée lilliputienne. Puis il a jeté son dévolu sur un très beau tilleul et il l’a entraîné dans son œuvre. C’est un geste tout en douceur, sensuel. Pour lui, il est important que le feuillage touche le sommet de la petite colline pour qu’il y ait un lien végétal entre les deux et pour créer un effet d’obscurité, de mystère.

Qui s’est occupé de la réalisation ?

Je veille toujours à ce que des jeunes en formation paysagère participent à ce type de création. C’est une classe de BTS paysager de Rouen, Hortithèque-Natura Pôle, qui a réalisé 100% de l’œuvre, encadrée par l’enseignant Olivier Véron. Ils préparent cela pendant des mois, je les vois, ils rencontrent l’artiste et on leur remet un certificat d’art contemporain environnemental. Un plus dans leur CV.

 

Sanctuaire II, Plantation de bouleaux ©NILS-UDO

Il y a trois ans, Nils-Udo réalisait aussi Sanctuaire II dans le parc de l’abbaye

Il s’est montré un peu ironique puisqu’il nous a fait un sanctuaire très aérien, très aéré, en plein air, avec de la nature, une sève et une animation végétale qui n’ont rien à voir avec le silence qu’on devrait trouver dans ce type de lieu. C’est la vie. C’est très vert. On a un élan vers un somptueux paysage qui a toute sa place dans l’œuvre. C’est comme une messe très peu respectueuse qui nous est offerte ici. On est dans une nature très vive, très forte.

 

Où travaille Nils-Udo ?

Dans le monde entier. Il a des commandes partout : en France, en Europe, mais aussi à la Réunion, aux États-Unis, en Amérique du Sud… Son lieu de vie, c’est la Bavière où il est né (en 1937). Il adore les montagnes ; tous les matins, il court ou il nage. Mais la France, pour lui, est très importante aussi puis qu’il est venu étudier et vivre à Paris plusieurs années dans sa jeunesse. Et une de ses deux galeries se trouve à Paris.

 

NILS-UDO : Calumets, Ile de la Réunion 1990

Calumets, Ile de la Réunion 1990 ©NILS-UDO

Ses photos et ses peintures sont assez différentes. Comment s’est effectué le passage de l’une à l’autre ?

Au tout début de sa carrière, il faisait de la peinture. Très vite, il a préféré agir dans la nature. Dans un de ses premiers travaux, par exemple, il a noué des couronnes de feuilles autour de troncs d’arbre, planté des arbrisseaux en cercle. Travailler dans la nature a été une révélation. Les Britanniques comme Richard Long ou Andy Goldworthy se lançaient déjà là dedans. Lui était continental. Et en France, comme en Allemagne, on n’a pas eu beaucoup d’artistes comme cela. 

Puis, il est revenu à la peinture il y a une petite dizaine d’années ; celle-ci lui permet de poursuivre ses recherches de coloriste. Et là, il est à fond dans ce nouveau medium. Il a fait agrandir son atelier il y a deux ans. Et il n’a qu’une hâte quand il est loin, c’est rentrer chez lui pour peindre !

 

NILS-UDO peinture 1216

NILS-UDO peinture 1216 ©M.Weiand

L’avez-vous parfois observé dans la nature ?

Nous avons eu l’occasion de nous promener ensemble dans la forêt. Il faut le voir, alors. Il est à l’affût de la moindre chose, de la moindre petite trace animale. Il regarde les arbres de très près et ramasse des bouts de pierre. Une pierre présente un trou ? Il prend une liane, il la glisse dedans et vous obtenez une sorte de collier primitif. On a découvert une petite carrière près de Saint-Pierre-de-Varengeville ; pour lui, c’était la caverne d’Ali Baba. Il m’y a même choisi et offert des pierres!

 

NILS-UDO, Centre d’art contemporain de la Matmut, 76480 Saint-Pierre-de-Varengeville. Jusqu’au 30 juin 2019. (très beau catalogue aux éditions Bernard Chauveau, 20 euros). Renseignements: ICI

« Jumièges à ciel ouvert »: Abbaye de Jumièges, 76480 Jumièges. Jusqu’au 31 octobre 2019. Artistes exposés: Jean-Luc Bichaud, Shigeko Hirakawa, Christian Lapie, Will Menter. Tous les renseignements:

À voir aussi, l’exposition Ange Leccia, au logis abbatial jusqu’au 30 octobre 2019.

Y aller : Jumièges se situe entre Rouen (30 km) et Le Havre (50km). De Paris, on peut y aller en train (gare de Rouen) puis en voiture (40 minutes). 

 

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